Bruxelles, 13/12/2010 (Agence Europe) - Des députés européens et des représentants d'ONG ont demandé aux États membres de l'UE de lutter contre les inégalités d'accès aux soins pour les enfants et les femmes enceintes sans-papiers. Cet appel a été lancé lors d'une audition publique au PE, le 8 décembre à Bruxelles, dans le cadre de la journée mondiale des droits de l'Homme.
Edite Estrela (S&D, portugaise), rapporteur sur « la réduction des inégalités de santé au sein de l'UE », a jugé « inacceptable que sur les 16 pays européens étudiés, neuf ne respectent pas la Convention internationale des droits de l'enfant ». Ces pays sont l'Allemagne, Chypre, la Grèce, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque, la Slovénie, la Suède, le Royaume-Uni. Une nouvelle étude de Médecins du Monde confirme que ces pays ne garantissent pas l'accès aux soins pour les enfants de sans-papiers ni aux femmes enceintes sans-papiers. Médecins du Monde (MdM) indique que: - au Royaume-Uni, les femmes doivent payer l'intégralité des coûts de leur accouchement à l'hôpital ; - en Allemagne, ni les enfants, ni les femmes enceintes ne peuvent accéder au système de santé à cause de l'obligation de dénonciation qui pèse sur les administrations sauf en cas d'urgence ; - en Pologne, les enfants de sans-papiers peuvent accéder aux soins uniquement à l'école ; - en Suède, ils peuvent accéder aux soins uniquement en payant l'intégralité des coûts.
Enchaînant sur ces résultats, Ludovica Banfi (FRA - Agence des droits fondamentaux de l'UE) a noté que « dans 11 pays européens, il n'existe pas de mécanismes spécifiques pour les enfants de sans-papiers: ils n'ont pas de protection particulière et sont traités comme les adultes sans-papiers », ajoutant que, par exemple, les femmes enceintes sans papiers en Autriche ou en Grèce ont, d'après la loi, accès aux soins seulement en cas de complications pendant l'accouchement. Et les politiques qui restreignent les droits fondamentaux des sans-papiers visent à les mettre en situation d'indigence, a-t-elle conclu.
Philippe Juvin (PPE, français), médecin, a souligné la nécessité de « refuser de faire des soignants les régulateurs des politiques migratoires ». Hélène Flautre (Verts/ALE, française) a quant à elle affirmé que « ces politiques restrictives sont elles-mêmes pathogènes, elles mettent les sans-papiers dans des situations intolérables et vont à l'encontre de la santé publique ». Enfin, le Dr. Hans Wolff, expert en santé publique de l'université de Genève, a déclaré qu' « il est nécessaire d'assurer un accès équitable aux soins pour tous en Europe. Si ce système ne repose pas sur ce principe, cela conduit à une utilisation excessive des services d'urgence, et à de gros problèmes en termes de coûts ». (Com-G.B.)