Bruxelles, 10/02/2011 (Agence Europe) - Catherine Ashton se rendra lundi prochain à Tunis avant Le Caire: la nouvelle est connue (et publiée dans notre édition d'hier) mais la question de l'opportunité d'une telle tournée est maintenant posée, d'une part, parce que, à Tunis, le ministre des Affaires étrangères n'est pratiquement plus en fonction, empêché d'accéder à son ministère par les diplomates révoltés par ses propos à Bruxelles comme à Tunis et pour exiger la fin de la diplomatie parallèle pratiquée jusqu'à présent et l'occupation des hauts postes par du personnel politique dévoué à l'ancien président, et, d'autre part, au Caire, où l'on indique que le moment d'une telle visite n'est pas bien choisi. Le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Abul Gheit a répété mercredi qu'il ne souhaitait pas de « visites étrangères en février » en raison d'un agenda chargé. Sa visite à Tunis comme en Égypte arrivera « trop tard ou trop tôt », selon un diplomate arabe à Bruxelles: trop tard pour exprimer une position politique européenne susceptible de peser sur un processus en cours, comme le font les Américains ; trop tôt pour organiser une solidarité active alors que la situation est en constante évolution au Caire - l'intention est prêtée à Mme Ashton de se rendre sur la place Tahrir - et non encore stabilisée à Tunis.
Dans le cas de ce dernier pays, le paquet d'aide est fin prêt: « Dans beaucoup de domaines, notre coopération reste d'actualité, je cite à titre d'exemple l'éducation, la justice, l'emploi, l'économie. Il est évident qu'on va faire beaucoup plus avec plus de partenaires tunisiens et plus de moyens financiers ; on va répondre aux besoins immédiats en soutenant les trois commissions indépendantes mises en place par le gouvernement et plus tard en aidant à l'organisation des élections, on veut également mobiliser les ONG européennes avec les ONG tunisiennes pour venir en aide aux régions défavorisées », a déclaré dans une interview à un hebdomadaire tunisien l'ambassadeur de l'UE Adrianus Koetsenruijter. « On va adapter notre programme de coopération aux nouvelles exigences du pays. On a pu suivre à partir du début du mois de janvier avec beaucoup d'émotions les événements et le drame subis par la population qui manifestait pour la liberté et la dignité, dès le 14 janvier, au soir l'Union européenne a fait une déclaration félicitant le peuple tunisien qui a réussi un changement radical et instauré la liberté. Je peux affirmer que durant toute cette période l'UE a montré sa solidarité avec le peuple tunisien », a ajouté l'ambassadeur dont l'opposition démocratique loue l'appui, parfois discret, qu'il a déployé au profit de la société civile, en particulier la LTDH (Ligue tunisienne des droits humains). Il suggère d'« utiliser davantage les instruments de coopération mis en place et qu'on n'a jamais eu l'occasion d'appliquer pleinement auparavant. On peut augmenter d'une manière significative notre appui technique et financier et ceci pour le court terme. Pour le moyen terme et compte tenu des dommages subis par l'économie tunisienne, on peut imaginer une aide plus importante, cela sera justifié ». Une approche confirmée par la voix de M. Mingarelli, directeur général au service européen pour l'action extérieure, affirmant la pleine disponibilité de l'UE aux côtés de la Tunisie de l'après 14 janvier et son adaptation au profit de la société civile et de la création d'emplois de jeunes.
L'ambassadeur évoque plus personnellement ce qu'il a vécu: « Ce n'était pas facile à vivre (...) surtout quand il y avait des échanges de tirs entre la milice et l'Armée. (...) Nous avons eu peur mais c'était le prix à payer pour que la Tunisie se remette sur les rails et assure un futur qui privilégie le respect et la dignité pour chaque Tunisien. Je ressens un sentiment de joie et de fierté (…). Je reste convaincu que la Tunisie d'ici 10 ans sera un pays prospère et que son peuple donnera l'exemple ». (F.B.)