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Bulletin Quotidien Europe N° 10080
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/libye

Les pays de l'espace Schengen « pris en otage » dans le différend persistant helvéto-libyen

Bruxelles, 17/02/2010 (Agence Europe) - La Commission européenne « déplore la décision unilatérale et disproportionnée » prise le 14 février par la Libye de ne plus octroyer de visas aux ressortissants des pays de la zone Schengen, mesure prise dans le cadre de son différend avec la Suisse qui est membre de l'accord de Schengen. Cette décision, qui implique désormais l'ensemble des membres de Schengen, est la conséquence de l'escalade survenue dans le différend entre la Libye et la Suisse après l'arrestation à Genève, en juillet 2008, du fils du colonel Mouammar Kadhafi et de son épouse suite à une plainte présentée par leurs domestiques. Malgré la libération rapide du couple Kadhafi et les excuses officielles présentées l'an dernier par le chef de la diplomatie helvétique, la Libye a maintenu en détention deux ressortissants suisses, entraînant par mesure de rétorsion la décision suisse d'inscrire la Libye sur la « liste noire » relative à l'octroi de visas dans l'espace Schengen. La réciprocité adoptée par Tripoli vise tous les pays membres de la zone et non pas seulement la Suisse. Cette affaire sera inscrite à l'ordre du jour du Conseil Affaires étrangères, lundi 22 février.

La réaction européenne est venue lundi soir de Cecilia Malmström, commissaire européenne aux Affaires intérieures. Son porte-parole a regretté que le refus d'entrée en Libye ait déjà été opposé aux détenteurs de visas européens obtenus antérieurement. Neuf Italiens auraient ainsi été refoulés à l'aéroport de Tripoli et trois Néerlandais n'ont pu décoller pour un vol à destination de cette ville. Les nouvelles restrictions, qui ne semblent toutefois pas affecter les diplomates européens et les résidents à long terme, seront examinées au sein du groupe « visas » lors de sa réunion ordinaire, qui a lieu jeudi à Bruxelles. Ce groupe est composé des services concernés de la Commission, du Conseil, des États membres et des gestionnaires du programme Schengen, précise-t-on à Bruxelles.

La Commission européenne a depuis ses premières déclarations baissé le ton, commente la presse en se référant à une déclaration du porte-parole de Mme Malmström, selon lequel « il faut rester extrêmement calme et laisser la diplomatie travailler ». « Bruxelles se serait-il laissé embobiner par l'Italie, qui accuse la Suisse d'exagérer », suggèrent les commentaires des journaux helvétiques qui rejettent le reproche fait par l'Italie à la Suisse d'avoir impliqué tous les pays de l'espace Schengen. Le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, a déclaré à la télévision suisse: « Nous n'avons pas de problèmes avec la Libye (...) Nous aidons la Suisse, mais elle ne peut pas prendre le reste de l'Europe en otage ». Il a eu un entretien à ce sujet avec son homologue français, Bernard Kouchner, dont le pays a également recommandé à ses ressortissants de reporter leurs éventuels voyages en Libye.

L'embarras semble cependant dominer à Berne où la presse se déchaîne contre la Libye autant que contre les voisins européens accusés de manque de solidarité. « Le Conseil fédéral a réaffirmé hier (mardi) qu'il continuera de délivrer au compte-gouttes aux Libyens des visas d'entrée dans l'espace européen de Schengen. Mais la Suisse pourra-t-elle compter longtemps sur la solidarité de l'Union européenne ? L'Italie, en tout cas, a déjà choisi son camp », affirme la Tribune de Genève. « Pour rallier Rome à sa cause, Micheline Calmy-Rey s'est entretenue hier avec son homologue Franco Frattini. Un deuxième échange est prévu aujourd'hui (mercredi), après la rencontre entre l'Italien et les chefs des diplomaties libyenne et maltaise. Quant à la France, par la voix de Bernard Kouchner, elle fait preuve d'une prudente neutralité », ajoute le quotidien.

Dans son éditorial, la Tribune de Genève félicite le gouvernement confédéral d'avoir eu un sursaut « d'honneur »: « Cette dictature ne pourra pas se passer indéfiniment des forces productives et des investisseurs européens. Son coup de gueule sur les visas pourrait bien se révéler être un coup de bluff. À condition toutefois que la lâcheté du voisin italien et la complicité du non moins pleutre Bernard Kouchner ne contaminent pas toute l'Union européenne. Que cette dernière ne tombe pas dans le piège de la division des démocraties tendu par le colonel. (…) S'il est compréhensible que des intérêts économiques soient pris en compte par la France et l'Italie, il est plus difficile d'admettre qu'ils en soient à ce point aveuglés ». Une crise euro-suisse en perspective ? (F.B.)

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