Inefficacité. La coopération euro-méditerranéenne est nécessaire et elle est possible, mais l'instrument actuel est inefficace. L'Union pour la Méditerranée (UpM), fondée sur la rhétorique, multiplie les échecs ; elle ne contribue pas au développement concret des relations entre l'UE et les pays tiers riverains. Ses instruments comportent quatre aspects négatifs: gaspillage de ressources financières ; utilisation démagogique de la structure institutionnelle, ce qui aggrave les divergences et leur visibilité ; impossibilité de tenir les réunions politiques programmées, à commencer par le Sommet ; échec des quelques rencontres ministérielles qui se déroulent quand même. Le résultat est paradoxal: l'UpM rend plus aigus les conflits et les divergences en les mettant en pleine lumière. Le seul secteur qui progresse est la mise en place d'organismes de gestion. Les quelques réalisations euro-méditerranéennes positives ignorent la structure globalisante de l'UpM ; elles se concrétisent entre un nombre limité de pays ou elles se situent dans le cadre des accords bilatéraux entre l'UE et chaque pays tiers méditerranéen, accords qui fonctionnent et dans plusieurs cas progressent.
Blocage en sept points. Notre bulletin rend compte régulièrement de ce qui arrive, que ce soient les évolutions présentées comme des succès par les promoteurs de l'UpM (naissance d'Inframed) ou les difficultés et les obstacles. La vue d'ensemble qui en ressort peut être synthétisée en sept points: 1) le Sommet est maintenant programmé pour novembre, mais on ignore quels chefs d'État ou Premiers ministres seront disposés à y participer et si la date sera confirmée; 2) les réunions annoncées entre les ministres de l'Énergie et les ministres de l'Agriculture ont été annulées, très peu de pays ayant manifesté l'intention d'y participer ; 3) les réunions ministérielles consacrées au tourisme et au problème de l'eau se sont déroulées (avec des participations minimales) mais n'ont donné aucun résultat; 4) l'idée d'une stratégie euro-méditerranéenne pour le secteur de l'eau a échoué, et c'est pourtant un domaine essentiel (mais difficile à maîtriser) ;
5) d'autres réunions ministérielles sont programmées(environnement, enseignement supérieur, travail et emploi) mais on doute qu'elles soient maintenues ; 6) aucun pays arabe ne se propose pour succéder à l'Égypte dans la coprésidence de l'UpM (le mandat égyptien expire le mois prochain, le Maroc et la Tunisie n'ont pas accepté de prendre la relève); 7) du côté européen, la coprésidence continue à être exercée par la France sans désignation formelle, en liaison avec la présidence tournante du Conseil. La tendance existe à Paris à considérer cette situation comme permanente ; les institutions communautaires sont perplexes.
Défaillances et incertitudes. Au-delà de ces sept points, d'autres défaillances et incertitudes subsistent. La dotation financière de l'UpM n'est pas claire, même pas pour le fonctionnement du secrétariat général malgré les efforts de l'Espagne et de la Commission européenne. On comprend les hésitations face à l'incertitude des projets opérationnels ; la possibilité serait envisagée d'établir un lien entre le financement ultérieur du secrétariat et le début de la réalisation des projets. Les soutiens communautaires aux différents pays tiers méditerranéens sur une base bilatérale se poursuivent; ce sont des montants considérables, mais en marge de l'UpM. La situation est analogue pour l'activité de la FEMIP, section spécialisée de la Banque européenne d'investissement (BEI), qui représente une garantie du sérieux des projets retenus. La BEI est très présente dans le secteur méditerranéen de l'énergie (voir notre bulletin n° 10135) ; mais ni l'Arab Gaz Pipe Line ni le projet Desertec se situent dans le cadre de l'UpM.
Création artificielle. Au niveau politique international, l'UpM n'a aucun relief. Les pays balkaniques en font partie parce qu'ils sont riverains de la mer Adriatique, mais c'est un amalgame artificiel, exemple supplémentaire de la prééminence de la rhétorique. Les populations de Croatie, Albanie, Monténégro et Bosnie-Herzégovine ignorent totalement qu'elles font partie de l'UpM ; leurs soucis concernant les relations avec l'UE sont d'une tout autre nature. La rive Sud de la Méditerranée ne regarde pas vers les Balkans, mais plutôt vers les autres pays arabes, ceux du Golfe en particulier. La Libye rejette l'UpM en considérant qu'elle est incompatible avec l'unité africaine, et plusieurs pays de l'Afrique noire sont d'accord. De son côté, le monde des entrepreneurs vient d'exprimer sa déception à l'égard de l'UpM « qui continue à se concentrer davantage sur son implémentation, ses structures et ses compétences, que sur ses résultats (…) L'UpM n'agit pas de façon profitable pour la zone euro-méditerranéenne ».
L'UpM est une création artificielle entre pays qui ont des objectifs divergents et aucune intention de constituer un ensemble. C'est le triomphe de la rhétorique sur la réalité. Ce n'est pas la bonne route.
(F.R.).