Bruxelles, 05/05/2011 (Agence Europe) - Les futurs créanciers internationaux du Portugal ont officiellement dévoilé, jeudi 5 mai, le programme d'austérité que ce pays mettra en œuvre en échange d'une aide financière de 78 milliards d'euros sur trois ans (EUROPE n°10371). Les principaux partis portugais d'opposition, qui pourraient accéder au pouvoir après les élections législatives du dimanche 5 juin, se sont formellement engagés à appliquer les mesures prévues, qui font la part belle aux réformes structurelles. Le paquet d'aide doit être avalisé par l'Eurogroupe du lundi 16 mai pour permettre le versement au Portugal d'une première tranche d'aide de 5 milliards d'euros d'ici mi-juin. Tous les regards se tournent désormais vers la Finlande où un accord gouvernemental incluant une position favorable au sauvetage européen est à construire.
Les autorités portugaises et les représentants de la Commission européenne, de la BCE et du FMI ont marqué leur accord sur « un programme d'ajustement économique très complet » qui traite des « principaux défis » d'origine externe, budgétaire et structurelle auxquels fait face le Portugal, a estimé Jürgen Kröger au nom de la Commission. L'aide financière s'élève à « 78 milliards d'euros » dont deux-tiers sont financés par l'Union européenne par le biais de ses deux fonds de sauvetage (mécanisme communautaire EFSM et facilité intergouvernementale EFSF) et un tiers à la charge du FMI. Astreignant mais nécessaire selon M. Kröger, ce programme repose sur trois piliers: - une consolidation « ambitieuse » mais « réaliste » des finances publiques: le déficit public devra diminuer à 5,9% du PIB national en 2011, à 4,5% en 2012 et 3% en 2013 ;
- un assainissement financier, 12 milliards d'euros étant prévus pour recapitaliser le secteur bancaire ; - des réformes structurelles visant à supprimer les « rigidités » observées, notamment sur le marché du travail. Ainsi qu'un important programme de privatisation des entreprises publiques.
« Le programme portugais n'est en aucun cas plus léger » que les programmes d'austérité grec et irlandais, « il est différent »: les mesures structurelles sont notamment « bien plus profondes », a estimé M. Kröger. Qui rappelle que les réformes des marchés du travail et de l'immobilier n'avaient pas été prévues initialement par les autorités portugaises. Quant au taux qui sera appliqué aux prêts, il sera fixé par l'Eurogoupe. Dans le cas de l'Irlande, a été ajoutée aux taux du marché une prime d'environ 2%.
Compte tenu de la récession à laquelle le pays sera confronté les deux premières années, les objectifs de réduction des déficits (-6% par rapport au PIB sur trois ans) devront être atteints par le biais d'efforts équivalents à « 10% du PIB sur trois ans », a estimé Poul Thomsen. Ces efforts seront supportés pour les deux-tiers par des coupes dans les dépenses et pour un tiers par un accroissement de la fiscalité, a-t-il ajouté. Selon lui, le programme d'austérité est « équilibré » car il protège les catégories sociales les plus vulnérables. Pour le représentant de la BCE Rasmus Rüffer, les mesures d'assainissement du secteur financier permettront de recapitaliser les banques portugaises (exigences en capital 'Tier 1' fixées à 9% d'ici fin 2011, à 10% d'ici fin 2012), de les désendetter de façon progressive et ordonnée. « Le programme contient les éléments nécessaires pour stabiliser l'économie portugaise », a déclaré le président de la BCE Jean-Claude Trichet à Helsinki.
Pedro Passos Coelho, le leader du Parti social-démocrate (centre-droit) donné gagnant dans les sondages, a annoncé mercredi qu'il s'engagerait à mettre en œuvre le programme d'austérité s'il accédait au programme. Lors d'un déplacement à Londres, il a affirmé son « total engagement avec les objectifs » du programme car celui-ci est focalisé sur la stimulation de la croissance économique, rapporte l'agence portugaise Lusa. Paulo Portas, le chef de l'autre parti d'opposition CDS-PP avec lequel la 'troïka européenne' était en discussion, a également appuyé l'assistance financière. En requérant l'engagement des principales forces politiques portugaises, les créanciers internationaux du Portugal veulent s'assurer que le programme d'austérité sera mis en œuvre indépendamment des résultats des prochaines élections législatives. (M.B.)