Bruxelles, 23/02/2011 (Agence Europe) - En réaction à l'intransigeance du colonel Kadhafi et à sa détermination à poursuivre la répression violente des protestations « jusqu'à la dernière goutte de sang », l'UE a décidé mardi 22 février de suspendre les négociations lancées en novembre 2008 sur un accord-cadre UE/Libye. D'autres « mesures restrictives » pourraient suivre rapidement: les ambassadeurs des États membres étaient réunis mercredi 23 février dans l'après-midi au Comité politique et de sécurité (COPS) pour notamment faire le point sur la Libye et examiner les possibilités d'action de l'UE. « Cela inclut aussi la possibilité de prendre d'autres mesures restrictives » qui peuvent aller du simple gel des avoirs ou de l'interdiction de visas pour les dirigeants jusqu'à un embargo sur les ventes d'armes ou la suspension totale des liens économiques et financiers avec ce pays, ont expliqué des diplomates avant la réunion. À l'heure de mettre sous presse, la réunion était toujours en cours. Selon des sources bien informées, aucune décision concrète sur des sanctions n'était attendue à ce stade. En revanche, il n'était pas exclu que les ambassadeurs chargent des experts de préparer d'éventuelles mesures.
De plus en plus d'États membres sont en effet prêts à faire ce pas: après la Finlande et l'Allemagne, la France et le Luxembourg se sont aussi ouvertement prononcés en faveur de sanctions. L'allocution télévisée haineuse et menaçante de Kadhafi de mardi soir aurait même fait réfléchir des pays comme l'Italie, Malte ou la République tchèque qui restent tout de même réticents à agir contre le régime pour ne pas mettre en danger les ressortissants européens encore sur place ou par crainte d'un important afflux d'immigrés clandestins. Le président permanent du Conseil européen, Herman Van Rompuy, semble soutenir l'idée des sanctions. Les « crimes horribles » commis par le régime contre les manifestants sont « inacceptables » et « ne peuvent pas rester sans conséquences », a-t-il déclaré le 23 février.
L'UE continue à appeler au « dialogue ». Entre-temps, l'UE estime toujours qu'« il revient au peuple libyen de choisir ses dirigeants » et que ce n'est pas aux Européens d'appeler au départ de Kadhafi (elle avait agi de la même façon à propos de Moubarak en Égypte, Ndlr). « C'est le peuple libyen qui est responsable, qui choisit ses dirigeants », a déclaré mercredi la porte-parole de Catherine Ashton. Kadhafi, « le principal responsable des violences actuelles », doit immédiatement mettre fin à la répression sanglante qui est « inadmissible », a-t-elle dit. « Nous voulons un dialogue toute de suite … C'est le seul moyen d'éviter des bains de sang supplémentaires », estime la porte-parole de Mme Ashton.
Débat à la Commission. Le collège des commissaires, en présence de Catherine Ashton, a eu mercredi un vaste débat sur la situation en Afrique du Nord et, en particulier, en Libye. La Commission, « toujours solidaire avec ceux qui oeuvrent pour la démocratie et la liberté », analysera les possibilités d'utiliser les politiques et instruments existants pour mieux soutenir le développement démocratique et socio-économique des pays de la région, a commenté le porte-parole de la Commission. « L'UE doit être au premier rang » pour fournir et coordonner l'aide internationale à la région, a-t-il dit. À propos de la Libye, la Commission estime « inacceptable que le dirigeant du pays menace ses propres citoyens ». Elle est prête à aider les États membres à évacuer les quelque 10 000 Européens qui se trouvent encore en Libye.
Faut-il craindre l'arrêt des livraisons de gaz libyen ? Les commissaires ont aussi parlé de l'aspect 'énergie' de la crise libyenne et notamment de la menace d'un éventuel arrêt des livraisons de gaz et de pétrole vers l'Europe. Cette menace doit être fortement relativisée à la lumière du véritable rapport de force entre l'UE et la Libye, a-t-il été conclu, car les livraisons de gaz « ne sont pas essentielles, ni mêmes importantes » pour l'Europe (à part pour l'Italie qui s'y approvisionne pour 15%), a dit le porte-parole de la Commission. En revanche, les revenus résultant de ces exportations de gaz vers l'Europe comptent pour « 55% du PIB libyen » ce qui fait que la Libye n'a donc aucun intérêt à suspendre ses livraisons vers l'Europe, a-t-il expliqué.
Buzek appelle au départ de Kadhafi. Pour Jerzy Buzek, président du PE, Kadhafi a « perdu toute légitimité ». Il l'appelle, par conséquent, à reconnaître cette situation de « non-retour » et « d'en tirer les conséquences ». M. Buzek estime aussi que les atrocités perpétrées par le régime libyen « ne peuvent pas rester impunies ». Daniel Cohn-Bendit, le co-président du groupe des Verts au PE, demande aussi que l'ONU coordonne une aide humanitaire et prenne des sanctions contre le régime de Kadhafi. Il est aussi urgent d'organiser une assistance médicale aux victimes des violences par bateau ou par avion et d'instaurer un embargo total sur les armes à destination de la Libye, a-t-il dit.
Entre-temps, l'ambassadeur libyen auprès de l'UE, Haidi Hadeiba, nous a fait savoir le 23 février qu'il restait ambassadeur de son pays et « fidèle à Kadhafi ». (H.B.)