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Bulletin Quotidien Europe N° 10080
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Tentative d'évaluation globale de l'attitude européenne à propos de la Grèce

Perte de souveraineté pour tous. C'est une réalité: la participation à l'euro implique une perte de souveraineté. Ou plutôt: la «mise en commun», entre les pays de la zone euro, d'une partie de la souveraineté nationale. En le disant explicitement à son peuple, le Premier ministre grec George Papandréou a simplement confirmé une vérité. Pour l'aspect monétaire, elle était déjà inscrite dans les textes qui imposent des règles en matière de déficit budgétaire, de dette publique et ainsi de suite. Pour l'aspect économique, la mise en commun de la souveraineté est moins explicite, et ceci provoque le célèbre déséquilibre entre la jambe monétaire et la jambe économique qui fait boiter l'UEM (Union Économique et Monétaire).

À présent, le Groupe de l'euro est clairement orienté dans le sens de renforcer la jambe économique, l'Allemagne ayant compris qu'elle est indispensable pour la stabilité de la zone euro. Il n'est pas question de dicter aux États membres le contenu détaillé de leurs politiques économiques, dont l'essentiel reste national, mais d'en discuter ensemble, de définir des orientations et des objectifs harmonisés et surtout d'indiquer des résultats obligatoires, nécessaires à la stabilité de la monnaie unique. Le président stable du Conseil européen, Herman Van Rompuy, en a fait son objectif prioritaire, tout en laissant ouverte la dénomination de l'instrument: qu'on l'appelle « gouvernance économique» ou «coordination des politiques économiques », l'important est qu'il fonctionne. Et sur le principe, les pays de la zone euro paraissent tous d'accord.

Raisons de la fermeté à l'égard de la Grèce. Les conclusions adoptées mardi par le Conseil ÉCOFIN concernant la Grèce (voir notre bulletin d'hier) ne sont que la première mise en œuvre détaillée du processus en cours. Les objectifs chiffrés, les échéances rigoureuses et les contrôles introduits concrétisent la mise sous tutelle que la Commission européenne avait annoncée et que le Conseil européen avait en fait avalisée dans sa « déclaration » de la semaine dernière. Le ton est sévère ; la solidarité à la Grèce est confirmée, mais le caractère contraignant des engagements requis est explicite. Cette fermeté s'explique par plusieurs raisons: la Grèce avait trop triché auparavant à propos de sa situation budgétaire et de la réalité de ses dettes, et il est inacceptable pour les autres que de tels comportements entraînent une baisse tellement importante de la valeur de l'euro par rapport au dollar: - 9% en trois mois !

Comprendre M. Papandréou, mais … À la veille de la session du Conseil, le Premier ministre grec avait reproché à l'UE sa réaction trop faible face à la spéculation monétaire internationale dont son pays faisait les frais, et il avait mis l'accent sur les responsabilités du gouvernement précédent, responsable de la situation qu'il s'est efforcé de corriger. Cette attitude, visant à dégager la responsabilité du gouvernement actuel, victime des erreurs et des mensonges précédents, est compréhensible au niveau national (elle est habituelle aussi dans d'autres États membres). Mais elle n'a aucune signification au niveau européen: pour l'UE, tout État membre a sa continuité, et le résultat des élections ne modifie pas cette continuité. On comprend M. Papandréou: il lui revient de faire face au mécontentement de ses concitoyens face aux sacrifices qui vont leur être imposés. Les fonctionnaires ont déjà manifesté, les syndicats du secteur privé le feront bientôt. Mais la responsabilité du passé revient à la Grèce en tant que pays.

L'indignation. De toute manière, pour l'observateur éloigné que je suis, l'indignation s'adresse une fois de plus en premier lieu au comportement du monde bancaire international. Ce qui a été révélé au sujet du rôle de la banque américaine Goldman Sachs dans le drame grec est ahurissant: elle aurait vendu à la Grèce (en se faisant payer 300 millions de dollars) les moyens techniques pour cacher la réalité de sa dette publique, et ensuite spéculé contre cette dette. Après quoi, Goldman Sachs a annoncé des résultats spectaculaires pour l'année 2009: 12 milliards de dollars de bénéfices et distribution de 16,4 milliards de bonus aux dirigeants et aux « traders » ! C'est indécent. Et le monde bancaire, s'il parvenait à faire plier la Grèce, serait prêt à attaquer ensuite d'autres pays de la zone euro actuellement en difficulté. À Londres, quelques stratèges de la finance annoncent que l'euro va nécessairement éclater, en affirmant que « chaque soutien à la Grèce ne fait simplement que retarder l'éclatement de la zone euro ». D'autres experts ne sont pas du tout d'accord, et surtout Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a été formel: « les marchés financiers se trompent lourdement s'ils pensent qu'ils peuvent mettre en pièces la Grèce »,

Une crise qui pourrait être salutaire ? Si la crise actuelle avait comme effet d'accélérer la mise en place de la gouvernance économique de la zone euro, même avec la dénomination plus modeste de coordination des politiques économiques, on pourra dire un jour qu'elle a été salutaire.

(F.R.)

 

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