Bruxelles, 10/02/2011 (Agence Europe) - L'UE doit se doter de vrais outils pour lutter contre les mafias et le crime organisé. Telle est la demande adressée par le groupe S&D du Parlement qui organisait, les 9 et 10 février, un colloque consacré à la lutte contre le crime organisé en Europe. Un colloque auquel participaient d'ailleurs de nombreux Italiens, dont le procureur anti-mafia Piero Grasso, venu parler de l'expérience italienne en la matière, notamment en ce qui concerne la confiscation des avoirs financiers et immobiliers des organisations criminelles.
L'UE est sur cette voie et prépare une législation. Mais le 20 janvier dernier à Gödöllo, les 27 avaient invité la Commission à accélérer sa réflexion et présenter le plus vite possible sa proposition. Car, à ce jour, l'UE se retrouve plutôt démunie dans cette lutte et souffre d'un vrai manque d'harmonisation entre les 27, Piero Grasso appelant à « aller vers une homogénéisation des lois » et à accroître la coopération judiciaire internationale, notamment en ce qui concerne les techniques de blanchiment d'argent utilisées par les groupes criminels. Un vrai point faible en Europe, a dit M. Grasso, qui a également préconisé la création d'un délit pénal spécifique aux organisations criminelles « en elles-mêmes », s'ajoutant ainsi aux délits qui portent sur leurs activités.
L'UE est aussi pénalisée par le fait que si les marchandises et les hommes circulent, les juges et la police ont eux beaucoup plus de mal à le faire, a dit le procureur italien Giancarlo Caselli. Un problème soulevé par le directeur d'Eurojust, Aled Williams, rappelant que son organisation n'était pas encore en mesure de lancer seule ses propres opérations. Et qui a également pointé certaines lacunes, comme sur le mandat d'arrêt européen. « Trop de mandats ont été délivrés pour des raisons triviales, ce qui nous a empêchés de nous concentrer sur les organisations criminelles », a-t-il dit.
« Les coopérations entre institutions sont trop lentes, trop lourdes, trop bureaucratiques », affirmait également le procureur espagnol José Ramon Norena Salto. Et l'UE n'est pas suffisamment armée face à la « mondialisation » de la criminalité, celle-ci s'organisant désormais en un système mondial structuré qui « coordonne l'utilisation de l'argent, se répartit les marchés et les zones d'influences », expliquait Piero Grasso (le chiffre d'affaires mondial du crime organisé est estimé à 128 milliards de dollars par an, dont 105 milliards pour les stupéfiants). Les organisations s'intègrent aussi de plus en plus dans les activités légales. Et, a encore noté M. Grasso, les pays de l'UE qui pratiquent le secret bancaire sont également un vrai problème. (S.P.)