Bruxelles, 08/06/2009 (Agence Europe) - Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l'Agriculture et au Développement rural, a fait un geste étonnant mais salué en annonçant, lundi 8 juin, au lendemain des résultats du scrutin au Parlement européen, qu'elle renonçait finalement à faire passer sa proposition visant à lever l'interdiction du coupage de vin blanc et de vin rouge pour fabriquer du vin rosé. Les producteurs français et italiens étaient particulièrement hostiles à ce projet d'autoriser le coupage, qui est donc abandonné.
« Il n'y aura pas de changement dans les règles de production du vin rosé », a annoncé la Commission dans un bref communiqué. Les raisons de ce changement de cap: « Il est important d'écouter nos producteurs lorsqu'ils nous disent qu'ils s'inquiètent des changements (envisagés) aux règlements. Nous nous sommes aperçus, ces dernières semaines, qu'une majorité de notre secteur vitivinicole estime que la fin de l'interdiction du coupage pourrait saper l'image du rosé traditionnel. Je suis toujours prête à écouter les bons arguments, et c'est la raison pour laquelle j'ai changé d'avis », déclare Mariann Fischer Boel. Donc, le 19 juin, le comité de règlementation des États membres de l'UE votera sur les modifications à apporter au règlement européen sur les pratiques œnologiques, qui couvre d'autres questions que le rosé. Mais les dispositions qui bannissent le coupage pour fabriquer le rosé seront maintenues en l'état.
Un cadeau (parmi d'autres) à M. Sarkozy ? La Commission a réfuté les dires de ceux qui estiment que le retrait du projet d'autoriser le mélange entre vins rouge et blanc pour faire du rosé est un cadeau fait au gouvernement français pour l'amener à soutenir un nouveau mandat de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. « Quand la Commission ne change pas ses propositions, on dit qu'elle est rigide et technocrate. Quand elle écoute le secteur, on la traite d'opportuniste. Je pense qu'on pourrait lui accorder le bénéfice du doute et dire qu'il y a eu un dialogue sur la question et que les secteurs les plus directement concernés se sont exprimés. C'est donc le résultat d'un dialogue constructif qui prévaut in fine, car l'Europe est là pour ses citoyens. C'est normal que les résultats politiques, un moment donné, reflètent aussi les préférences des citoyens de l'Europe », a commenté Johannes Laitenberger, porte-parole de la Commission européenne.
Grande satisfaction en France et en Italie. Michel Barnier, le ministre français de l'Agriculture, a salué la décision de Mariann Fischer Boel sur le maintien de l'interdiction du coupage de vin blanc et de vin rouge pour fabriquer du vin rosé sans indication géographique. En ayant réussi à convaincre la Commission de renoncer à son projet de lever cette interdiction, Michel Barnier a réaffirmé « l'attachement de la France aux politiques de qualité et à son modèle alimentaire », lit-on dans un communiqué du ministère français de l'Agriculture. Et la France d'ajouter: « C'est grâce à ses vins rosés élaborés selon un mode de macération spécifique que la France occupe la place de premier producteur mondial de vin rosé de qualité ». Les professionnels français et les producteurs européens se sont mobilisés activement depuis plusieurs mois pour convaincre la Commission de maintenir la production traditionnelle de vin rosé », conclut le communiqué.
C'est « une grande satisfaction » que Mme Fischer Boel ait décidé de « conserver le savoir-faire des vignerons plutôt que le côté mercantile », a déclaré à l'AFP le président de l'Association générale de la production viticole (France), Xavier de Volontat. Le choix d'autoriser le coupage du rouge avec du blanc pour faire du rosé « aurait entraîné une déstructuration économique et sociale », a ajouté M. de Volontat. Le rosé représente 11 à 12% de la production française, a-t-il rappelé, soulignant la « place très importante » de cette production dans certaines régions, comme la Provence. « C'est la seule couleur qui est en augmentation de consommation », a ajouté M. de Volontat. La consommation de vin ne cesse de diminuer en France et les exportations sont également à la baisse.
« La tradition l'a emporté », s'est aussi félicité le ministre italien de l'Agriculture, Luca Zaia, après l'annonce par la Commission qu'elle renonçait à faire adopter par l'UE l'autorisation de fabriquer du vin rosé en coupant du rouge avec du blanc. « C'est cette Europe là que nous voulons, celle qui est fondée sur le respect de l'identité, de la qualité, de la sécurité alimentaire et de la tradition », a dit le ministre dans un communiqué.
« L'abandon d'une réforme qui aurait signifié la mort d'un produit qui dispose d'une grande histoire et d'une grande qualité a été obtenu surtout grâce à l'intervention de l'Italie et de la France, deux pays unis par une passion commune pour le vin et la culture qui y est liée », a poursuivi M. Zaia. « Nous continuerons à travailler avec engagement et conviction (...) pour construire une Europe qui ne laisse pas la place à des pastiches de la sorte et qui fasse de la valorisation et de la sauvegarde du patrimoine agroalimentaire les fondements de sa politique agricole », a conclu le ministre italien. (L.C.)