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Bulletin Quotidien Europe N° 10322
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Fin d'une union artificielle, questions aux nouvelles démocraties arabes

Enterrement, sans regrets, de l'Union pour la Méditerranée. Quelles que soient les acrobaties linguistiques dans l'effort de le nier, cette Union (UpM) telle qu'elle avait été conçue est aujourd'hui enterrée. Elle visait à l'origine la création d'un espace commun comportant notamment une zone de libre-échange unique, la libre circulation des personnes et des institutions communes dotées de pouvoirs de décision. On reconnaît enfin que la zone de libre-échange ne peut pas exister car les pays du Sud conservent des barrières commerciales entre eux ; des politiques communes non plus car presque aucune collaboration n'existe notamment entre Algérie et Maroc ou entre Israël et les pays arabes. À présent, le projet alternatif de la France souscrit par Espagne, Grèce, Malte, Chypre et Slovénie se fonde sur la « différenciation des partenariats » de l'UE avec les pays de l'autre rive: chacun recevrait « une offre globale différenciée » avec ses objectifs spécifiques, plus avancés pour les pays « engagés sur la voie des réformes » ; les « contrats de partenariat différenciés » n'excluent pas la possibilité de projets de caractère général réunissant plusieurs pays (voir EUROPE n° 10320).

L'élément d'actualité est pris en considération car le soutien à la transition politique vers la liberté et la démocratie sera reconnu et soutenu. L'échec du projet précédent est ainsi enfin admis ; il n'y aura aucune Union méditerranéenne (à laquelle des pays comme la Turquie et les pays riverains de la mer Adriatique qui aspirent à l'adhésion à l'UE participaient pour la façade), ni de bureaucratie coûteuse et lourde, et un peu moins de rhétorique, mais un soutien efficace aux pays méditerranéens qui le méritent. Tant mieux.

L'UE était d'ailleurs elle aussi responsable de lourdes erreurs. Afin de gonfler le poids politique de l'UpM, son président Nicolas Sarkozy avait insisté pour que le raïs égyptien M. Moubarak en assume la vice-présidence ; sa nomination avait été scellée en grande pompe en juillet 2008. On connaît la suite.

Trois questions aux peuples qui ont conquis la liberté. Sans aucune provocation, mais pour donner à ces peuples l'opportunité de prouver qu'ils acceptent tous les aspects de cette liberté, je leur demande:

- ont-ils l'intention de reconnaître aux populations minoritaires de leur pays (Berbères, Kurdes, Coptes, etc.) le même degré de liberté qu'ils réclament pour eux-mêmes ?

- reconnaissent-ils que toutes les religions pourront être pratiquées chez eux, à la condition bien entendu de respecter les lois et les règles valables pour tous dans leur pays ? (voir aussi plus loin).

- est-il normal que l'UE soit considérée comme la source principale et parfois unique du soutien financier aux pays devenus libres ? La presque totalité des États membres de l'UE doivent faire face en ce moment à des déficits budgétaires considérables et à un chômage croissant, ce qui les oblige à pratiquer des politiques d'austérité en réduisant leurs dépenses. Ils prendront quand même leurs responsabilités et ils maintiendront, voire augmenteront, leurs financements aux pays méditerranéens devenus démocratiques, comme l'UE finance intégralement depuis toujours le fonctionnement des institutions de Gaza. En outre, l'activité de la BEI est en expansion, et la coopération notamment industrielle des pays européens est à la base de la plupart des activités manufacturières des démocraties naissantes.

Ce n'est pas un mystère qu'en même temps d'autres pays arabes disposent de capitaux presque illimités qui leur permettent d'acheter en Europe palais historiques, hôtels, entreprises, équipes de football. Ne pourraient-ils pas faire face davantage aux besoins des peuples qui ont conquis la liberté ?

La liberté religieuse. Ce n'est certes pas par hasard que le Conseil de l'UE a approuvé cette semaine des Conclusions sur la liberté religieuse (voir EUROPE n° 10321), exprimant « sa profonde préoccupation » pour le « nombre croissant de manifestations d'intolérance et de discriminations fondées sur la religion. » Bien entendu, le Conseil réclame le respect de toutes les religions, et la musulmane est explicitement citée, mais sans oublier les « actes de terrorisme perpétrés récemment dans différents pays contre des chrétiens et leurs lieux de culte. » (le dernier assassinat d'un prêtre catholique en Tunisie date d'avant-hier, les autorités tunisiennes l'ont condamné et ont présenté leurs condoléances à l'évêque de Tunis).

Les minorités religieuses, affirme le Conseil, doivent « pouvoir pratiquer leur religion et leur culte librement, individuellement ou en communauté, sans craindre d'être la cible d'intolérance ou d'attaques. » On ne peut pas le cacher, le problème existe.

(F.R.)

 

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