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Bulletin Quotidien Europe N° 9894
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/Économie

L'économie européenne en recul de 4% en 2009

Bruxelles, 04/05/2009 (Agence Europe) - Selon les prévisions de printemps de la Commission européenne, publiées lundi 4 mai, la baisse de l'activité économique en Europe atteindra 4% cette année. Identique pour la zone euro et pour l'UE dans son ensemble, un tel recul du PIB est bien supérieur aux chiffres de janvier dernier, lorsque la Commission envisageait un repli de 1,9% dans la zone euro et de 1,8% dans l'UE à 27 (EUROPE n° 9821). Si le diagnostic est sensiblement le même que lors du précédent exercice, l'ampleur de la récession s'est accentuée et le scénario de reprise s'en trouve affecté. Alors qu'au début de l'année, la Commission espérait un retour à la croissance en 2010 (+ 0,4% dans la zone euro et +0,5% dans l'UE à 27), ses nouvelles anticipations tablent sur un chiffre encore légèrement négatif l'année prochaine (-0,1% dans les deux zones). « L'économie européenne est au milieu de la plus profonde et large récession de l'après-guerre. Mais les mesures ambitieuses prises par les gouvernements et les banques centrales dans ces circonstances exceptionnelles devraient freiner la chute de l'activité économique cette année et permettre une reprise l'année prochaine », a commenté Joaquín Almunia, en présentant les prévisions à la presse. Qualifiées de « prudentes », ces prévisions auraient été pires (d'au moins 1%) sans les efforts budgétaires déployés un peu partout pour contrer la crise, a ainsi estimé le commissaire aux Affaires économiques et monétaires.

Une récession mondiale très marquée... Après avoir d'abord touché les économies fortement tributaires du secteur immobilier, la crise s'est ensuite étendue à celles particulièrement dépendantes des exportations avant de frapper les économies émergentes (du fait d'une baisse des investissements directs étrangers). L'effondrement des échanges commerciaux, qui entraînera le PIB mondial à la baisse (-1,5% en 2009), a en effet été particulièrement marqué au tournant de l'année, avec une chute importante de la production industrielle et des investissements. Des conditions de financement toujours délicates et la faible confiance des acteurs économiques continueront à peser sur les activités mondiales, mais leur impact devrait être partiellement contrebalancé par les efforts de relance et par une consommation privée qui se maintiendra (sous l'effet de la baisse des prix de l'énergie et d'une faible inflation). La croissance mondiale devrait en effet redevenir positive en 2010 (de près de 2%). Le Japon, qui connaîtra une récession de 5,3% cette année, et les États-Unis, qui enregistreront une baisse du PIB de 2,9%, renoueront avec la croissance dès l'année prochaine (respectivement +0,1% et +0,9%). Côté européen, le dernier trimestre 2008 et les trois premiers mois de l'année en cours ont été les pires, a expliqué M. Almunia, pour qui l'économie de l'UE se rapproche du creux de la vague. Elle devrait en sortir progressivement et de manière différenciée en 2010. « Les prévisions ne sont pas roses mais pour la première fois depuis mi-2007, on voit poindre quelques points positifs », a-t-il déclaré, anticipant une stabilisation de l'économie dans la seconde moitié de l'année et une reprise progressive, mais fragile, l'année prochaine.

…qui touche tous les États membres de l'UE. Bien que dans des proportions très diverses, l'ensemble des États membres de l'UE a été touché par la récession actuelle (seul Chypre devrait conserver une croissance positive en 2009 et 2010). Parmi les baisses les plus importantes en 2009 figurent les trois États baltes, avec -13,1% en Lettonie, -11% en Lituanie et -10,3% en Estonie. Arrive ensuite l'Irlande avec -9%, suivie de la Hongrie (-6,3%) et de l'Allemagne (-5,4%). Les autres principales économies de l'UE devraient se contracter de 4,4% en Italie, de 3,8% au Royaume-Uni, de 3,5% aux Pays-Bas, de 3,2% en Espagne, de 3% en France et de 1,4% en Pologne. À politiques inchangées, bon nombre des États membres devraient encore enregistrer un recul de leur PIB en 2010. La baisse restera particulièrement marquée en Lettonie (-4,7%), en Lituanie (-3,2%), en Irlande (-2,6%), mais aussi en Espagne (-1%). Certaines économies devraient toutefois rebondir, notamment la Suède et la Pologne (+0,8% chacun), la Slovénie, la Slovaquie ou Chypre (+0,7%), mais aussi l'Allemagne, le Danemark ou la République tchèque (+0,3%). À ce stade, il est encore trop tôt pour dire si des mesures de relance supplémentaires seront nécessaires, a estimé le commissaire Almunia, qui fera un point plus précis de l'impact des efforts actuels d'ici le Conseil européen des 18 et 19 juin. En cas de nouvelles mesures, « il est absolument clair qu'elles devront être coordonnées au niveau européen avant d'être adoptées au niveau national », a-t-il précisé, en soulignant qu'une véritable coordination ex ante avait manqué en décembre. Et de rappeler que la marge de manœuvre budgétaire de la plupart des pays était désormais des plus réduites.

Une dégradation généralisée des finances publiques. Que le soutien budgétaire des États membres serve à relancer l'économie européenne (par des mesures discrétionnaires en faveur de la consommation ou des revenus) ou simplement à faire face à l'augmentation des dépenses liées à la hausse du chômage (par le biais des stabilisateurs automatiques), ces mesures pèseront fortement sur les finances publiques en 2009 et 2010. De 61,5% dans l'UE et 69,3% dans la zone euro en 2008, le ratio de la dette publique par rapport au PIB passera à respectivement 72,6% et 77,7% en 2009. Le ratio de déficit public des 27 devrait quant à lui plus que doubler cette année, pour atteindre 6% du PIB (contre 2,3% en 2008). Dans la zone euro, la situation est la même, avec 5,3% du PIB cette année, contre 1,9% l'année dernière. Cette tendance se poursuivra en 2010, avec des niveaux de respectivement 7,3% et 6,5% du PIB. Aucun État membre ne présentera un solde budgétaire positif et ils ne seront que six à ne pas être en situation de déficit excessif cette année (Chypre, Luxembourg, Finlande, Bulgarie, Danemark et Suède - l'Estonie étant pile à 3%). Alors que six pays sont déjà concernés par des procédures pour déficit excessif (l'Irlande, l'Espagne, la France et la Grèce et précédemment le Royaume-Uni et la Hongrie), la Commission entamera de nouvelles procédures contre cinq autres pays qui ont connu un déficit supérieur à 3% en 2008 et resteront au-delà du seuil en 2009. Le commissaire Almunia a annoncé qu'il présentera prochainement des rapports en vue de constater l'existence d'un déficit excessif (article 104§3 du Traité) en Pologne (-3,9% en 2008 et -6,6% en 2009), en Roumanie (-5,1% et -5,6%), en Lituanie (-3,2% et -5,4%) et à Malte (-4,7% et -3,6%). La Lettonie (-4% et -11,1%), pour qui un rapport a déjà été formulé (EUROPE n° 9843), sera directement concernée par la prochaine étape de la procédure (article 104§5, 6 et 7). Les autres pays qui présenteront des déficits excessifs en 2009, mais qui respectaient la limite du Pacte de stabilité et de croissance en 2008, sont pour l'instant épargnés.

Une forte chute de l'emploi. Le marché du travail n'échappera pas au ralentissement des activités, l'emploi devant baisser de 2,5% en 2009 et de 1,5% en 2010, à la fois dans la zone euro et dans l'UE. Les pertes d'emplois devraient être de 8,5 millions sur deux ans (contre des créations d'emplois nets de 9,5 millions entre 2006 et 2008). En 2009, le taux de chômage passera à 9,9% dans la zone euro et à 9,4% dans l'UE à 27 (contre respectivement 7,5% et 7% en 2008). En 2010, il s'élèvera à 11,5% et 10,9%, une révision substantielle des prévisions par rapport au dernier exercice. La détérioration concerne l'ensemble des États membres, les plus concernés étant ceux affectés par une baisse notable des activités de construction (dont Estonie, Irlande, Lettonie, Lituanie et Espagne).

Une inflation temporairement faible. Le niveau de l'inflation a fortement baissé au cours des derniers mois et devrait continuer sur cette voie durant le reste de 2009, avant de remonter graduellement l'an prochain. En 2009, la hausse du niveau général des prix devrait s'élever à 0,4% dans la zone euro et 0,9% dans l'UE à 27 (contre respectivement 3,3% et 3,7% en 2008). En 2010, le taux d'inflation sera de respectivement 1,2% et 1,3%. « Nous ne pensons pas qu'il y ait de risques sérieux de déflation dans la zone euro et dans l'UE », a souligné M. Almunia. (A.B.)

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