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Bulletin Quotidien Europe N° 9941
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/Énergie

Premier pas décisif vers la concrétisation du projet Nabucco

Bruxelles, 13/07/2009 (Agence Europe) - En présence du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, du commissaire à l'Énergie Andris Piebalgs, de l'émissaire spécial américain pour l'énergie en Eurasie Richard Morningstar, du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, du président géorgien Mikheïl Saakachvili et d'un représentant de l'Azerbaïdjan, les chefs de gouvernement des cinq États membres de l'UE parties prenantes au projet Nabucco (Allemagne, Autriche, Bulgarie, Hongrie et Roumanie) et de la Turquie ont signé, lundi 13 juillet à Ankara, un accord intergouvernemental pour la construction du gazoduc qui permettra d'acheminer vers l'Europe du gaz d'Asie centrale et du Moyen-Orient en contournant la Russie. L'objectif étant de limiter la dépendance de l'UE au gaz russe, qui alimente 25% de la consommation gazière européenne, mais aussi de pallier les risques de ruptures d'approvisionnement liées au différend financier récurrent entre la Russie et l'Ukraine, par laquelle transite 80% du gaz russe destiné à l'Europe. Selon la Commission, Nabucco a la capacité de satisfaire 5 à 10% de la demande européenne de gaz mais, dans les pays qui, à l'heure actuelle, dépendent à 100% d'une seule route d'approvisionnement, il garantira une sécurité immédiate. Rappelons aussi que Nabucco est en concurrence avec un projet alternatif dirigé par la Russie, et développé par les énergéticiens russe Gazprom et italien ENI, qui doit relier la Russie à la Bulgarie via la mer Noire.

Sanctuarisé par sa signature lundi à Ankara, l'accord intergouvernemental conclu entre Berlin, Budapest, Bucarest, Sofia, Vienne et Ankara, constitue le premier pas, l'étape politique, vers la concrétisation du projet Nabucco. Il scelle, dans un cadre légal international, les modalités juridiques et réglementaires pour l'exportation et le transport du gaz via le gazoduc qui, long de 3 300 kilomètres et d'une capacité maximale de 31 milliards de mètres cubes par an, reliera la Turquie à l'Autriche via la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie et sera construit par un consortium constitué de six énergéticiens, à savoir l'autrichien ÖMV, le hongrois MOL, le roumain Transgaz, le bulgare Bulgargaz, le turc Botas et l'allemand RWE.

Lancés en 2010, les travaux devront s'achever en 2014 pour une opérabilité du nouveau pipeline la même année. Le coût du projet est évalué à 8 milliards d'euros, mais de nombreux doutes subsistent sur son financement. Nabucco devrait néanmoins se voir soutenu à la fois par l'enveloppe accordée, dans le cadre du plan européen de relance proposé par la Commission, à des projets d'infrastructures énergétiques prioritaires, mais surtout par un prêt de 2 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement.

Reste aussi à régler l'épineuse question de l'approvisionnement du gazoduc, qui pourra être raccordé à deux points de connexion possibles aux frontières turques, au nord-est avec la Géorgie et au sud-est avec l'Irak. Un raccord, plus au sud, en Syrie, au gazoduc transarabe, n'est pas exclu. À ce stade, seul l'Azerbaïdjan, qui a signé la déclaration finale du sommet du Corridor Sud en mai dernier à Prague, s'est engagé à fournir une part importante du gaz qui coulera dans Nabucco. Mais, selon les experts, son champ de Shah Deniz ne peut fournir que 4 milliards de mètres cubes, un volume insuffisant pour rentabiliser le projet. Notons aussi que si Bakou et Moscou ont récemment signé un accord pour l'achat de gaz azéri à partir de 2010, celui-ci ne devrait pas pour autant affecter le projet. Du gaz pourrait aussi, à terme, venir d'Irak, du Kazakhstan, d'Ouzbékistan, du Turkménistan, mais aussi d'Iran, si ses relations avec l'UE et les États-Unis se normalisent. Disposant d'importantes réserves, le Turkménistan a apporté un précieux soutien à Nabucco vendredi en annonçant être prêt à s'y associer. L'UE attend encore des engagements similaires du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan, ex-républiques d'URSS encore sous l'influence de Moscou. En attendant, le Premier ministre irakien a annoncé que son pays pourrait probablement fournir 15 milliards de mètres cubes.

La prochaine étape du projet Nabucco, qui débutera au second semestre 2009, consiste donc désormais à conclure des contrats de capacité. Les engagements à faire transiter du gaz par le gazoduc pendant une période fixée ne dépendent pas des États, ils peuvent être pris par des vendeurs ou des acheteurs. C'est sur ces engagements que repose le financement du gazoduc. Notons que Nabucco est accessible aux tiers. Au moins 50% de sa capacité sera vendue sur le marché libre, de sorte que tout transporteur pourra acheter du gaz pour en acheminer. Les 50% restants font l'objet d'un droit de préemption en faveur des propriétaires du gazoduc et de leurs filiales. Si ces compagnies n'exercent pas leur droit, la capacité est proposée sur le marché libre.

Une question est d'ores et déjà réglée, celle des modalités de transit du gaz par la Turquie. Après des mois d'âpres négociations, Ankara a finalement renoncé à son exigence de pomper 15% du gaz transporté à tarif préférentiel. La Turquie espère toutefois pouvoir recueillir entre 50 et 60% des revenus des taxes, soit près de 400 à 450 millions d'euros par an, voire davantage. Pour convaincre Ankara, la Commission européenne a promis que Nabucco acheminerait du gaz aussi bien de l'est vers l'ouest que de l'ouest vers l'est. Une clause de réversibilité des flux qui permettra à l'UE de fournir, en temps de crise, du gaz à la Turquie, qui dépend à hauteur de 60% de ses importations de gaz russe. En outre, Ankara n'a pas manqué de marquer des points en vue de son adhésion à l'UE. Le président Barroso ne cache pas que Nabucco « pourrait ouvrir la porte à une nouvelle ère dans les relations entre la Turquie et l'UE, et au-delà ». (E.H.)

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