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Bulletin Quotidien Europe N° 10349
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La politique commerciale de l'UE entre faux objectifs et nouveau dynamisme

Débarrasser le terrain des objectifs illusoires. La politique commerciale de l'UE connaît une relance d'ambitions et de dynamisme, grâce notamment aux nouveaux pouvoirs du Parlement européen et à l'action du commissaire européen au commerce Karel De Gucht qui est très actif et sait ce qu'il veut. Grâce à lui, des projets ambitieux sont en discussion avec plusieurs pays tiers, des projets anciens sont relancés. Mais pour rendre compte des évolutions positives, il faut d'abord débarrasser le terrain de quelques faux objectifs qui subsistent par paresse intellectuelle, sans aucune chance de se concrétiser. J'en connais au moins trois:

a) la conclusion du mythique Doha round à l'OMC, dont on annonce périodiquement, depuis plusieurs années, la conclusion imminente avec un ton faussement encourageant: encore un effort et nous y sommes! Les nouvelles échéances sont très serrées: les participants sont invités à faire preuve de flexibilité avant Pâques ; les nouveaux projets de compromis doivent être prêts le 22 avril ; le compromis global en juillet. En réalité, le dossier agricole est totalement bloqué, le médiateur de ce secteur ayant constaté qu'aucun progrès n'a été obtenu depuis 2008 ; quant aux biens industriels, domaine considéré comme le plus simple, le médiateur en chef a demandé flexibilité, sagesse, et créativité (voir notre bulletin n° 10345). En fait, ou on se contente de ce qui est déjà acquis ou le Doha round ne sera jamais conclu ;

b) l'accord de libre-échange UE/Mercosur, que l'on relance tous les trois ou quatre ans et qui joue en réalité le rôle d'une façade qui cache les projets sérieux, comme pourrait l'être une négociation UE/Brésil, ou UE/Argentine, alors que comme ensemble commercial le Mercosur est inexistant ;

c) l'Union pour la Méditerranée, projet que la France fait semblant de garder en vie, alors que chaque pays tiers méditerranéen a une vue différente de ses relations actuelles et futures avec l'UE et poursuit des objectifs souvent opposés à ceux du pays voisin. Le projet d'une zone de libre-échange euro-méditerranéenne est plus que jamais absurde car elle présuppose la libre circulation des marchandises entre les pays de la rive Sud, et même ceux de la mer Adriatique. Tout est possible dans cette région, sauf ce qui correspond au terme « Union » et à une zone globale de libre-échange. Du projet initial, ce qui subsiste est une bureaucratie inutile, plus l'espoir, peu réaliste pour le moment, de quelques initiatives communes de caractère surtout écologique et maritime. Certains pays arabes seraient plus sages en se souciant de la gestion de l'eau (les deux tiers de leurs sources d'approvisionnement sont extérieures et leur exploitation est proche des limites naturelles maximales), au lieu de laisser partir vers l'Europe une jeunesse dont ils devraient avoir besoin.

Le dynamisme de M. De Gucht et la nouvelle visibilité. Ayant débarrassé le terrain des objectifs illusoires, passons aux initiatives sérieuses et au dynamisme du commissaire européen au commerce. Notre bulletin rend compte régulièrement des déplacements de M. De Gucht, de ses initiatives et de ses résultats ; il n'est pas question d'en reprendre la liste dans cette rubrique. La visibilité de la politique commerciale de l'UE a connu un tournant grâce aux nouveaux pouvoirs du Parlement européen: l'action de l'UE est devenue plus transparente et même si quelques divergences institutionnelles subsistent (les parlementaires veulent tout savoir, la Commission et le Conseil estiment que dans une négociation les intentions ne peuvent pas être entièrement dévoilées à l'avance), les débats publics constituent un progrès évident.

L'exigence de la réciprocité. M. De Gucht a explicité plusieurs fois les principes qui inspirent son attitude. Il est très ferme sur un point: la réciprocité. Les partenariats stratégiques de l'UE doivent fonctionner sur la base d'intérêts et d'avantages réciproques ; finies les concessions octroyées dans l'espoir d'obtenir un jour, si tout marche bien, une contrepartie. La réciprocité doit être à la base de toute négociation, en incluant des aspects qui ont pour l'Europe autant d'importance que la libre circulation des marchandises: les services, les marchés publics (que l'UE a ouvert à 80% alors que plusieurs pays tiers n'en sont qu'à 20%), les investissements, sans oublier la lutte contre les contrefaçons et l'accès sans discriminations aux matières premières, y compris les célèbres « terres rares » (affaire complexe dans laquelle les Chinois sont moins fautifs que ce qu'on affirme parfois). Le commissaire européen a une conception très vaste du commerce ; il évoque aussi, avec ses interlocuteurs, la propriété intellectuelle, les transferts de technologie, le respect du climat et d'autres considérations écologiques.

Dans ce contexte, les évolutions les plus significatives, et en large partie encourageantes, concernent la Chine. Cette rubrique reviendra la semaine prochaine sur la transformation progressive des relations de l'UE avec ce colosse de l'économie et du commerce mondial. (F.R.)

 

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