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Bulletin Quotidien Europe N° 9916
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La faible participation électorale n'affaiblit pas l'appui à l'unité de l'Europe mais indique une large incompréhension du rôle du Parlement européen

Fausse interprétation. Le pourcentage des votants pour l'élection du Parlement européen est demeuré faible ; dans quelques États membres, il a légèrement augmenté, dans d'autres il a encore diminué. C'est regrettable. Mais je rejette la thèse selon laquelle cette attitude des opinions publiques signifierait un désamour à l'égard de la construction européenne. Cette interprétation appartient surtout aux forces politiques auxquelles les électeurs ont fait manquer l'appui qu'elles attendaient. J'estime qu'elle est fausse.

Les sondages sur l'appui à la construction européenne en elle-même avaient indiqué au contraire un soutien croissant, dépassant largement le taux de 60% et parfois de 80%, au point que même les mouvements les plus explicitement eurosceptiques s'étaient précipités à préciser qu'ils ne s'opposaient pas à l'unité de l'Europe, mais qu'ils contestaient sa forme. En même temps, tout autour des frontières actuelles de l'UE les pays en attente n'ont qu'une aspiration: y être admis. L'UE est entourée de peuples qui ne rêvent que d'adhésion, même lorsque la géographie laisse des doutes sur leur appartenance à l'Europe. Il n'y a pas de crise de l'idée de l'unité européenne ; elle n'a jamais été aussi vive. La « fatigue d'Europe » est une invention, sauf pour quelques franges de population qui ont évidemment le droit de s'exprimer et dont il est maintenant possible d'évaluer l'ampleur et, le cas échéant, de les inviter à réaliser leur souhait d'éloignement.

Discrédit excessif. Pourquoi alors la participation a-t-elle été aussi modeste ? J'y vois essentiellement deux raisons. La première est le discrédit que la campagne électorale a largement répandu sur les défauts des institutions communautaires, sur l'inefficacité de la Commission européenne, sur la lourdeur de la bureaucratie communautaire, sur les défauts du Parlement lui-même. Le discrédit n'a pas entaché l'idée européenne mais en partie ceux qui la représentent, avec en tête cette abstraction habituellement définie par le terme « Bruxelles », entité abstraite et malfaisante, alors qu'en réalité, les initiatives et la gestion de l'UE sont de plus en plus le résultat d'une dialectique institutionnelle complexe, certes imparfaite mais souvent vive, contradictoire (dans le sens que toutes les tendances s'expriment) et assez efficace.

Incompréhension. La deuxième raison du silence d'une très large partie de la population européenne est évidente: ni la classe politique ni les moyens d'information n'ont réussi à faire comprendre aux citoyens le poids du Parlement européen sur leur avenir et sur leur vie de tous les jours. La constatation que ce Parlement est déjà et deviendra de plus en plus l'auteur des lois et réglementations qui régissent l'UE comme ensemble, et donc chaque État membre en particulier, n'a pas suffisamment fait son chemin. Les exemples évidents qui existent ne sont pas connus, ou sont mal expliqués, ou ne sont pas compris. Le cas le plus spectaculaire est celui de la « directive Bolkestein »: le Parlement l'a radicalement transformée, a éliminé les aspects qui avaient suscité craintes et préoccupations ; mais encore aujourd'hui certaines forces politiques, souvent de mauvaise foi, mettent à la charge du Parlement le texte qui n'a plus rien à voir avec le projet initial, au lieu de l'en féliciter. Une grande partie du mérite pour quelques autres succès européens revient au PE: la réglementation des produits chimiques (même si, logiquement, elle ne peut pas être considérée comme satisfaisante par tous), la position européenne sur le climat (qui devrait avoir un poids déterminant au niveau mondial). Et la position du PE sera décisive en vue d'autres choix essentiels pour l'avenir de l'humanité, avec en tête l'ensemble agriculture/sauvegarde de la nature/risque alimentaire.

À chacun son choix. Pour expliquer l'absentéisme, M. Herzog a déclaré dimanche soir que les citoyens ont voulu dire: « L'Europe actuelle n'est pas celle qui nous plaît ». Eh bien, en leur donnant la possibilité de décider eux-mêmes la composition du Parlement européen, les élections les invitaient justement à décider quelle Europe ils souhaitent. Ceux qui ont voté l'ont fait, les autres n'ont pas compris.

Il est encourageant de constater que les citoyens qui ont décidé de répondre à cette invitation se sont largement prononcés en faveur de forces politiques favorables à l'approfondissement de la construction européenne, engagées au sein des institutions et du Parlement lui-même à travailler dans cette direction. Ceux qui ont vu dans les élections européennes une simple préparation à leurs ambitions nationales futures ont été le plus souvent pénalisés. Et si, dans tel ou tel État membre, les eurosceptiques ont progressé, ce résultat doit être accepté en toute sérénité ; chacun est libre de son choix, le pays concerné aura la possibilité de rester en marge de l'approfondissement de la construction européenne, mais sans bloquer les autres.

(F.R.)

 

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