La signification historique, culturelle, politique et économique du bassin méditerranéen pour l'UE est tellement évidente qu'il n'aurait aucun sens de la souligner une fois de plus, et l'Union pour la Méditerranée, UpM, mérite d'être soutenue, même si le terme Union est excessif. Mais je crois qu'il est utile aussi de ne pas en cacher les lacunes et les aspects rhétoriques (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10131).
D'un projet absurde à une réalisation raisonnable. Le projet initial était absurde: il visait à créer une nouvelle entité à laquelle l'UE n'aurait pas participé en tant qu'ensemble, car seuls en auraient fait partie les pays communautaires riverains de la Méditerranée. C'était une façon de méconnaître le caractère unitaire de l'UE, mais surtout un projet irréalisable car seules les institutions et les procédures communautaires peuvent négocier et prendre des décisions dans des domaines aussi fondamentaux que le commerce et les financements. Comment pouvait-on imaginer que l'Allemagne accepte en ces matières des décisions prises sans sa participation ? Et comment les institutions de l'UE auraient-elles pu rester en marge ? Le projet avait alors été révisé en devenant Union pour la Méditerranée, au lieu d'Union euro-méditerranéenne. D'autres décisions successives rendaient sa nature difficilement compréhensible, en insérant les pays balkaniques parmi les participants ; ces pays sont certes méditerranéens, car la mer Adriatique fait partie de la Méditerranée, mais leurs situations, leurs problèmes et leurs ambitions n'ont aucun rapport avec ceux des pays de la rive sud. Le résultat est que, face à l'UE, il n'existe entre les autres participants rien de vraiment commun sinon la façade géographique. Ceci ne signifie pas que l'UpM soit inutile par principe ; des organisations plus ou moins analogues existent dans d'autres régions géographiques, autour du Danube ou dans la zone nordique, et elles sont efficaces. Mais elles réunissent des pays ayant des intérêts communs, qui entendent collaborer entre eux, et avec l'UE, sur des questions concrètes bien définies.
Ce qui est possible et efficace. Dans la Méditerranée, en attendant des évolutions qui sont pour le moment difficilement prévisibles, l'objectif est de réaliser ensemble un certain nombre de projets qui intéressent tous, ou une grande partie des pays riverains, chacun y participant à titre volontaire. Le rapport Peillon rappelle ces projets: les autoroutes de la mer ; le plan solaire et l'initiative Desertec dans le domaine de l'énergie; la protection de la mer Méditerranée et de ses ressources tellement compromises ; et aussi, pour les pays qui disposent de la volonté et des structures appropriées, la convergence progressive des normes de sécurité alimentaire, phytosanitaires et environnementales. Ce rapport évoque aussi les échanges universitaires et le renforcement du programme « Erasmus Mundus ». Mais pour les aspects commerciaux, le soutien financier, etc., la coopération ne peut qu'être essentiellement bilatérale, entre l'UE et chacun des pays tiers méditerranéens, en raison des différences radicales des intentions et des ambitions de chacun de ces pays.
Aspects prématurés. L'opportunité d'insérer parmi les priorités le gonflement des structures bureaucratiques n'est pas évidente. L'utilité et l'urgence de cette opération devraient être évaluées à la lumière des progrès des réalisations concrètes et de l'apaisement des conflits. J'en dirais autant du renforcement des pouvoirs et des responsabilités de l'Assemblée parlementaire commune: celle-ci devrait prouver d'abord qu'elle n'est pas utilisée par ses membres surtout comme «caisse de résonance » pour affirmer des convictions politiques ou des positions dans les conflits ou les divergences avec le voisin.
Quant à l'aspect budgétaire, une certaine cohérence est nécessaire. Chaque commission parlementaire cultive la tendance à réclamer davantage de financements européens dans les domaines dont elle a la responsabilité ; c'est la voie la plus simple pour donner satisfaction à tout le monde. Mais en même temps la commission du PE responsable du budget indique qu'il ne faut pas s'attendre à ce que, dans la situation financière actuelle des États membres, le budget communautaire puisse connaître dans un avenir prévisible une expansion considérable. Les institutions et les organismes européens responsables des finances invitent avec fermeté les États membres à réduire leurs dépenses publiques; il serait quelque peu démagogique de réclamer pour le budget communautaire un comportement radicalement opposé, sauf dans les domaines où il est prouvé que l'action commune comporte des économies et davantage d'efficacité, et que l'expansion des dépenses européennes entraîne des économies nationales.
Je crois que les différents aspects évoqués avant-hier et aujourd'hui dans cette rubrique ne devraient pas être négligés si l'on veut que le Sommet euro-méditerranéen du mois prochain soit quelque chose de plus d'une cérémonie solennelle mais inefficace.
(F.R)