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Bulletin Quotidien Europe N° 10347
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les règles de l'euro permettent de sauvegarder les acquis sociaux

La participation à l'euro est un choix des peuples. Les décisions du dernier Conseil européen dans le domaine économique et monétaire méritent quelques remarques supplémentaires, au-delà des considérations générales de cette rubrique d'hier. Je crois que les difficultés que rencontrent certains États membres pour respecter les disciplines de la zone euro dérivent en partie d'une erreur conceptuelle: considérer que ces disciplines sont imposées aux populations de tous les pays de l'UE. Au départ, l'on avait considéré comme obligatoire que tous les États membres participent à l'euro. Les faits ont ensuite prouvé que c'était une illusion. L'euro impose des disciplines qui doivent être acceptées non seulement par les autorités et par l'une ou l'autre classe sociale, mais aussi par les peuples dans leur ensemble. Ce n'est pas une question de parti politique ; la participation à l'euro apporte des avantages que les gouvernements socialistes comprennent parfaitement, les exemples de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal le prouvent. Ces gouvernements ont fait de leur mieux pour appliquer et respecter les disciplines nécessaires, même en rupture avec une partie de leur électorat et au risque de casser leur majorité ou de la perdre, voir le Portugal. Mais chaque peuple est libre de son choix. Il n'y a rien de scandaleux dans ces situations ; un peuple a le droit de rejeter les disciplines de l'euro. Il doit alors accepter de ne pas faire partie de la zone euro et de garder sa monnaie nationale.

Les progrès sociaux nationaux sont sauvegardés. Si le principe d'une discipline valable pour tous les pays de la zone euro est incontournable, il est évident que, quant aux modalités, toute catégorie sociale ou organisation syndicale a le droit de faire valoir ses objections et de poser ses conditions, si elle estime que les efforts pèsent de manière déséquilibrée sur les ouvriers et d'autres catégories de travailleurs. Il est normal que ces organisations protègent les intérêts de leurs affiliés ; et il y a sans doute du vrai dans leurs critiques (voir plus loin les remarques de Mario Monti). Mais, au-delà de la constatation rappelée ci-dessus selon laquelle trois gouvernements socialistes ont défini eux-mêmes les mesures que leurs pays doivent prendre pour remplir les conditions de la participation à l'euro, il faut souligner qu'en même temps des gouvernements situés au centre de l'échiquier politique ont fermement défendu le principe de l'« économie sociale de marché », en réclamant que certaines conquêtes sociales existant dans leur pays soient sauvegardées.

C'est le cas de la Belgique et du Luxembourg à propos de l'indexation automatique des salaires, que le Premier ministre belge Yves Leterme a qualifiée « d'élément-clé de notre modèle social » et que le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a maintenu, malgré les perplexités d'autres pays de la zone euro. C'est vrai que la Belgique garde quelques précautions, comme la loi selon laquelle le coût salarial belge ne peut pas excéder celui de ses trois principaux partenaires commerciaux (Allemagne, France et Pays-Bas) ; mais les acquis sociaux essentiels subsistent. L'euro non seulement garantit la solidité monétaire et la stabilité économique, mais il peut aussi protéger les conquêtes sociales.

Il ne faut pas oublier que certains comportements demeurent nationaux, même s'ils font l'objet d'échanges de vues en commun. Le président de la Commission européenne M. Barroso a expliqué que, dans le cadre de la gestion de l'euro, « si on parle compétitivité, il sera difficile aux chefs d'État ou de gouvernement de ne pas parler des salaires. Ce n'est pas pour autant que Bruxelles va déterminer ce qui doit se faire dans les États membres. Notre idée n'a jamais été de toucher à cette compétence ». Elle reste nationale.

Pour la croissance et l'emploi. Mario Monti a souligné, dans un commentaire écrit, qu'il était nécessaire de renforcer les disciplines communes, afin d'éviter que les déséquilibres d'un pays soient transmis à toute la zone euro, mais en soulignant qu'en même temps le volet croissance est devenu incisif, alors qu'auparavant ce terme n'était qu'une fiction rhétorique. À présent, il est admis qu'une croissance insuffisante, en plus de créer des problèmes économiques et sociaux, « représente l'une des causes principales des déséquilibres financiers ». Après avoir rappelé que les engagements ne seront pas exclusivement intergouvernementaux (la Commission, le Parlement européen et la Cour de justice auront leurs compétences), M. Monti a souligné que la coordination des politiques fiscales, explicitement prévue, «permettra d'endiguer la pénalisation fiscale du travail par rapport aux autres facteurs de production, comme le capital, qui profite excessivement de la concurrence fiscale non contrôlée ». Et il a conclu: « De nouvelles perspectives s'ouvrent pour la croissance, pour l'emploi, pour l'équité sociale et pour l'acceptation de l'intégration européenne par les citoyens ».

Les organisations syndicales ont raison de réclamer que ces aspects ne soient pas oubliés. (F.R.)

 

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