Bruxelles, 03/02/2011 (Agence Europe) - L'UE a encore monté jeudi d'un cran la pression sur le président égyptien Hosni Moubarak pour qu'il quitte immédiatement le pouvoir et permette une transition rapide et ordonnée vers un gouvernement d'ouverture et des élections libres et équitables. Après Catherine Ashton mercredi au Parlement européen (EUROPE n° 10307), ce sont les chefs d'État et de gouvernement des cinq plus grands pays de l'UE - Angela Merkel (Allemagne), Nicolas Sarkozy (France), David Cameron (Royaume-Uni), Silvio Berlusconi (Italie) et José Luis Zapatero (Espagne) - qui estiment dans une déclaration commune publiée jeudi 3 février que le processus de transition en Égypte « doit commencer dès maintenant ». « Seule une transition rapide et ordonnée vers un gouvernement à représentation élargie permettra de surmonter les défis auxquels l'Égypte doit faire face aujourd'hui », soulignent les cinq dirigeants. « Les Égyptiens doivent pouvoir exercer librement et pacifiquement leur droit de manifester et bénéficier de la protection des forces de sécurité. Les agressions contre les journalistes sont totalement inacceptables ». Le Conseil européen de ce vendredi 4 février se penchera également sur l'Égypte et le monde arabe en général. À propos de l'Égypte, les 27 devraient adopter une déclaration qui, sauf changement de situation sur le terrain, devrait ressembler fortement à celle publiée jeudi par les cinq grands pays membres.
Le message des 'cinq' est quasiment identique à celui de Mme Ashton qui, elle aussi, a déclaré mercredi devant les députés européens que « le changement doit venir maintenant ». Le fait que le Haut représentant pour les Affaires étrangères n'ait pas été impliqué dans la rédaction de la déclaration commune de Merkel, Sarkozy, Cameron, Berlusconi et Zapatero ne pose aucun problème, a estimé jeudi la porte-parole de Mme Ashton qui a souligné que sa patronne a été « au courant » de l'initiative. « Il est normal que les dirigeants européens veuillent se prononcer sur ce qui se passe actuellement en Égypte. L'essentiel, c'est qu'il n'y ait qu'un seul message de l'Union européenne. C'est clairement le cas ici », a dit en substance la porte-parole de Mme Ashton. Ce n'est pas à l'UE de dire aux autorités égyptiennes quand les élections libres et équitables doivent avoir lieu mais il est clair que le scrutin programmé pour septembre ne pourra pas être attendu, a-t-elle laissé entendre. L'UE pourrait-elle prendre des sanctions contre le président Moubarak et les responsables de son gouvernement au cas où ils n'ouvriraient pas la voie au changement démocratique ? « Nous suivons la situation de près et nous prendrons les mesures appropriées si nécessaire », a encore dit la porte-parole de Mme Ashton. Dans un document remis lundi 31 janvier au Conseil Affaires étrangères, l'Allemagne plaide pour une « répétition » des élections législatives de 2010 le plus rapidement possible. Berlin propose aussi la conclusion d'un « partenariat pour la transformation » entre l'UE et les pays du monde arabe avec une aide européenne accrue pour faire avancer les réformes politiques et économiques.
« Échec de la politique de voisinage ». Mercredi, lors du débat au Parlement européen avec Catherine Ashton, la majorité des groupes politiques ont critiqué à la fois l'incapacité de la diplomatie européenne de prévoir les événements dans les pays arabo-méditerranéens, l'absence de réaction européenne appropriée et l'ambivalence de l'appui de l'Europe aux manifestants et à leur cause. De nombreux députés ont demandé un réexamen de la politique européenne de voisinage (PEV) en Méditerranée à la lumière de son échec apparent. Pour le PPE, José Ignacio Salafranca a réclamé une « réflexion profonde et stratégique sur la manière dont notre politique de voisinage doit être revue ». Guy Verhofstadt (ADLE) s'est dit « déçu de voir que l'Europe est en train de refaire exactement les mêmes erreurs qu'en 1989 » lors de la chute des dictatures communistes en Europe de l'Est. « Pourquoi, Mme Ashton, l'Europe a-t-elle réagi de façon tellement faible ? Pourquoi n'a-t-elle pas encore donné son soutien sans réserve aux masses qui sont dans la rue », s'est demandé l'ancien Premier ministre belge. « La seule bonne réaction européenne est venue de l'extérieur de l'UE, à savoir du Premier ministre turc Erdogan qui a demandé à Moubarak de s'en aller », a-t-il lancé. L'UE a fait une « erreur magistrale » dans ses relations avec les pays arabo-méditerranéens, estime Véronique De Keyser (S&D): « Elle a soutenu des régimes corrompus au nom de la stabilité sans tenir compte de la justice sociale et de l'aspiration du peuple à la liberté. Cette erreur doit être réparée et c'est le moment aujourd'hui ». L'UE n'a pas compris l'islamisme politique, et c'est une deuxième erreur fondamentale, a-t-elle conclu. Daniel Cohn-Bendit (Verts) craint que des fonds dépensés par l'UE au titre de la PEV aient été utilisés par les régimes pour renforcer leur pouvoir sur la population. « Mme Ashton, dites-nous où l'Europe a mis l'argent, dites-nous à quelles entreprises de Ben Ali l'argent est allé », a-t-il lancé. Nicole Sinclaire (NI) a également exprimé son mécontentement quant au sort des fonds de l'UE en Tunisie. « Si l'argent avait été utilisé pour les réformes, les gens ne se seraient pas révoltés », a-t-elle dit.
Le PE votera une résolution sur l'Égypte lors de la session plénière de février de Strasbourg. (H.B.)