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Bulletin Quotidien Europe N° 9941
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Parlement européen: significations et sous-entendus de la première session

Un long chemin pour se faire connaître. La session constitutive du Parlement européen renouvelé représente l'événement de la semaine ; son écho devrait dépasser les cercles limités des milieux communautaires, en direction d'une compréhension plus large et mieux informée du poids croissant de ce Parlement dans le fonctionnement de l'UE et dans la formation de sa législation, influençant donc en définitive la vie quotidienne de tous les citoyens. La participation parfois décevante à l'élection de ce Parlement (surtout dans certains pays d'Europe centrale et orientale) a montré que le chemin à parcourir est encore long.

Faut-il répéter que cette situation n'infirme en rien la légitimité du Parlement ? Les citoyens ont été invités à s'exprimer sur le modèle d'unité européenne qu'ils souhaitent, avec la faculté de voter en faveur des eurosceptiques, voire même des forces politiques qui s'opposent à l'unité européenne en elle-même. Ceux qui ont préféré ne pas choisir n'ont aucun droit de se plaindre. De toute façon, la qualité des élus n'en est en rien compromise, même dans les États membres où la participation au vote avait été très réduite. Un parlementaire qui a une longue expérience européenne, tout en estimant que « les derniers élargissements de l'UE sont venus trop tôt », a ajouté: « J'ai accueilli avec un très grand plaisir de nombreux députés venus de la partie orientale de l'Union. Leur qualité intrinsèque est bien supérieure à la moyenne d'autres pays: ils travaillent, maîtrisent plusieurs langues et ils peuvent pratiquement tous s'entretenir en russe, ce qui est un avantage ».

Rôle du président d'un Parlement sans majorité absolue et multinational. Le président de ce nouveau Parlement, qui va être élu ce mardi, est, on le sait, Polonais. Le consensus en faveur de Jerzy Buzek est très large, presque unanime, et il faut s'en féliciter pour plusieurs raisons: a) il est normal que ce rôle soit confié d'abord à un parlementaire appartenant au groupe politique majoritaire ; b) il est significatif qu'il ait la nationalité d'un pays de l'Europe de l'Est dont le président est outrageusement eurosceptique, ayant comme rêve le plus cher de faire échouer le Traité de Lisbonne. Le fait que M. Buzek ait obtenu, et de loin, le plus grand nombre des votes de préférence dans son pays, prouve que l'euroscepticisme du président de la République représente une anomalie ; c) il est positif, à mon avis, que M. Buzek soit considéré comme un « modéré », équilibré et ouvert, ayant même un caractère « consensuel ».

Je n'ignore pas que, pour certains observateurs, son équilibre serait un défaut plutôt qu'une qualité. Je ne suis pas d'accord. J'estime que le président du PE doit être le président de tous ; le principe même de la rotation l'impose (d'ici deux années et demie, ce sera le tour d'un socialiste). Il n'existe pas dans ce Parlement de majorité absolue sans alliances et compromis ; il serait donc impensable que les positions d'une tendance politique prévalent toujours et intégralement, tout comme ce serait grave si un pays ou un groupe de pays était systématiquement minorisé. On sait d'ailleurs à quel point les solutions à quelques dossiers européens essentiels (la directive Bolkestein, le paquet climat/énergie, etc.) résultent de la coopération entre différents groupes politiques. Jerzy Buzek œuvrera pour l'institution et pour la construction européenne, non pas pour un groupe politique ; on attend avec intérêt son premier discours (qui n'oubliera pas, j'espère, d'évoquer au moins en passant cette personnalité extraordinaire qu'était Bronislaw Geremek).

Importance (et changements) des commissions parlementaires. La composition des commissions parlementaires et la nomination de leurs présidents a, à mon avis, autant d'importance, même si ces aspects ne retiendront pas l'attention des opinions publiques ni des journalistes qui donnent davantage de poids à la présence d'un parlementaire en plénière au moment d'un vote parfois insignifiant qu'à la préparation en commission d'une législation communautaire qui sera demain appliquée partout et influencera la vie de tous les citoyens. Les présidences et la composition de certaines commissions parlementaires ont parfois une grande influence, et les péripéties électorales dans certains États membres détermineront des changements significatifs par rapport à la situation du Parlement précédent. J'ai remarqué en particulier que les socialistes perdent la présidence de la commission économique et monétaire, qui passera au groupe libéral. D'autres mouvements significatifs sont annoncés ; il sera opportun d'y revenir

D'autres sujets incontournables. Bien d'autres aspects de cette session constitutive méritent des remarques, à commencer par le plus spectaculaire: le renvoi du vote sur le président de la Commission européenne. Sans oublier les relations avec les parlements nationaux, après l'arrêt de la Cour constitutionnelle allemande à propos des pouvoirs respectifs dans les affaires européennes (voir cette rubrique dans le bulletin N°9934). C'est un sujet que le nouveau PE ne pourra pas négliger. Cette rubrique non plus.

(F.R.)

 

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