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Bulletin Quotidien Europe N° 9894
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/stratÉgie de lisbonne

Maria João Rodrigues plaide en faveur d'un cadre stratégique unique pour le développement en Europe après 2010

Bruxelles, 04/05/2009 (Agence Europe) - À la veille du sommet social de Prague, Maria João Rodrigues, professeur à l'université libre de Bruxelles, conseiller spécial auprès de la Commission européenne et auprès de la Présidence de l'Union européenne, chargée de la stratégie de Lisbonne et du Traité de Lisbonne dont elle était coordinatrice en 2007, a souhaité s'entretenir avec EUROPE sur l'état de la crise, sur les réponses à lui apporter en termes d'emploi et sur ses implications pour la stratégie de Lisbonne après 2010.

Pour répondre à la crise, il faut des instruments vraiment européens

La crise actuelle a des implications directes sur le processus d'intégration européenne. Le dilemme est clair, selon Mme Rodrigues: soit on va plus loin dans ledit processus pour répondre à la crise, soit la crise peut miner les bases de la construction européenne, y compris le marché intérieur et l'union économique et monétaire. Pour répondre à la crise, il faut des instruments européens. Il ne faut pas seulement une boîte à outils où l'on peut choisir les instruments les plus adaptés à chaque situation nationale, il ne faut pas seulement un cadre européen commun, il faut vraiment des instruments communs pour faire face à cette crise.

Et d'illustrer ce qu'elle entend par instruments vraiment européens. Si on veut réguler des marchés financiers, il faut adopter des instruments européens de surveillance, définir des règles communes pour les banques et il faut le faire en coordination avec nos partenaires internationaux. La simple addition d'actions nationales ne marche plus. C'est cela qu'il faut comprendre. C'est aussi le cas pour la relance budgétaire où il faut se mettre d'accord sur l'usage des instruments européens dont on dispose tels que le pacte de stabilité. Il faut utiliser pleinement la marge du pacte de stabilité pour faire la relance budgétaire, accélérer l'usage des fonds structurels, renforcer l'action de la Banque européenne d'investissement, estime Mme Rodrigues, qui constate néanmoins que cela n'est plus suffisant. Pourquoi ? Parce qu'il faut que tous les États membres soient en condition de faire la relance. Pour cette relance, il faut penser à des instruments européens nouveaux. Selon Mme Rodrigues, c'est le bon moment pour discuter des « eurobonds » afin de soutenir les investissements dont on a besoin pour créer de nouveaux emplois et les investissements qui sont en ligne avec les objectifs à long terme définis par la stratégie de Lisbonne, à savoir une économie plus verte, plus intelligente. Les « eurobonds » auraient aussi l'avantage d'affirmer la portée de l'euro, d'attirer plus de capitaux étrangers en Europe pour soutenir ces investissements, et de présenter une alternative intéressante par rapport au dollar au titre de la dette américaine. Nous sommes en face d'une grande opportunité pour lancer cela, a insisté Mme Rodrigues. Un autre exemple prouvant qu'on a besoin d'instruments européens concerne les aides d'État et la politique industrielle, poursuit l'initiatrice de la stratégie de Lisbonne qui explique: on ne peut pas se limiter à la politique industrielle nationale. Elle va faire de la concurrence déloyale aux autres États membres. Ce qu'il faut donc faire, c'est vraiment coordonner les politiques nationales et doter l'UE d'instruments européens de politique industrielle et d'innovation, sans tomber dans le protectionnisme.

Le même raisonnement peut être suivi pour la politique de l'emploi et la politique sociale, estime le Professeur Rodrigues, car il faut aussi renforcer des instruments de politique d'emploi et de politique sociale au niveau européen comme la stratégie européenne de l'emploi, le fonds européen d'ajustement à la mondialisation afin d'apporter une réponse de solidarité européenne par rapport au risque du chômage.

Le renforcement de ces instruments européens devrait avoir pour contrepartie que les États membres ne se fassent pas une concurrence basée sur la réduction d'impôts, car cela ruinerait l'acquis communautaire. C'est cela le nouveau compromis politique dont nous avons besoin pour répondre à la crise et renforcer l'intégration européenne, donc dépasser le dilemme mentionné plus haut, a souligné Mme Rodrigues en précisant: ce nouveau compromis est aussi très important pour faire face au développement possible de cette crise qui est plus qu'une récession, elle est globale et systémique. Il faut donc introduire des réformes clés de nos économies de marché pour garantir que l'on n'ait plus de crises comme celle-ci dans l'avenir, a-t-elle précisé en ajoutant: je parle de réformes du système financier, de la gouvernance des entreprises et des relations entre États et marchés, puisqu'on a besoin de marchés régulés. « Il faut donc tenir compte de ce que cette crise est complexe et qu'elle a commencé par une vague de crise financière qui s'est traduite en vague de crise économique qui maintenant est en train de se traduire en une vague de crise de l'emploi qui va se traduire en une vague de crise sociale. Ces vagues sont décalées dans le temps. Cela veut dire que, même si on arrive à contrôler la vague de crise financière, on aura de toute façon encore les vagues suivantes: économique, de l'emploi et du social ».

En ce qui concerne l'emploi, il faut reconnaître que la plupart des entreprises essayent de résister et d'éviter le chômage dû au licenciement massif car elles savent bien qu'elles perdraient une ressource précieuse qui est leur capital humain. Mais si le blocage dans les banques et les marchés financiers persiste tel quel, à un certain moment on pourra avoir un mouvement massif de licenciements. Il faut absolument prévenir cela. C'est pourquoi on a besoin d'un changement très important dans la politique de l'emploi qui devait être adopté par ce sommet européen de l'emploi et ensuite qui devait être reconfirmé par le Conseil européen de juin. « C'est pourquoi c'est vraiment dommage que ce sommet européen de l'emploi ait été réduit dans sa portée politique. Je le regrette vraiment. Je pense que c'est quelque chose de lamentable. On ne résout pas un problème en déguisant sa vraie nature. »

Virage très attendu en matière de politique de l'emploi et de politique sociale

Les nouvelles orientations pour la politique de l'emploi. Selon Mme Rodrigues, il faut: (1) une relance budgétaire suffisamment forte pour renforcer l'investissement public et privé et la création de nouveaux emplois. Il faut, et c'est très important, développer une coordination accrue entre politiques d'innovation, d'éducation et d'emploi parce qu'il faut une démarche beaucoup plus proactive pour créer de nouveaux emplois ; (2) utiliser le temps de crise pour lancer un grand programme à l'échelle européenne pour former les travailleurs aux emplois d'avenir. C'est l'initiative « New skills for new jobs » (préparée par Mme Rodrigues d'un point de vue technique et politique: NdlR) ; (3) sauvegarder les emplois, faire tout ce qu'on peut faire pour maintenir les personnes dans les entreprises où elles sont. Ce type de message aurait été, il y a des années, taxé de protectionniste mais maintenant il est absolument adapté à la situation parce que si ces personnes perdent leur emploi, c'est beaucoup plus difficile d'en trouver un autre. Et, il faut donc utiliser toute la palette d'outils sur le temps de travail, combiner temps de travail et formation, chômage partiel, etc., bref, utiliser tout ce qui permet de maintenir un lien entre les personnes et les entreprises. C'est pourquoi, si on parle de flexicurité, ce qui est prioritaire, « c'est la flexicurité interne à l'entreprise » parce qu'il faut éviter les licenciements ; (5) faire en sorte que les personnes, qui sont sur le marché du travail mais avec des emplois précaires, qui vont être très vulnérables à cette crise, continuent à être protégées par les services publics, les systèmes de protection sociale et soient assurées de percevoir un revenu minimal garanti.

La priorité pour la politique sociale: si on pense aux personnes qui n'ont pas d'emploi, qui sont au chômage, qui sont des retraités ou des travailleurs avec des salaires très bas, il faut aussi agir sur les prix des biens de consommation et sur la garantie de conserver un logement, dont le marché est aussi en grande crise.

Implications de la réponse à la crise sur la stratégie de Lisbonne post-2010

La réponse à la crise a des implications sur la stratégie de Lisbonne post-2010. Il faut identifier les défis à long terme (changements climatique et démographique) et en tirer les conséquences sur ce que doit être la stratégie à long terme de l'Union européenne. En même temps, il y a le défi d'une crise systémique, profonde et beaucoup plus multipolaire qu'en l'an 2000. Il y a de grands changements et c'est pourquoi il faut que la stratégie de Lisbonne sur le long terme porte sur les points suivants: (1) il faut une « économie plus intelligente » pour renforcer nos systèmes de protection sociale et, en même temps, il faut introduire de nouvelles priorités qui concernent l'économie verte, la régulation des marchés financiers et la coordination de la zone euro pour soutenir cette stratégie de croissance et de développement ; (2) il faut ce que l'on appelle la dimension extérieure de la stratégie de Lisbonne. Cela veut dire que si on veut que la mise en marche de cette stratégie soit un succès, il faut encourager l'ouverture des marchés, améliorer les standards sociaux et environnementaux au niveau international, renforcer notre coopération avec nos partenaires internationaux pour les aider à améliorer leurs standards. Mme Rodrigues s'est déclarée en faveur d'un cadre stratégique unique pour le développement en Europe, couvrant la dimension économique et environnementale et dépassant la situation actuelle qui couvre trois processus parallèles: la stratégie pour la croissance et l'emploi, la stratégie pour le développement durable et la coordination pour les politiques sociales. « Il y a trop de processus. Cela complique notre tâche au niveau européen et national. C'est pourquoi je suis en faveur d'un cadre stratégique unique pour l'avenir. Je pense que l'Europe peut prendre ici le leadership en donnant l'exemple », a précisé Mme Rodrigues.

En conclusion, le Professeur Rodrigues a noté que cette discussion était d'une grande actualité. En effet, la réunion des coordinateurs (Commission et ministres choisis par les gouvernements pour coordonner la stratégie de Lisbonne au niveau national) s'est tenue il y a peu à Prague. Toutes les institutions et acteurs européens préparent ainsi leurs propositions pour la stratégie de Lisbonne post-2010 (Commission européenne, Parlement européen, Comité économique et social européen, Comité des régions, partenaires sociaux, etc.). (G.B.)

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