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Bulletin Quotidien Europe N° 9916
Sommaire Publication complète Par article 26 / 27
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 828

*** MARK DUBRULLE, GABRIEL FRAGNIÈRE (sous la dir. de): Identités culturelles et citoyenneté européenne. Diversité et unité dans la construction démocratique de l'Europe. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Europe des cultures", n° 1. 2009, 151 p., 25,90 €. ISBN 978-90-5201-455-5.

Dans quelle mesure la demande d'identité locale peut-elle correspondre aux intérêts européens? Telle est la question qui a servi de fil conducteur à six conférences régionales organisées, en 2005 et 2006, par le Forum Europe des Cultures, association internationale qui œuvre à placer enfin la culture - dans son sens d'identité culturelle - au centre du processus de l'intégration européenne. Cet ouvrage en rend compte à travers une sélection d'exposés qui mettent en lumière le lien fonctionnel entre l'affirmation des identités locales et/ou régionales et l'émergence de la citoyenneté européenne.

"L'européanisation des Européens doit encore avoir lieu", observe Mark Van de Voorde dans sa contribution. Le taux de participation aux élections européennes devrait, hélas, le confirmer. Quelle est la raison de cette apathie ? Si beaucoup d'Européens ne se reconnaissaient plus dans ce que l'Union est devenue aujourd'hui, n'est-ce pas parce que "l'Europe comme inspiration politique et comme communauté de valeurs est restée dans l'ombre du marché commun économique" ? Le problème, confirme Gabriel Fragnière, c'est que les États ont confiné l'Europe communautaire au charbon et à l'acier, à l'économique et au grand marché sans frontières, enfin à la monnaie unique, la culture restant, elle, le strict apanage national. Or, la "vie commune" entraînée par l'intégration a provoqué, selon celui qui fut recteur du Collège d'Europe de Bruges, des transformations culturelles et une évolution fondamentale des mentalités au sein des populations européennes. Avec, d'une part, le pluriculturalisme qui découle de l'affirmation des différences, de la décentralisation de cultures enfermées dans leur territoire. Avec, d'autre part, le multiculturalisme qui découle du "besoin de l'autre comme différent pour être mieux apte à devenir soi-même", le respect de l'autre devenant ainsi "une part intégrante de l'affirmation de soi". Pour Fragnière, la révolution est en marche: "Les sociétés traditionnelles, nationales, érigées au cours de l'histoire autour des idées de territoires protégés, d'ethnies, de races parfois, de langues et de cultures propres et exclusives, de nation sous l'autorité d'un pouvoir étatique souverain, ont atteint à la fois un tel niveau de complexité interne et d'ouverture extérieure aux autres qu'elles vont être naturellement projetées, comme malgré elles, dans ce multiculturalisme nouveau" ! Et, avec le concept révolutionnaire de "citoyenneté européenne" introduit par le Traité de Maastricht, les États membres se sont, d'une certaine manière, tiré une balle dans le pied puisque cette innovation a eu pour mérite sinon de mettre un terme, en tout cas de réduire substantiellement la "confusion intellectuelle et ontologique entre les trois notions d'identité, de nationalité et de citoyenneté". En clair, l'idée même d'une "citoyenneté européenne" permet à la pensée politique de franchir de nouvelles barrières mentales. L'État tel qu'il s'est forgé au cours des derniers siècles y laissera des plumes: ayant accepté de transférer certains de ses pouvoirs traditionnels au niveau supranational, il devra en outre, au plan "infranational", de plus en plus s'adapter à des demandes croissantes d'autonomie, de reconnaissance d'identité et de décentralisation, alors même que "des demandes pour une plus grande participation citoyenne au niveau supranational ou transnational deviendront courantes, au nom des droits des nouveaux citoyens européens, droits sur lesquels les États traditionnels n'auront plus la maîtrise". Ce qui est en jeu à travers l'unification européenne, conclut Gabriel Fragnière, le véritable défi culturel de cette construction, "c'est la mise en place d'une nouvelle forme d'humanisme qui fait de la diversité le fondement de ce qui nous rassemble", la nouvelle culture de l'Europe consistant donc à devenir une véritable "Communauté de cultures".

Les transformations radicales en cours dans l'Union européenne sont appréhendées de différentes manières. Ainsi, la conférence de Bruges a été centrée sur la défense de la langue flamande qui a été au cœur du renouveau flamand en Belgique, cette expérience étant comparée avec celle de la Catalogne. On y retrouve notamment la signature d'un ancien Premier ministre belge, Mark Eyskens, qui corrige le mot historique d'Auguste Vermeylen selon lequel "nous devons être des Flamands pour devenir des Européens". Aujourd'hui, un siècle plus tard, il convient de l'inverser: "Nous devons être des Européens pour rester des Flamands", affirme Mark Eyskens pour qui, "en dehors de l'Europe, il n'y a pas de salut pour les petits, mais aussi pour les grands peuples, parce que l'Europe est un organisme vivant qui, via ses institutions, offre aux peuples la chance de vivre, de manière harmonieuse, leur identité et leur appartenance communautaire, leur diversité et leur équivalence, leur particularisme et leur universalisme". À Rennes, l'accent a été mis sur la nature spécifiquement sociale et politique de ce que la population bretonne considère comme étant sa propre manière de "vivre ensemble". À Strasbourg, la question a été de savoir comment l'Alsace pouvait "devenir une région européenne à part entière en étant d'un côté française et de l'autre allemande, mais aussi (…) en ne devenant ni l'un ni l'autre". Les rencontres de Santarém, Corfou et Bruxelles ont, elles, abordé les questions du maintien de sa propre identité dans le cadre européen, du tourisme culturel se jouant des frontières nationales et du développement croissant de sociétés multiculturelles au sein des grands espaces urbains.

Michel Theys

*** SAMUEL SALZBORN: Geteilte Erinnerung. Die deutsch-tschechischen Beziehungen und die sudetendeutsche Vergangenheit. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3471727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Die Deutschen und das östliche Europa. Studien und Quellen", n° 3. 2008, 134 p. Prix: 25.70 €. ISBN 978-3-631-57308-2.

Cet ouvrage analyse la relation germano-tchèque sous l'angle du passé des Sudètes allemands. Les rapports entre les uns et les autres témoignent d'une divergence de mémoire et de souvenirs sur cette partie de leur histoire commune, au sein de laquelle la minorité sudète a joué un rôle majeur. L'auteur livre une analyse critique de ce passé et émet l'hypothèse selon laquelle il y aurait des narrations différentes dans chacun des deux États. Sa thèse principale avance que les Sudètes allemands ont une interprétation assez lourde de leur histoire, ce qui complique la perspective d'un avenir constructif entre les deux pays. À l'aide de nombreuses études de cas, des réflexions sont lancées à la lumière de la relation germano-tchèque, entre autres sur l'ethnicité et l'identité ethnique, sur l'élargissement de l'Union européenne à l'est et sur l'histoire politique racontée dans les médias.

(EPi)

*** STEFANIA SLAVU: Die Osterweiterung der Europäischen Union. Eine Analyse des EU-Beitritts Rumäniens. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Kölner Schriften zu Recht und Staat", n° 38. 2008, 261 p., 48,10 €. ISBN 978-3-631-57994-7.

Offrant une analyse de l'élargissement de l'Union européenne à l'est et de ses implications, cet ouvrage se concentre surtout sur l'adhésion de la Roumanie. La question de l'avenir de l'Europe est posée à la lumière des "non" opposés par les citoyens français et néerlandais au Traité constitutionnel, ainsi qu'à celui d'une majorité d'Irlandais au Traité de Lisbonne. La réorganisation de l'intégration européenne tentée à maintes reprises amène l'auteur à s'interroger sur les perspectives qui s'ouvrent pour notre portion de continent, sous l'angle constitutionnel et international. À la suite d'une chronologie des élargissements de l'Union, l'étude s'efforce de faire comprendre comment ces derniers sont préparés. Selon Stefania Slavu, le dernier élargissement et la future possible adhésion de la Turquie et de la Croatie peuvent compliquer la consolidation du processus d'intégration. À travers un examen des réformes inévitables à poursuivre, elle soumet des propositions quant aux orientations que doit prendre l'Union afin de ne pas se transformer en une Europe "à deux classes".

(EPi)

*** TÜNDE PUSKÁS: "We Belong to Them". Narratives of Belonging, Homeland and Nationhood in Territorial and Non-Territorial Minority Settings. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Multiple Europes", n° 43. 2009, 309 p., 32,90 €. ISBN 978-90-5201-477-7.

L'appartenance ethnoculturelle dans les minorités d'immigrés a toujours été plus ou moins présente depuis les débuts de l'humanité. Quelle que soit leur origine, ces populations ont tendance à s'établir par zones ou quartiers afin de garder une sorte de familiarité dans l'inconnu, grâce à la présence de personnes partageant les mêmes valeurs. Une bonne partie de ces populations parvient à s'intégrer dans la société d'accueil, mais de nombreuses personnes ont du mal à s'adapter et recherchent donc la compagnie de leurs pairs afin de recréer, si pas l'original, en tout cas un semblant de ce qu'il y avait "à la maison", ce qui se traduit dans certains cas par des "Chinatown" ou des "Little Italy", voire même par des ghettos purs et simples. Hongroise d'origine et évoluant dans le domaine académique des sciences sociales, notamment la recherche sur l'immigration à l'Université de Lidköping en Suède, Tünde Puskás se demande, dans cette intéressante étude, comment ces liens s'établissent et comment l'identification ethnique et nationale se construit, évolue et, parfois, se réinvente. L'auteur se penche plus particulièrement sur les communautés hongroises en Suède et en Slovaquie afin de vérifier si cette idée d'appartenance est une notion unique partagée par les deux communautés ou si, tout au contraire, cette notion est différente selon le pays et, par conséquent, construite par rapport au milieu dans lequel les personnes se retrouvent. L'étude porte sur des concepts tels que les modes d'identification ethnique et nationale, l'ethnicité comme manière de voir, penser ou faire, et la mesure dans laquelle le pays d'accueil exacerbe ou apaise ce besoin de différenciation et d'appartenance. Il est à noter qu'une grande partie du livre est consacrée aux récits de personnes concernées, ce qui permet de créer une base empirique à partir de laquelle on pourrait étudier plus avant ce phénomène.

(NDu)

*** TADEUSZ BUKSINSKI (sous la dir. de): Democracy in Western and Post-Communist Countries. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Dia-Logos", n° 10. 2009, 370 p., 52,80 €. ISBN 978-3-631-58543-6.

Depuis la chute du rideau de fer, les nations d'Europe centrale et orientale se sont engagées dans un processus de démocratisation, toujours en cours aujourd'hui. Au départ, beaucoup pensaient que ces nouvelles démocraties seraient instables, voire même impossibles à mettre en place dans des pays au passé communiste. Le processus continue pourtant à avancer et à être renforcé, amenant une foule d'améliorations espérées depuis longtemps par les populations concernées. Qu'en est-il de ce processus aujourd'hui ? Dans quelle mesure ces démocraties ressemblent-elles à celles en place à l'Ouest et de quelle manière pourrait-on faire bénéficier les unes des problèmes et originalités des autres - et vice versa ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles cette étude comparative dirigée par le directeur du Département philosophie de l'Université Adam Mickiewicz en Pologne cherche à répondre. Les contributeurs, académiciens venant d'Autriche, de République tchèque, d'Ukraine ou encore du Kirghizstan dressent un état des lieux de ces jeunes démocraties en mettant en valeur les caractéristiques propres aux pays ex-communistes, pour expliquer non seulement les directions choisies dans ce cheminement mais également le pourquoi des chocs et affrontements auxquels on assiste au niveau européen notamment. L'ouvrage s'intéresse aussi aux nouvelles oligarchies et à la corruption de plus en plus présentes dans ces pays, au radicalisme des marchés et ses conséquences au niveau institutionnel ou encore à la poussée des discours populistes qui ne cessent de gagner des parts de l'opinion. Un ouvrage très utile pour toute personne évoluant dans le domaine académique cherchant à promouvoir la démocratie et à faire avancer le processus constitutionnel européen.

(NDu)

*** GABRIELE BUDACH, JÜRGEN ERFURT, MELANIE KUNKEL (sous la dir. de): Écoles plurilingues - multilingual schools: Konzepte, Institutionen und Akteure. Internationale Perspektiven. Editions Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Sprache, Mehrsprachiegkeit und soziales Wandel", n° 8. 2008, 150 p., 64 €. ISBN 978-3-631-56876-7.

Dans une Europe sans frontières intérieures où la libre circulation des personnes et leur établissement dans un autre État membre sont devenus monnaie courante, les systèmes éducatifs se retrouvent confrontés à une problématique peu répandue jusqu'à présent: la diversité linguistique. Si l'éducation se faisait d'ordinaire avec peu de considération pour les langues allochtones, les flux migratoires et les accords de Schengen confrontent les écoles à un défi supplémentaire. À l'heure de la mondialisation et alors que les échanges d'informations gagnent toujours en nombre et en vitesse, les sociétés européennes tendent à évoluer lentement et à vouloir conserver une certaine "homogénéité culturelle" et, partant, une seule langue dans l'éducation. Cependant, avec les nouveaux venus arrivant des quatre coins de la planète, cette idée "mono-linguistique" s'essouffle et on examine de plus en plus sérieusement la mise en place d'écoles plurilingues. Des spécialistes académiques en linguistique se sont intéressés à cette problématique dans plusieurs pays européens et rapportent, à travers cet ouvrage, différentes expériences d'apprentissage et d'enseignement multilingues. Les contributions, écrites en français, anglais ou allemand, entraînent d'Autriche en Suède en passant par l'Espagne ou le Royaume-Uni. Elles donnent un état des lieux de ce qui se fait en la matière, des succès et des échecs, mais également des courants sous-jacents qui, souvent liés à un inconscient collectif encore très attaché au concept de nation, entravent le développement de ces actions. Les auteurs portent notamment un regard soutenu sur les diverses expériences "d'immersion réciproque" menées dans diverses écoles européennes et nord-américaines.

(NDu)

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