Bruxelles, 10/03/2010 (Agence Europe) - Les ministres de l'Agriculture des treize pays membres du CIHEAM (Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes, organisation intergouvernementale créée en 1962) se sont rencontrés lundi 8 mars, à Istanbul, pour leur huitième réunion consacrée aux « effets du changement climatique sur la sécurité et la sûreté alimentaires en Méditerranée et les mesures à entreprendre », indique un communiqué de l'organisation. « L'agriculture redevient à nouveau un sujet de préoccupation majeure pour le monde et pour la région méditerranéenne », lit-on dans ce texte en référence à la « problématique alimentaire » désormais placée « sur le devant de la scène internationale ».
Le souci, selon le CIHEAM, est d'assurer une « gestion durable des ressources naturelles, en particulier l'eau et les sols », laquelle constitue un impératif pour garantir la productivité agricole et pour contribuer au développement des zones rurales. Il affirme: « Puisque tous les modèles climatiques régionaux s'accordent à considérer que la Méditerranée sera l'une des régions les plus sévèrement touchées par le changement climatique », il serait important de « prendre en compte l'interaction complexe » entre « l'affectation des terres et l'utilisation de l'eau, le choix des cultures et la dynamique sociale ». L'organisation souligne l'ampleur des défis que rencontre l'agriculture méditerranéenne: « Les contraintes climatiques, notamment la rareté des ressources hydriques et foncières, ont toujours été des caractéristiques des systèmes agricoles méditerranéens ». Elle a pu cependant « développer d'ingénieux systèmes de production afin de s'y adapter et y faire face ». Mais « aujourd'hui, la résilience de ces systèmes est mise à l'épreuve, puisque le changement climatique engendrera des conditions différentes pour la production agricole dans l'ensemble de la région, et aura de nombreux impacts sur les disponibilités et la qualité de l'eau, sur l'environnement (érosion et salinisation des sols, désertification), sur les forêts et la biodiversité, sur la production végétale et animale, sur la diffusion des maladies agricoles et animales, ainsi que sur la sécurité alimentaire des populations, notamment pour celles vulnérables du monde rural ». Ainsi, le CIHEAM « considère que ces enjeux se situent au coeur des priorités politiques pour la Méditerranée » et c'est pour en débattre qu'il a invité les ministres à « partager les idées et les expériences, dans un cadre partenarial ».
Au nom de l'UE, Elena Espinosa, ministre espagnole de l'Environnement et du Milieu rural et marin, a souligné, lors de la rencontre, « l'importance d'appliquer des politiques qui encouragent le secteur agricole à s'adapter aux changements climatiques, tant au niveau de ses aspects physiques et son impact économique ». Elle a affirmé que le principal impact attendu du changement climatique était « la disponibilité de l'eau ». Mais, a-t-elle estimé, « l'économie d'eau ne sera pas suffisante, la réutilisation des eaux usées et le dessalement lorsqu'il est possible seront nécessaires ». Elle a également souligné « la nécessité de continuer à explorer de nouvelles façons d'obtenir ces ressources en utilisant le moins d'énergie possible afin de réduire leur coût et leurs conséquences environnementales ». Pour la ministre espagnole, « l'une des meilleures politiques d'adaptation aux conséquences du changement climatique (est dans une) politique de gestion des risques qui protège les agriculteurs contre une forte baisse des revenus » du fait de la modification du climat.
Le CIHEAM note par ailleurs en référence à des analyses de conjoncture que les pays maghrébins et l'Égypte ont vu augmenter fortement leur déficit commercial agro-alimentaire en 2008. En cause, la « grande augmentation des importations, notamment des céréales, des huiles et corps gras et des aliments pour animaux, principaux produits agroalimentaires importés par ces pays, accompagnée de la hausse des prix des céréales en 2007-2008 ». Selon ces analyses, 47% des produits agroalimentaires importés (en 2008) par la Tunisie ont été des céréales, suivis des corps gras et huiles qui représentent 18% des importations. Les importations algériennes sont dominées par le blé, celles-ci ayant augmenté de 123% par rapport à 2007. En Égypte, après le bond des importations de céréales en 2007, les huiles et les corps gras deviennent le 2ème poste à l'import. La principale hausse des importations au Maroc est celle des céréales (blé) en provenance de France, d'Allemagne et d'Argentine (respectivement +90%, +120% et +83%). (F.B.).