Bruxelles, 24/03/2011 (Agence Europe) - L'Union européenne est censée, jeudi 24 et vendredi 25 mars, tirer un trait définitif sur la crise de la dette souveraine (EUROPE n°10343). Elle entérinera un dispositif visant à faire converger les économies nationales, à muscler les fonds européens de sauvetage et à renforcer la discipline budgétaire. Mais la crise politique au Portugal bouleverse l'agenda et renforce la probabilité d'une aide financière internationale. Une aide que l'Europe commence à envisager ouvertement.
Pressenti comme le futur Premier ministre portugais en cas d'élections anticipées, le chef du principal parti d'opposition (PSD, centre droit) Pedro Passos Coelho a espéré que son pays demeurera « libre de tout sauvetage », jeudi lors de la réunion à Meise des leaders du Parti populaire européen. Selon lui, le Premier ministre démissionnaire José Sócrates n'a pas de mandat pour demander une aide financière lors du sommet. M. Passos Coelho a appelé de ses vœux la formation d'un nouveau gouvernement pour rétablir la confiance dans la capacité du pays à rétablir ses finances publiques. Son parti a adopté une déclaration dans laquelle il s'engage à respecter les objectifs de réduction du déficit public fixés (4,6% en 2011, 3% en 2012). Le parlement national ayant rejeté le quatrième train de mesures d'austérité que son gouvernement avait annoncé début mars lors du Sommet de l'Eurozone (EUROPE n°10335), M. Sócrates a présenté sa démission mercredi soir. « Cette crise politique, en ce moment, aura des conséquences gravissimes sur la confiance dont le Portugal a besoin auprès des institutions et des marchés financiers », a-t-il prévenu.
Même si une aide financière devra être formulée officiellement par les autorités portugaises, les Européens commencent à l'évoquer ouvertement. Selon le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, l'enveloppe pourrait atteindre « 75 milliards d'euros ». « Nous avons la capacité disponible pour aider le Portugal s'il nous le demande, mais il est trop tôt pour le dire », a estimé le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt. Quand vous réalisez l'étendue de vos difficultés, mieux vaut agir le plus tôt possible, a considéré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Regrettant le rejet des mesures d'austérité au Portugal, la chancelière allemande Angela Merkel a exhorté la classe politique du pays à réaffirmer son engagement envers les objectifs budgétaires fixés. À noter que l'Allemagne souhaite une durée plus longue (5 ans) pour contribuer au Mécanisme européen de stabilité qui verra le jour mi-2013 (EUROPE n°10342).
Une aide au Portugal viendrait de la Facilité EFSF, créée en mai 2010 pour garantir la stabilité de l'Eurozone et actuellement mobilisée pour soutenir l'Irlande. Les leaders européens confirmeront que la capacité effective de prêt de cet instrument sera portée à 440 milliards d'euros, mais une décision doit encore être prise sur la manière d'y arriver. La piste d'un doublement des garanties nationales semble privilégiée. Or, la Finlande, qui élira un nouveau gouvernement en avril, n'a pas de mandat pour se prononcer. Par ailleurs, une décision sur la fixation de conditions allégées aux prêts octroyés à l'Irlande a été reportée, faute d'accord entre Dublin et ses partenaires sur la contrepartie à une baisse du taux d'intérêt.
Le Portugal doit rembourser à ses créanciers des emprunts d'une valeur de 4,2 milliards d'euros en avril et 4,9 milliards en juin. Lisbonne sera en récession en 2011, de 0,9% selon gouvernement, de 1,3% selon la Banque nationale. Jeudi, le taux d'intérêt fixé aux titres de dette souveraine portugaise à dix ans a atteint un nouveau record (7,74%), un niveau qualifié d'insoutenable par les autorités portugaises elles-mêmes. (M.B.)