La formule magique n'existe pas. Il suffit de lire les journaux, écouter la radio, regarder la télévision: les formules pour résoudre les problèmes de la zone euro sont tellement nombreuses qu'on n'a que l'embarras du choix. Dommage qu'elles soient toutes différentes, et incompatibles les unes avec les autres. Et que chaque auteur soit tellement sûr d'avoir raison, qu'il écarte a priori la formule du voisin, au point qu'un économiste illustre a pu tranquillement affirmer: l'euro paye l'incompétence de ses leaders. Ou bien: personne, dans le gouvernement allemand, n'a la moindre idée du fonctionnement des marchés.
En fait, la formule magique n'existe pas ; les intérêts sont tellement divergents que la solution donnant satisfaction à tous n'existe pas. Dans sa vision de la construction européenne, Guy Verhofstadt reproche à l'Allemagne sa position obstinée axée sur le renforcement des sanctions et sur la possibilité qu'un État membre restructure sa dette. D'autres lui répondent qu'on ne peut pas trop demander aux électeurs allemands, à qui, au moment de l'abandon de la monnaie nationale, on avait promis un euro stable, une Banque centrale indépendante et la responsabilité de chaque pays de la zone euro pour ses comptes nationaux. L'examen des instruments du compromis global récent permet de constater qu'un pays de la zone euro pourra être pratiquement obligé à restructurer sa dette: prolonger la durée du remboursement, modifier les taux d'intérêt, réviser même, le cas échéant, la valeur des bons du trésor émis. Les créanciers privés devront assumer, au cas par cas, leur partie du coût de la restructuration, ce qui est justifié par les taux d'intérêt anormaux dont ils auront bénéficié auparavant. La restructuration ne sera pas automatique: si une crise est surtout une question de liquidité, le soutien du nouvel instrument pourrait permettre en lui-même de surmonter les difficultés. Mais, si elle est nécessaire, la restructuration pourrait être imposée par la majorité (75-80%) des créanciers.
Éviter, ou assouplir, la cassure. En pratique, la zone euro sera divisée en deux, voire même trois parties. C'est ici que s'insèrent les formules visant à éviter ou alléger cette division. Cette rubrique a fait état d'un projet qui en pratique casserait en deux la zone euro, en créant deux catégories de pays, et situerait même la France et l'Italie dans la deuxième catégorie ; c'est politiquement impraticable. En revanche, la formule de Guy Verhofstadt vise à sauvegarder théoriquement l'unité de la zone euro, en créant un marché obligataire unique, bénéficiant d'une garantie commune, marché auquel seraient admis les États membres dont la dette publique ne dépasse pas 60% du produit national. Les autres pays (malgré un mécanisme de participation partielle pour moi incompréhensible) devraient continuer à émettre des obligations nationales, qui leur coûteraient évidemment davantage. « De cette façon - souligne le président du groupe libéral du PE- les pays sont clairement encouragés à maintenir leur dette sous le seuil de 60% ». Il y aurait des évaluations régulières des situations nationales: certains pays seraient intégrés rapidement au marché européen des obligations, d'autres en seraient expulsés. Ce mécanisme constituerait, selon l'auteur, « une arme efficace pour assurer la stabilité et la discipline de la zone euro sans sacrifier l'indispensable solidarité ».
M. Monti relance les eurobonds. De son côté, Mario Monti propose « l'émission en commun de titres en euro (Eurobonds) au moyen d'une Agence européenne pour la dette » (à créer). Il a rappelé que l'idée des eurobonds avait déjà été lancée par Jacques Delors dans les années '80, et relancée sans succès à plusieurs reprises. Sa suggestion « répondrait toutefois à une logique différente » ; elle ne viserait pas à financer des nouveaux investissements mais « à mettre en commun une partie de la gestion de la dette publique de certains États ».
Le mécanisme qu'il propose ne doit toutefois pas impliquer que les États membres qui pratiquent « une politique budgétaire responsable » sauvent les autres; les eurobonds ne couvriraient qu'un pourcentage préétabli du produit national de chaque pays, et les pays bénéficiaires devraient reconnaître à l'organisme européen la nature de « créancier privilégié » M. Monti indique que des études ont déjà été effectuées par des organismes spécialisés, et que le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, n'a pas exclu la possibilité de titres émis en commun. M. Monti a précisé certains aspects de son initiative. Tout devrait aller vite: le Conseil européen pourrait donner un signal déjà le 15 décembre, et les eurobonds seraient lancés dès la fin de 2012. M. Monti estime que l'initiative pourrait être acceptable pour l'Allemagne, en considérant que ses émissions nationales ne seraient d'aucune manière affectées et qu'elle guiderait ainsi un processus d'une grande importance politique et économique pour l'Europe.
On le voit, ce ne sont pas les projets innovateurs qui manquent ; et ils ne proviennent pas seulement de milieux directement impliqués dans les affaires monétaires.
(F.R.)