Bruxelles, 29/05/2009 (Agence Europe) - La crainte des États ACP de subir de plein fouet la concurrence des bananes latino-américaines sur le marché de l'Union européenne et leur revendication d'obtenir de l'UE une juste compensation financière pour ce préjudice ont été clairement réitérées, lors du Conseil des ministres conjoint ACP/UE des 28 et 29 mai à Bruxelles, coprésidé par William Haomae, ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur des Îles Salomon, et Helena Bambasova, ministre adjointe des Affaires étrangères de la République tchèque.
S'ils comprennent que la Commission européenne n'a d'autre choix que de conclure avec les producteurs latino-américains un accord conforme aux règles de l'OMC, les pays ACP ont renouvelé leur demande de 500 millions d'euros pour compenser la baisse de leurs exportations vers l'UE, qu'entraînera nécessairement la baisse progressive des taxes à l'importation de 176 euros la tonne aujourd'hui à 114 euros la tonne en 2019 pour les bananes de leurs concurrents d'Amérique centrale. L'Union européenne, pour sa part, jugeant que ce montant n'est pas réaliste (il n'y a pas si longtemps les ACP demandaient 276 millions d'euros), s'est toutefois déclarée prête à augmenter légèrement son offre initiale pour la porter de 100 à 110 millions d'euros. Les États ACP voient en outre d'un mauvais œil que la banane soit désormais sortie des négociations du cycle de Doha pour le développement à l'OMC, pour faire l'objet d'une négociation séparée.
Dans la déclaration sur les bananes, adoptée par le Conseil ACP et lue par le ministre des Affaires étrangères du Suriname, Lygio Kraag-Keteldijk, en session conjointe ACP/UE, les pays ACP considèrent que, compte tenu de l'impasse dans laquelle se trouvent les négociations à l'OMC, la réduction des tarifs douaniers proposée par la Commission le 12 mars dernier est un « arrangement porteur de bénéfices précoces » pour les producteurs latino- américains. « Cette proposition aura des conséquences désastreuses pour les pays ACP producteurs de bananes pour qui une période transitoire plus longue pour l'élimination progressive des préférences est d'importance vitale. Il n'y a pas lieu d'entrer dans un quelconque accord avant qu'une solution ne soit trouvée dans le cadre de Doha », souligne la déclaration. Dans l'hypothèse où serait conclu un accord anticipatoire, « une enveloppe de quelque 500 millions d'euros serait nécessaire pour éviter des troubles sociaux et l'instabilité politique dans les pays ACP concernés, et le prévisible effet boule de neige sur les autres pays, y compris outre-mer », précisent les États ACP.
Selon une source européenne, la Commission européenne a fait valoir qu'il est dans l'intérêt de tout le monde de résoudre rapidement un différend vieux de vingt ans, et qu'une négociation immédiate, indépendante du cycle de Doha dont on ne connaît pas l'issue, permettra d'avoir « davantage de contrôle » sur la situation. Elle a par ailleurs précisé aux ministres que le montant de « 100 millions et quelque » envisagé à titre compensatoire sera soumis à une procédure de codécision et sera accordé sous forme d'un « paquet », et non pas d'une assistance continue.
Les pays ACP producteurs de bananes concernés sont Belize, le Cameroun, le Cap Vert, la République Dominicaine, Grenade, la Côte d'Ivoire, la Jamaïque, Madagascar, Ste-Lucie, St-Vincent et Grenadines, la Somalie et le Suriname. (A.N.)