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Bulletin Quotidien Europe N° 10105
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/conseil europÉen

Les Vingt-sept appelés à approuver un mécanisme de soutien à la Grèce

Bruxelles, 24/03/2010 (Agence Europe) - Le Conseil européen se tiendra jeudi 25 et vendredi 26 mars avec deux sujets principaux à l'ordre du jour: la nouvelle stratégie de l'UE 2020 (qui ne sera adoptée formellement que lors du Conseil européen des 17 et 18 juin) et l'action européenne dans la lutte contre le changement climatique (voir autre nouvelle). La préparation du prochain Sommet du G20 (à Toronto, 26 et 27 juin) et la question du « gouvernement économique et de la coordination des politiques » seront aussi abordées, écrit Herman Van Rompuy dans sa lettre d'invitation aux dirigeants de l'UE. Mais c'est, bien sûr, le cas de la Grèce qui attirera toute l'attention, même si le sujet ne figure pas officiellement à l'agenda. À ce stade, une rencontre des chefs d'État ou de gouvernement des pays de la zone euro avant le Sommet à Vingt-sept n'est pas encore confirmée, mais « c'est envisageable et le président (du Conseil européen) y réfléchit », a réaffirmé une source européenne, mercredi 24 mars.

Après la traditionnelle rencontre avec le président du Parlement européen, jeudi après-midi, les dirigeants chercheront un accord sur les principaux éléments de la stratégie européenne pour l'emploi et la croissance telle que présentée par la Commission et discutée au Conseil (voir notamment EUROPE n° 10090 et 10103). La discussion portera notamment sur les aspects de gouvernance et les grands objectifs quantifiés que l'UE se fixera. Certaines modalités restent à discuter, confirme une personne proche des dossiers à l'ordre du jour. Il s'agit notamment de s'interroger sur ce qu'il convient de faire quand les objectifs sous-nationaux, une fois additionnés, ne permettent pas d'atteindre l'objectif national établi. De même, si le principe d'un objectif de pauvreté (réduire de 20 millions le nombre de personnes menacées par la pauvreté) n'est, semble-t-il, pas contesté, le mode de calcul est à parfaire. Le Conseil européen pourrait ainsi demander que des travaux supplémentaires soient menés pour définir cet objectif de manière cohérente. Enfin, l'objectif d'éducation (concernant le taux d'abandon scolaire et le nombre de jeunes avec un diplôme de l'enseignement supérieur) sera aussi abordé. Les États fédéraux pourraient avoir besoin de plus de temps pour fixer leurs objectifs nationaux, étant donné que la compétence en matière d'éducation se situe souvent au niveau des entités fédérées.

Au dîner, jeudi soir, les chefs auront un premier échange de vues sur les préparatifs en vue du Sommet du G20. Cette question sera à nouveau à l'ordre du jour du prochain Conseil européen de juin, dix jours avant la rencontre des dirigeants des principales puissances à Toronto. Felipe González leur présentera les conclusions préliminaires du groupe de réflexion qu'il préside (EUROPE n° 10081) et qui portent surtout sur les aspects de coordination des politiques économiques. Un autre point, plus spécifique mais qui n'est pas sans lien avec la stratégie 2020, sera ensuite abordé: la question des divergences de compétitivité entre les États membres. Si l'Eurogroupe a déjà souligné son intention de se pencher plus régulièrement sur ce problème (EUROPE n° 10099), le Conseil européen pourrait demander que des travaux soient lancés sur la possibilité d'instaurer un nouvel instrument/indicateur pour la détection des divergences et le suivi de leur développement.

La journée de vendredi sera essentiellement consacrée au suivi de la conférence de Copenhague, l'idée étant de trouver une nouvelle dynamique dans les négociations en matière de lutte contre le changement climatique (voir autre nouvelle).

Réunion de l'Eurogroupe ? Recours prioritaire au FMI ?: les questions restent ouvertes

Le doute subsistait encore, mercredi après-midi, sur l'opportunité de réunir les dirigeants de la zone euro juste avant le début du Conseil européen. Une rencontre de l'Eurogroupe au niveau des chefs d'État ou de gouvernement aurait pour but d'apporter de la clarté, après des semaines de discussions et de déclarations parfois contradictoires. Si l'objectif est de parvenir à un accord politique clair, dont les grandes lignes se dessinent, les conditions et les modalités concrètes du mécanisme pourraient être arrêtées ultérieurement, par les ministres.

« La Commission encourage les États membres de la zone euro à trancher en faveur d'un mécanisme », qui pourrait être activé très rapidement en cas de besoin, a en tout cas répété mercredi Olli Rehn. Dans cette perspective, une réunion de l'Eurogroupe serait utile. « Je peux dire que s'il y a une possibilité d'avoir une décision politique, nous pensons qu'il est utile d'avoir une réunion de ce type », a déclaré à la presse le commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires. La Commission continue de préférer une solution de soutien à la Grèce par la zone euro, mais « nous ne voulons pas entrer dans un débat philosophique quant à l'intervention du FMI que nous voyons comme un partenaire avec lequel nous voulons coopérer et dans l'expertise duquel nous voulons puiser ». Toute action devra toutefois « reposer sur un rôle de leader de l'UE », a-t-il souligné. L'idée d'une intervention mixte, impliquant le FMI d'une part et des prêts bilatéraux des États membres de la zone euro qui le désirent d'autre part, fait par ailleurs son chemin. Alors que rien n'a filtré quant à un possible accord sur le dispositif en lui-même, l'Allemagne pencherait pour un recours prioritaire au FMI. Une façon de repousser le moment d'une éventuelle implication des États membres après les élections dans le Land allemand de Rhénanie du Nord-Westphalie, le 9 mai.

Les députés réclament que le Conseil européen fasse preuve de « solidarité » avec la Grèce et approuve le mécanisme d'aide proposé par la Commission - Critiques à l'égard de l'Allemagne

Mercredi après-midi (24 mars), lors d'un débat en séance plénière du Parlement européen à Bruxelles sur la préparation du Conseil européen de ces jeudi et vendredi, tous les groupes politiques ont appelé les chefs d'État et de gouvernement à faire preuve de solidarité avec la Grèce et d'approuver le mécanisme d'aides bilatérales suggéré par M. Barroso. Même si, pour l'instant, l'agenda officiel du Conseil européen ne contient que deux points (stratégie économique 2020 et changement climatique), « il n'y a pas de doute que la crise grecque sera à l'ordre du jour », a estimé le secrétaire d'État espagnol aux Affaires européennes, Diego López Garrido, qui a parlé au nom de la Présidence espagnole de l'UE. Lors du sommet informel en février, les dirigeants des pays de la zone euro se sont politiquement engagés à prendre des mesures déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble; s'il s'avère maintenant que des mesures doivent être prises pour assurer la stabilité de la Grèce et de l'euro, « ces mesures seront adoptées », a-t-il dit.

« Franchement, je ne vois pas comment il serait possible de ne pas discuter de la Grèce au sommet », a aussi estimé José Manuel Barroso qui a également rappelé l'engagement des dirigeants de la zone euro du 11 février dernier. Le moment est aujourd'hui venu de décider de la création, au sein de la zone euro, d'un mécanisme coordonné de soutien à la Grèce, a martelé M. Barroso, soulignant qu'il s'agirait d'un « filet de sécurité » destiné à faire baisser les intérêts que doit payer la Grèce sur ses emprunts « mais sans activation automatique ». Les chefs d'État et de gouvernement doivent agir maintenant ; c'est une question de « responsabilité et de solidarité », selon le président de la Commission. Mais, a-t-il poursuivi, la solidarité n'est pas une voie à sens unique: la Grèce doit faire son travail et mener à bien les réformes et les efforts d'assainissement budgétaire auxquelles elle s'est engagée. Pour M. Barroso, ce sommet sera un « test » pour vérifier l'engagement des chefs d'État et de gouvernement en faveur de l'Union économique et monétaire.

Joseph Daul, le chef du groupe PPE, partage entièrement l'analyse de M. Barroso. « Nous attendons du Conseil européen qu'il réaffirme sa solidarité vis-à-vis de la Grèce tout en mettant chacun devant ses responsabilités », a-t-il dit. « La solidarité est l'alpha et l'oméga de la construction européenne », a insisté M. Daul. De la solidarité, il y en a eu dès le début de la crise économique et financière, par exemple quand il s'agissait de sauver des banques, « et elle ne doit pas faire défaut maintenant à nos amis grecs ». « Cette semaine, une solution européenne doit être trouvée, une solution communautaire dans un cadre communautaire, même si c'est avec l'intervention du FMI », a dit M. Daul appuyant la proposition de la Commission. En même temps, la Grèce doit faire les réformes à court et moyen terme et qui s'imposent pour « mériter ce soutien », a-t-il dit. L'Allemand Martin Schulz, le chef du groupe socialiste (S&D), s'est lancé dans une véritable tirade contre le gouvernement allemand d'Angela Merkel (son parti, le SPD, est dans l'opposition à Berlin). « La Grèce a promis de faire ses devoirs, elle a donc fourni ce qu'elle devait fournir, mais l'Allemagne refuse de respecter sa promesse » et de venir en aide à la Grèce si besoin est, a déclaré M. Schulz. Or, le mécanisme de soutien proposé par la Commission ne serait qu'un « filet de sécurité » permettant à la Grèce de financer son déficit à des taux d'intérêt acceptables « qui ne coûtera pas un seul euro au contribuable allemand », a-t-il expliqué. À défaut d'une aide européenne, la Grèce devrait continuer à payer trop d'intérêts et « les fruits de ses efforts d'assainissement budgétaire iront dans les poches des spéculateurs », a expliqué M. Schulz qui met en garde: si les spéculateurs obtiennent gain de cause sur la Grèce, d'autres pays « comme l'Italie, le Royaume-Uni ou l'Espagne » se retrouveront rapidement dans le collimateur des marchés. « La Commission a fait la bonne proposition » que Mme Merkel devrait accepter, pour des raisons de solidarité politique mais aussi d' « intelligence économique », a conclu M. Schulz. Guy Verhofstadt demande que le Conseil, « après de longues semaines de bataille », fasse enfin la « clarté » sur la Grèce et adopte une « décision ferme » sur base de la proposition de la Commission. L'ancien Premier ministre belge a eu des mots très durs pour ceux qui rechignent à venir en aide à la Grèce. « J'ai l'impression qu'en quatre jours (cette semaine), des membres du Conseil européen ont fait plus de tort pour le projet européen que les eurosceptiques tous ensemble pendant quatre ans », a-t-il dit. M. Verhofstadt s'est dit « heureux » de la proposition de M. Barroso pour un mécanisme européen qui, a-t-il insisté à l'instar de M. Schulz, « n'exige pas d'argent des contribuables ». L'Europe a la « crédibilité et la liquidité » nécessaires pour aider la Grèce à prêter de l'argent à des taux normaux, « c'est le seul moyen d'assurer que les efforts (d'assainissement) de la Grèce vont servir à quelque chose », a dit M. Verhofstadt. « J'espère que les membres du Conseil européen se taisent et approuvent » la proposition de M. Barroso, a-t-il conclu. Au début de la crise financière, les banques ont été sauvées « en quelques heures » mais quand il s'agit d'aider un pays partenaire de la zone euro, on hésite, a critiqué la verte allemande Rebecca Harms. À l'approche des élections régionales en Rhénanie-Westphalie, le gouvernement allemand définit sa position en fonction des sondages qui indiquent qu'une majorité des Allemands est opposée à une aide financière à la Grèce ; « c'est trop de populisme, c'est inacceptable. En tant que député allemande, j'ai honte de mon gouvernement », a-t-elle dit. Il est évident que la Grèce devra faire son travail et remettre ses finances en ordre. De ce côté, des mesures supplémentaires seront nécessaires, estime Mme Harms. Au nom du groupe conservateur, le Polonais Michal Tomasz Kaminski a également plaidé pour plus de solidarité avec la Grèce et a critiqué l'Allemagne. Le gouvernement grec est obligé de faire des « sacrifices difficiles sans se plier au populisme ; malheureusement, ce n'est pas le cas de tous les gouvernements en Europe », a-t-il dit. Il a aussi estimé qu'une partie du problème grec trouve son origine dans le fait que « le pays est entré dans la zone euro prématurément ». (A.B./H.B.)

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