login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10308
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/tunisie

Les services de Mme Ashton fortement critiqués

Bruxelles, 03/02/2011 (Agence Europe) - Le Parlement européen s'est livré mercredi 2 février, au cours de la mini-session à Bruxelles, à un long débat sur l'évolution politique dans la zone arabo-méditerranéenne, focalisé en réalité sur la situation en Égypte et en Tunisie. Mais c'est seulement sur ce dernier pays que les eurodéputés ont voté le texte d'une résolution commune PPE, S&D, ADLE, Verts/ALE, GUE/NGL (plus deux membres de l'ECR). Le cas de l'Égypte sera traité au cours de la prochaine session à Strasbourg. Tant le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, que la plupart des nombreux intervenants souhaitant s'exprimer sur ce sujet jugé très sensible ont constaté l'aggravation de la situation dans ce pays. Mais d'aucuns ont aussi noté que l'exemple de la crise égyptienne révélait un défaut de fonctionnement de la diplomatie commune.

Des critiques assez vives ont été portées au cours des débats sur l'action des services de Mme Ashton,
« prise à contre-pied », selon les uns, qui dépense inutilement l'argent des contribuables, selon d'autres. Mme Ashton a répondu de façon apparemment exaspérée en énumérant ce qui a été réalisé par ses services dans un contexte malaisé et alors que le service européen pour l'action extérieure (SEAE) est encore en chantier. Et puis, a-t-elle soutenu: « Je ne suis pas responsable de ce dont j'ai hérité ».

Dans leur résolution, les parlementaires marquent leur appréciation positive du « tournant politique historique » enregistré en Tunisie par une population dont ils « saluent (le) courage et (la) détermination ». Toutefois, dans les débats, nombreux sont ceux qui ont dit leur crainte de ne pas savoir où va la Tunisie. Premier à le dire, Adrian Severin (S&D, roumain) a averti: « Si les bouleversements sociaux apportent une garantie de changement, il n'y a aucune garantie de changement vers un mieux ». La crainte d'une émergence des courants extrémistes religieux en Tunisie mais surtout en Égypte a été citée par plusieurs eurodéputés, notamment pour le risque que cela ferait peser sur Israël et le processus de paix. Cette incertitude sur l'issue des événements a sans doute motivé le retrait dans la résolution d'un court paragraphe qui mettrait en cause la classe politique passée et sa responsabilité dans la répression.

Dans leur résolution, les parlementaires appellent les autorités intérimaires tunisiennes à prendre acte de « l'importance d'une représentation complète de l'ensemble des forces politiques, sociales, citoyennes et démocratiques tunisiennes ». Elle serait « seule à même de doter un gouvernement intérimaire de la confiance de la population et de la légitimité indispensable à la préparation des élections et de la transition démocratique ». Les eurodéputés marquent aussi « l'importance de créer les conditions nécessaires à la tenue d'élections, dans des délais suffisants pour permettre à l'ensemble des forces d'opposition et à tous les médias de se structurer à l'échelle nationale, (d'avoir) une nouvelle Assemblée parlementaire chargée d'élaborer une Constitution démocratique respectant l'équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif et l'indépendance du pouvoir
judiciaire ».
Et ils « souhaitent que toutes les forces démocratiques s'engageant à respecter le pluralisme, la liberté de conscience et l'alternance démocratique puissent participer à cette élection ».

Au plan pratique, ils demandent « l'application immédiate par l'UE des décisions de blocage des biens mal acquis par la famille Ben Ali et ses proches » et saluent « l'annonce faite par les autorités de restituer à l'État les biens mobiliers et immobiliers du parti RCD ». Ils demandent aussi à Mme Ashton de constituer une « task force » « avec la participation du Parlement européen » pour accompagner le processus démocratique tunisien, notamment par l'envoi d'une « mission d'observation électorale ». Demande est faite également au Conseil et à la Commission « à se tenir prêts à réorienter les fonds - et, au besoin, à les augmenter - des différents instruments financiers de coopération UE-Tunisie ». La Commission et la BEI sont invitées à « envisager le soutien à la Tunisie par le biais de prêts à taux bonifiés » pour donner plus de vigueur à l'économie tunisienne et permettre la création d'emplois surtout pour les jeunes dans le cadre d'un « véritable contrat de développement ».

Au-delà du cas de la Tunisie, et du constat d'une « contagion » qui semble avoir affecté la région, à commencer par l'Égypte, les eurodéputés ont relevé que « l'espoir créé par la fin du régime autoritaire en Tunisie pour une démocratie stable peut contribuer à l'affirmation des mêmes aspirations pour d'autres peuples ». Ils ont ainsi « instamment » appelé l'UE à en « tirer les leçons (...) et à revoir sa politique de soutien à la démocratie et aux droits de l'Homme en mettant en place un mécanisme permettant la mise en œuvre de la clause de droits de l'Homme dans tous les accords ». Ils estiment que la lutte contre la corruption et le renforcement de l'État de droit dans les pays tiers sont des critères fondamentaux pour répondre aux attentes des peuples et attirer les investissements étrangers.

Dans les débats aussi bien sur la Tunisie que sur l'Égypte, des critiques assez virulentes ont été adressées et résumées dans ce paragraphe de la résolution sur la Tunisie: « Considérant l'incapacité de l'Union européenne à développer une véritable politique étrangère cohérente et efficace vis-à-vis de ses partenaires », les parlementaires demandent à l'UE d'être plus réactive, de savoir anticiper et « d'accompagner systématiquement les clauses 'droits de l'Homme' des accords d'association d'un mécanisme de mise en œuvre effectif de la clause, considérant à ce titre la nécessaire révision de la politique de voisinage en cours ». (F.B.)

Sommaire

JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES