Bruxelles, 29/09/2010 (Agence Europe) - Alors que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE sont quasiment à l'arrêt - 18 des 35 chapitres sont suspendus pour des raisons politiques et aucun nouveau dossier ne peut être fermé - Ankara fait monter la pression sur l'UE pour qu'elle fasse un choix fondamental en faveur ou contre l'entrée de la Turquie. « Nous arrivons à un point crucial, le moment de nous confronter à la réalité. L'UE doit évaluer les coûts d'une adhésion de la Turquie mais aussi le coût de ne pas avoir la Turquie parmi ses membres. Ensuite, elle devra faire un choix », a déclaré le ministre turc des Affaires européennes, Egemen Bagis, devant un petit groupe de journalistes, mercredi 29 septembre à Bruxelles. Ce choix ne doit pas être fait « aujourd'hui ou demain » mais il sera inéluctable « dans quelques années », dit-il. Pour M. Bagis, qui est aussi le négociateur en chef pour les pourparlers d'adhésion, il est clair que le coût d'une non-adhésion de la Turquie est pour l'UE « de loin plus élevé » que de l'accueillir dans son club. « Chaque jour qui passe fait encore augmenter ce coût », estime-t-il. Pour justifier son « calcul », il avance des arguments démographiques (avec une moyenne d'âge de 42 ans, « l'Europe vieillit » tandis que la population turque, de 28 ans en moyenne, est jeune), économiques (« l'une des trois économies du monde qui ont le meilleur taux de croissance»), énergétiques (« 70% de l'énergie dont l'Europe aura besoin à l'avenir se trouve autour de la Turquie »), de politique étrangère (forte influence turque sur la scène internationale) et culturels (pont entre l'Occident et l'Orient et relations avec le monde musulman).
Pour la Turquie, l'adhésion à l'UE reste « l'objectif national stratégique » mais, en même temps, « l'Europe n'est pas la seule aspiration pour la Turquie », a dit M. Bagis. Interrogé sur les éventuelles alternatives à l'intégration européenne, il a cité l'exemple de la Norvège qui, sans avoir adhéré (le peuple norvégien a dit « non » au référendum alors que les négociations d'adhésion avaient été accomplies avec succès, Ndlr), a des relations très étroites avec l'UE. Il refuse cependant le concept de « partenariat privilégié » avancé notamment par le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel. Il est « insultant » de fixer comme objectif des relations ce statut « qui n'existe pas », a dit M. Bagis. La Turquie pourrait accepter que des referenda organisés dans certains pays membres à la fin du processus de négociation se prononcent contre l'entrée du pays dans l'UE (« ce serait une décision basée sur le droit »), mais elle ne peut pas accepter que certains pays membres (Chypre, France) « bloquent les négociations en cours de route ». « C'est tout simplement illégal », a lancé M. Bagis. Le ministre turc a salué la perspective de voir Catherine Ashton et son Service européen pour l'action extérieure (SEAE) exercer une influence sur le processus d'adhésion de la Turquie qui restera toutefois sous le contrôle et la responsabilité de la DG Élargissement de la Commission et des États membres. « J'ai le sentiment que Mme Ashton est de notre côté, comme son pays et sa famille politique (les socialistes, Ndlr) ont toujours été de notre côté », a dit M. Bagis.
Ouverture de nouveaux chapitres. À ce stade, la Turquie a ouvert les pourparlers d'adhésion dans 13 des 35 chapitres à négocier (un seul chapitre est clos). D'ici la fin de l'année, M. Bagis espère pouvoir ouvrir un 14ème chapitre (politique de concurrence). Ankara juge aussi « réaliste » la possibilité d'ouvrir un 15ème chapitre (marchés publics) au cours du premier semestre 2011, sous Présidence hongroise de l'UE. Le fait que Chypre bloque toujours une série de chapitres parce que Ankara refuse d'ouvrir ses ports et aéroports aux Chypriotes fait grincer les dents de M. Bagis. Et il demande que l'UE fasse pression sur Nicosie. « Quelqu'un devrait rappeler aux Chypriotes qu'il est dans leur intérêt national » de poursuivre et de conclure les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, dit-il. En même temps, il estime que « certains grands pays membres exploitent la position de Chypre et se cachent derrière elle » pour ne pas devoir dire ouvertement qu'ils ne veulent pas poursuivre les négociations. Et si la Turquie bougeait ? Et si, afin de débloquer de nombreux chapitres, Ankara décide d'ouvrir ses ports et aéroports aux Chypriotes ? Non, répond M. Bagis, il n'y aura pas de geste unilatéral. « Nous avons toujours fait des gestes de bonne volonté, mais il n'y a jamais eu un geste de l'autre côté. Si l'UE met en œuvre sa décision de 2004 (sur l'ouverture du commerce direct avec Chypre-Nord), nous mettrons en œuvre le protocole additionnel » sur l'extension de l'Union douanière UE/Turquie à Chypre, a dit le ministre. (H.B.)