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Bulletin Quotidien Europe N° 9894
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Russie: quelques considérations sur l'intérêt réciproque à coopérer

Coopération énergétique indispensable. Dans les relations entre l'UE et la Russie, le dossier de l'énergie occupe la première place en lui-même (voir cette rubrique dans le bulletin précédent) et aussi parce qu'il détermine largement tous les autres aspects. Les autorités russes savent que seuls les produits énergétiques peuvent garantir à leur pays les ressources financières nécessaires pour se développer et lui permettre de surmonter la dévaluation monétaire et les autres effets négatifs de la crise. Ce sont les réserves de produits énergétiques qui leur donnent assez de poids pour discuter et négocier avec l'Europe sur un plan de parité. De son côté, l'UE n'ignore pas que, pour un nombre considérable d'années, elle doit compter sur le gaz et le pétrole russes (ou contrôlés par la Russie) pour faire face aux besoins énergétiques de la plupart des États membres. La nécessité de coopérer, ou du moins d'établir un modus vivendi raisonnable, est donc réciproque.

Quelques éclats sont parfois inévitables pour faire comprendre au partenaire que des limites infranchissables existent. Mais on s'arrête à temps, l'affaire de la Géorgie l'a prouvé. L'Europe a obtenu que l'armée russe s'arrête, les États-Unis n'ont pas bougé, quelques pseudo-philosophes ont crié qu'il fallait déclarer la guerre à la Russie (attitude héroïque de qui ne risque rien) et ni d'un côté ni de l'autre, on n'a renoncé aux positions de principe ; mais le dialogue a repris. Les organisations européennes des droits de l'homme continuent à faire leur devoir à propos du drame de la Tchétchénie, et la question la plus explosive, celle de la Croatie, n'est pas réglée: elle éclatera un jour. Mais entre-temps les négociations pour un nouvel accord de coopération UE/Russie sont relancées. Je n'ignore pas la crise des relations OTAN/Russie qui a éclaté la semaine dernière. Un grand journal a parlé d'un retour à la « guerre froide » ; il n'en est rien, bien entendu, l'échange de mauvais procédés sera surmonté. L'irritation diplomatique s'explique surtout par le lancement officiel du partenariat oriental de l'UE qui va se dérouler cette semaine à Prague.

En concret, l'énergie est au centre de tous les soucis. Le 6 avril, Alexander Medvedev, vice-président de Gazprom et directeur général de Gazprom Export, avait publié dans la presse européenne une « tribune libre » reconnaissant l'exigence pour l'UE de diversifier ses routes d'approvisionnement et affirmant la disponibilité de la Russie à collaborer à cet effort. Il avait cité explicitement parmi les réalisations nécessaires, non seulement les gazoducs Nord Stream et South Stream (auxquels la Russie participe) mais aussi Nabucco, qui évite pourtant le territoire russe (mais en négociant en même temps l'achat préalable du gaz qui transitera par Nabucco…). Et M. Medvedev ajoutait une revendication: participer aux études sur la modernisation du système de transit ukrainien, qui, à son avis, n'est pas concevable en excluant la Russie, fournisseur exclusif du gaz transporté. Il faisait valoir que « la production et le transport sont un système unique et technologiquement complexe »: les sections russe et ukrainienne sont intégrées, le transit par l'Ukraine ne peut pas être géré comme un système indépendant. Sans la participation de Gazprom, les changements opérationnels auraient des effets imprévisibles sur l'ensemble du réseau: « seule une coordination avec la Russie assurera l'efficacité de la production du gaz, son transport et sa consommation. » Donc: coopération, mais sur tous les aspects.

Deux constatations. Les États-Unis attribuent eux aussi une signification stratégique à ces dossiers, leur objectif étant l'ouverture d'une route pour les hydrocarbures d'Asie centrale vers l'Europe en contournant à la fois la Russie et (du moins pour le moment) l'Iran. Pour l'UE, après les vicissitudes de l'hiver dernier, la priorité demeure la sécurité et la continuité de l'approvisionnement. Mais il ne faut pas oublier que:

a) la sécurité passe aussi par l'achèvement du marché européen commun de l'énergie, qui a fait récemment des progrès considérables (même si la formule souple retenue pour l'unbundling est assez controversée) et qui sera accéléré par le Traité de Lisbonne ;

b) l'intérêt général de l'Europe ne coïncide pas toujours nécessairement avec les intérêts des entreprises pétrolières des États membres. Paolo Scaroni, administrateur délégué du colosse italien ENI, a indiqué comme facteurs de préoccupation la « chute dramatique de la consommation de pétrole et de gaz » et les perspectives du prix du pétrole, qui, à son avis, restera toute l'année au bas niveau actuel. Plusieurs forces politiques considèrent au contraire ces deux éléments comme largement positifs. Et à propos des énergies alternatives, M. Scaroni a estimé qu'elles « ne représentent pas l'avenir, ce sont des solutions momentanées qui restent debout exclusivement parce qu'elles sont super-subventionnées ». C'est une opinion contestée.

Il revient à la politique de définir l'intérêt général. Mais à l'égard de la Russie, il semble évident qu'il est dans l'intérêt de l'UE d'avoir, autant que possible, des relations apaisées et coopératives. (F.R.)

 

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