Bruxelles, 10/03/2010 (Agence Europe) - Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des Affaires étrangères, a été reçu lundi 8 mars en fin de journée à Tripoli par le guide libyen Mouammar Kadhafi auquel il a remis un message du roi Juan Carlos, indique l'agence de presse officielle Jana. Selon cette source, le souverain espagnol a fait part au colonel de l'excellente appréciation portée aux relations euro-libyennes et de l'espoir de les développer davantage. Au-delà de la transmission du message royal, M. Moratinos avait surtout à cœur de dénouer la crise née entre la Libye et l'UE à travers le différend sérieux qui oppose depuis quelques mois ce pays à la Suisse mais auquel il n'a pas été fait référence dans le communiqué diffusé par Jana.
Cette crise a abouti à la suspension de l'octroi de visas libyens à tous les ressortissants de l'espace Schengen en rétorsion aux mesures drastiques imposées par Berne à l'entrée sur son territoire de citoyens libyens. L'affaire, qui s'est répercutée sur tout l'espace Schengen (bien qu'assouplie ensuite), a suscité quelques grincements de dents et des frictions entre les autorités suisses et quelques États membres de l'UE soucieux de maintenir leurs bonnes relations avec l'important producteur de pétrole arabo-méditerranéen. L'Italie comme la France avaient critiqué la Suisse pour le risque que sa confrontation avec la Libye comportait pour leurs propres relations avec ce pays comme avec celles de toute l'UE, laquelle cherche à normaliser ses relations avec ce pays catactérisé par son imprévisibilité diplomatique.
Deux jours avant M. Moratinos, le ministre portugais des Affaires étrangères, Luis Amado, avait séjourné à Tripoli et il y avait rencontré son homologue libyen, Moussa Koussa. Les deux hommes avaient évoqué ensemble « les perspectives de la coopération entre les deux pays ainsi que les voies de leur consolidation dans les domaines des infrastructures, du pétrole et du gaz, de l'industrie du ciment, de l'informatique et des énergies nouvelles ». Une délégation économique portugaise a été invitée à se rendre en Libye pour « établir un programme pratique et des mécanismes d'application des accords entre les deux pays dans les domaines de coopération cités », sans qu'il soit fait ouvertement référence à la crise en cours. Le ministre libyen a cependant laissé entendre qu'un dénouement rapide était envisageable. Il a assuré, selon les médias suisses, que la Libye accepterait le verdict d'un collège arbitral, et ce, quel qu'il soit. Moussa Koussa a tenu à remercier l'Italie, Malte, le Portugal, l'Espagne, la Slovénie, la Turquie, l'Union du Maghreb arabe, la Ligue arabe, l'Union africaine et l'Organisation de la conférence islamique, « pour leur appui à la position de la Libye ».
Dans un communiqué, l'eurodéputé Simon Busuttil (PPE, maltais) invite l'UE à « prendre instamment toutes les mesures nécessaires pour sortir de cette crise diplomatique. « L'UE n'a rien à faire avec cette crise et il n'y a aucune raison que les citoyens européens souffrent » des effets des mauvaises relations helvéto-libyennes, se désolidarisant ainsi clairement de l'attitude adoptée par Berne. (F.B.)