Bruxelles, 04/05/2009 (Agence Europe) - À trois jours du Sommet de Prague (7 mai), qui doit lancer le Partenariat oriental, les États membres mettent la dernière main au projet de déclaration conjointe que les dirigeants de l'UE et des six pays bénéficiaires (Ukraine, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Moldavie, Bélarus) adopteront jeudi. Ce texte, qui sera approuvé mercredi au COREPER, sera pour l'essentiel calqué sur les conclusions du Conseil européen de mars 2009 ainsi que sur la communication de la Commission de décembre 2008, ont expliqué lundi des sources de la présidence tchèque. Dans leurs conclusions du sommet européen de mars, les 27 avaient notamment souligné l' « importance stratégique » pour l'UE de promouvoir des relations bilatérales renforcées et un nouveau cadre multilatéral avec les six pays concernés « en vue d'accélérer les réformes et le rapprochement des législations et de poursuivre l'intégration économique ». Le Partenariat oriental prévoit en effet de conclure des Accords d'association avec ceux des six pays qui veulent et peuvent s'engager dans une telle relation exigeante (les négociations avec l'Ukraine sont déjà en cours et la Commission est sur le point de finaliser un projet de mandat de négociation pour la Moldavie, Ndlr). Il est en outre prévu de négocier des accords de libre-échange approfondis et globaux dès que les pays auront adhéré à l'OMC et de faciliter l'obtention des visas avec pour objectif à long terme leur suppression.
À propos de la déclaration de Prague, seuls quelques « problèmes linguistiques » doivent encore être résolus, a rassuré lundi la présidence tchèque. Ces soi-disant problèmes linguistiques reflètent en réalité des degrés d'ambition divergents au sein de l'UE en ce qui concerne l'avenir européen des pays voisins de l'Est. Alors que des pays comme l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie ou encore les pays du Benelux insistent sur le fait que le Partenariat oriental n'octroie en rien une perspective européenne à ces pays et que la déclaration de Prague devrait se tenir aux conclusions - plutôt sobres - du Conseil européen de mars, des « nouveaux » pays membres plus ambitieux comme la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie ou la Hongrie estiment que l'UE devrait aller plus loin dans la déclaration de Prague. Ces pays proposent, par exemple, de qualifier les six pays du Partenariat oriental de « pays européens », alors que le premier groupe d'États membres autour de l'Allemagne préfère parler de pays voisins de l'Est. Un compromis possible serait de parler de « partenaires orientaux », estimait lundi un diplomate. Un autre différend « linguistique » concerne la libéralisation des visas. Un premier projet de texte proposé par la présidence tchèque mettait en exergue la perspective de libéralisation des visas pour les six pays. L'Allemagne et les autres pays mentionnés ci-dessus insistent, en revanche, sur le fait que cette perspective ne peut être envisagée qu' « à long terme », comme l'avait aussi convenu le Conseil européen de mars. Une possible formulation de compromis pourrait faire référence au caractère « graduel » de ce processus, estime un diplomate.
Pas de Loukachenko ni de Voronine. La présidence tchèque a invité à Prague les chefs d'État et de gouvernement des « 27+6 », mais tous les pays ne seront pas représentés au plus haut niveau. À commencer par le Bélarus et la Moldavie dont les présidents Alexander Loukachenko et Vladimir Voronine ont décliné l'invitation. Les deux pays seront respectivement représentés par le vice-Premier ministre, Vladimir Semachko, et le ministre des Affaires étrangères, Andreï Stratan. L'Ukraine (Viktor Iouchtchenko, très probablement accompagné par le Premier ministre Ioulia Timochenko), la Géorgie (Mikhaïl Saakachvili), l'Arménie (Serge Sargsian) et l'Azerbaïdjan (Ilham Aliev) seront représentés par leurs présidents. Les 27 de l'UE seront presque tous représentés au plus haut niveau, à l'exception du Royaume-Uni dont la délégation sera conduite pas le ministre des Affaires étrangères, David Miliband. Lundi, la présidence tchèque a affirmé qu'un doute subsistait aussi sur la présence du président français Nicolas Sarkozy et du Premier ministre espagnol José Luis Zapatero. Le sommet commencera jeudi après-midi avec un débat sur l'intégration économique, l'avenir des relations bilatérales, la coopération multilatérale, etc. La seconde partie du sommet sera focalisée sur la crise économique et financière et sur la manière dont l'UE et les institutions financières comme la BEI et la BERD pourraient aider les six pays à faire face à la crise. Le sommet se terminera dans la soirée par un dîner.
Russie. La présidence tchèque a réaffirmé lundi que le Partenariat oriental n'était pas une initiative « anti-russe ». Si, malgré ces assurances, les Russes se méfient du projet, « alors c'est leur problème, pas le nôtre », affirme un diplomate. Du côté de la Commission européenne, on tient aussi à rassurer Moscou. « L'objectif du Partenariat oriental n'est ni de créer une nouvelle alliance (avec les pays voisins de l'Est, contre la Russie) ni de créer de nouvelles sphères d'influence », a expliqué lundi un haut fonctionnaire. Les pays voisins de l'UE ont tous de fortes ambitions européennes « et l'UE ne fait que répondre à ces aspirations » en offrant un cadre dans lequel ces pays peuvent se rapprocher graduellement de l'Union, souligne-t-il. Le Partenariat oriental n'oblige nullement les pays bénéficiaires « à choisir entre Bruxelles et Moscou car plusieurs de ces pays ont de bonnes relations à la fois avec l'UE et la Russie », souligne cette source de la Commission. (H.B.)