*** HARLAN KOFF: Fortress Europe or a Europe of Fortresses ? The Integration of Migrants in Western Europe. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Regional Integration and Social Cohesion », n° 1. 2008, 335 p., 42,90€. ISBN 978-90-5201-443-2.
À l'évidence, la gestion du phénomène de l'immigration constitue un défi majeur dans la plupart des pays de l'Union. C'est peu de dire qu'il embarrasse tous les responsables politiques, en tout cas ceux qui se refusent à chercher à le relever - ou, plutôt, à l'exploiter - de façon simpliste et démagogique. Prolongement d'une thèse en science politique soutenue à la Duke University, cet ouvrage aussi rigoureux que courageux invite à appréhender la problématique de l'intégration des immigrés dans toute sa complexité, en tournant aussi bien le dos aux idées reçues et aux slogans qu'aux approches scientifiques fragmentaires qui égarent plus qu'elles n'éclairent.
Pour Harlan Koff, « l'immigration est une question complexe nécessitant une réponse complexe ». Cherchant à construire une théorie générale de l'intégration qui embrasse toutes les composantes de la vie en société, à savoir la participation de l'immigré à la vie politique, sociale et économique du pays d'accueil, il part de la conviction - étayée au fil des pages - que les réactions à l'immigration naissent sur le terrain local et/ou régional. À la lumière d'enquêtes approfondies menées à Florence, à Bari, à Lille et à Toulouse, il démontre que les niveaux et modes d'intégration varient à travers l'Union européenne, ce qui « contredit évidemment la notion d'une Europe forteresse uniforme ». À l'époque médiévale, lorsque de nouvelles populations venaient s'établir à l'extérieur des remparts d'une ville, ceux-ci finissaient par être abattus et reconstruits plus loin, ce qui a donné naissance à des villes plus grandes et plus fortes, à des sociétés modernes plus complexes aussi. Aujourd'hui, constate l'auteur, d'autres murs - physiques, juridiques et psychologiques - existent au sein des sociétés européennes et « créent sans aucun doute des inégalités sociales ». L'intégration des immigrés ne peut donc être soupesée sous l'angle de leur simple intégration politique, mais doit l'être également sous l'angle de leur intégration économique et sociale - et, plus encore, des interactions entre ces trois arènes. C'est à étudier ces différents aspects dans les quatre villes retenues que s'emploie finement l'auteur. Dans ses conclusions, il relève notamment que Florence et Lille sont les villes où les niveaux de participation dans la société hôte sont les plus élevés, mais aussi les villes les « moins tolérantes » et les plus marquées par des conflits politiques à propos de sujets liés à l'immigration. À l'inverse, les villes plus tolérantes que sont Bari et Toulouse « fournissent des opportunités pour une intégration culturelle, mais pas nécessairement pour une participation socio-économique », ce qui est pourtant le besoin primaire des immigrés lorsqu'ils arrivent sur leur terre d'accueil. Ces données permettent aussi à l'auteur d'avancer que l'intégration dans une des trois sphères n'entraîne pas fatalement une participation dans les deux autres. Ayant poussé à son comble la tradition républicaine française qui ne reconnaît pas les différences ethniques et les droits des immigrés, Toulouse, « la ville avec les traditions antiracistes les plus fortes », est la cité où l'exclusion des immigrés prévaut dans les trois sphères parce que la question de l'immigration n'y est pas traitée spécifiquement, l'auteur y puisant l'argument renforcé que « l'intégration doit être basée sur la reconnaissance et le dialogue ».
Imaginer pouvoir traiter efficacement le problème de l'intégration des immigrés au niveau national, voire au niveau européen, est donc, selon l'auteur, un non sens. Puisque les conflits entre immigrés et populations hôtes surviennent au niveau local, c'est à ce niveau que « des solutions doivent être trouvées et des partenariats construits ». En clair, à chacune des « forteresses d'Europe » d'agir pour que les murs incluent au lieu d'exclure.
Michel Theys
*** LUTZ RAPHAEL, HERBERT UERLINGS (sous la dir. de): Zwischen Ausschluss und Solidarität. Modi der Inklusion/Exklusion von Fremden und Armen in Europa seit der Spätantike. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Inklusion/Exklusion.Studien zu Fremdheit und Armut von der Antike bis zur Gegenwart», n° 6. 2008, 570 p., 80,40 €. ISBN 978-3-631-58204-6.
Faisant suite à un projet de recherche de l'Université de Trêves, cet ouvrage examine les modes d'inclusion et d'exclusion des étrangers et des pauvres en Europe depuis la fin de l'antiquité. Présentée en une répartition thématique des contributions, la question de la solidarité et du rejet est détaillée dans une perspective de longue durée, en analysant la pauvreté et le caractère étranger dans l'Europe des États-nations ainsi qu'en déterminant la transformation de la relation de solidarité dans les différents types d'interprétation collective. Les articles abordent notamment les thèmes suivants: le nouvel ordre chrétien et l'aide aux démunis dans la société européenne jusqu'au Moyen âge, la solidarité face à l'immigration internationale ainsi que la question de l'européanisation et de la mondialisation dans le rapport à la pauvreté et aux étrangers. Un ouvrage très enrichissant qui remonte loin dans le passé européen afin de tenter de comprendre les comportements actuels.
(EPi)
*** IULIA-KARIN PATRUT, HERBERT UERLINGS (sous la dir. de): « Zigeuner » und Nation. Repräsentation-Inklusion-Exklusion. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection. « Inklusion/Exklusion. Studien zu Fremdheit und Armut von der Antike bis zur Gegenwart », n° 8, 2008, 711 p., 54,20 €. ISBN 978-3-631-57996-1.
Cet ouvrage interdisciplinaire regroupe des contributions sur le thème des « gens du voyage » qui ont été présentées lors de congrès internationaux. En développant les concepts de nation, de représentation, d'inclusion et d'exclusion, ces études cernent les analogies et les différences entre la persécution et la stigmatisation des juifs en Suisse et celle des « gitans » en Allemagne. Différentes perspectives sont choisies par les différents auteurs: certains ont préféré une optique historique, littéraire ou médiatique, alors que d'autres ont privilégié une analyse au regard de l'imbrication des représentations ou de l'inclusion et de l'exclusion des gens du voyage entre le 17ème et le 21ème siècle. Des sujets de recherche tels que l'analyse du discours bohème et de la place des bohémiens vers 1900, la question de la race entre 1933 et 1945, la place des bohémiens dans l'histoire moderne de la photographie permettent d'avoir un regard particulier et précis sur la question plus générale qui caractérise les « gens du voyage ». En outre, cet ouvrage approfondi est complété par un examen de la politique rom de l'Union européenne en Roumanie et en Bulgarie.
(EPi)
*** PIERRE BERTHELET: Le paysage européen de la sécurité intérieure. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Cité européenne", n° 43. 2009, 573 p., 45,50 €. ISBN 978-90-5201-473-9.
Europol, Eurojust, Système d'information Schengen, équipes communes d'enquête, Collège européen de police, officiers et magistrats de liaison, centres de coopération policière et douanière, Réseau judiciaire européen, Frontex… L'Europe de la sécurité intérieure est un maquis où même une chatte ne retrouve plus ses petits et, ainsi que l'observe dans son avant-propos Nicolas Quillet, haut responsable au ministère français de l'Intérieur, l'accumulation au fil des ans de multiples canaux et de structures de coopération géographiques et thématiques « a fini par altérer la clarté des dispositifs, l'action des services concernés et les résultats attendus par les citoyens ». Le premier mérite de cet impressionnant ouvrage est de mettre un peu d'ordre dans ce fatras, lui qui, ajoute Nicolas Quillet, « signe une œuvre plus limpide que l'objet même de sa peinture, ce qui le rend digne de la phrase de Chateaubriand: Le paysage n'est créé que par le soleil. C'est la lumière qui fait le paysage ». Avec précision mais clarté, l'auteur présente, au fil des pages, une image analytique très complète et équilibrée des méthodes et des entités qui marquent et font évoluer le paysage européen de la sécurité intérieure. Sa grille d'analyse s'avère particulièrement heureuse puisqu'il distingue les méthodes de collaboration entre les services nationaux de sécurité, soit la dimension horizontale, des structures de soutien aux services nationaux mises en place au niveau européen, soit la dimension verticale, technique qui lui permet notamment de montrer que les cloisons entre ces deux sphères ne sont pas étanches. Pierre Berthelet assortit cette approche analytique de réflexions approfondies sur la nature du processus d'intégration européenne dans ces matières et, ainsi que le souligne le Pr. Monar (Université Robert Schuman de Strasbourg) dans sa préface, fait ressortir « de manière admirablement lucide (…) la tension - et parfois même les contradictions - qui marque l'action des États membres » en ce domaine. Pour l'auteur, ceux-ci sont désireux de se doter de mécanismes performants, mais ils souhaitent conserver, pour eux et leurs services, toute leur marge d'action. D'où un bilan en demi-teinte mais optimiste puisque « la collaboration entre les services nationaux de sécurité paraît être prise dans une dynamique qui entraîne sans cesse l'émergence de nouveaux dispositifs encore plus intégrés ».
(MT)