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Bulletin Quotidien Europe N° 9874
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques conditions nécessaires pour l'élargissement ultérieur de l'UE

Poser les questions essentielles. La clarté et le courage politique ne sont pas en ce moment les caractéristiques les plus évidentes des autorités politiques européennes à propos des élargissements futurs de l'Union. Trop souvent, les institutions se limitent à répéter trois concepts que personne ne conteste: les pays des Balkans occidentaux ont vocation à devenir membres de l'UE ; pour le faire, ils doivent respecter les conditions requises ; en attendant, l'UE les aide et les soutient. Ces trois principes évidents ne répondent pas à des questions essentielles concernant: a) la possibilité de nouvelles adhésions en l'absence du Traité de Lisbonne ; b) les conséquences de certains comportements et divisions internes dans ces pays ; c) les répercussions de la naissance de nouveaux États par fragmentation. Quelques États membres individuellement et quelques parlementaires européens s'expriment sur ces points à titre personnel ; mais il n'y a pas de réponses communes. Le commissaire Olli Rehn préconise fermement les nouvelles adhésions en négligeant certains aspects, à mon avis, essentiels, et la présidence du Conseil s'exprime largement dans le même sens.

Je voudrais attirer l'attention sur quelques aspects qui, à mon avis, ne peuvent pas être négligés.

Justification d'une condition. Le préalable de l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne avant toute adhésion nouvelle (le cas de la Croatie mis à part) ne représente pas seulement un moyen de pression sur les États membres réticents à ratifier ce Traité, mais il exprime une préoccupation fondamentale: éliminer le risque d'un blocage permanent des progrès ultérieurs de l'intégration européenne. Le Traité de Lisbonne: élargira le champ des décisions à la majorité ; facilitera la création de coopérations renforcées et en étendra les domaines ; prévoit de nouvelles politiques communes (pour l'énergie, par exemple) ; rendra la zone euro plus autonome avec des institutions propres reconnues. Le résultat est qu'un État membre isolé ne pourra pas bloquer à lui seul les progrès de l'intégration. Chaque pays gardera la faculté de ne pas participer à certaines réalisations mais il ne pourra plus empêcher que l'intégration progresse entre ceux qui l'estiment nécessaire.

L'intégration européenne n'est pas imposée, chaque pays et chaque peuple ont le droit de choisir une voie différente ou de rester en marge de certaines réalisations. L'intégration avait commencé à six ; ceux qui se sont ajoutés l'ont demandé et fermement voulu ; plusieurs frappent à la porte. Ils sont les bienvenus mais ils ne doivent pas avoir ensuite la faculté de bloquer les autres. L'expérience a appris que les pas ultérieurs vers l'intégration ne font pas toujours l'unanimité ; plus le nombre des États membres augmente, plus cette situation se présentera. C'est la raison du lien que certains États membres établissent entre le Traité de Lisbonne et les élargissements futurs.

L'objectif prioritaire. Le deuxième aspect essentiel dont on évite de parler ouvertement, est lié à la signification elle-même de la naissance de l'Europe unie. L'objectif prioritaire était la réconciliation entre les pays et les peuples qui depuis des siècles se déchiraient dans des conflits sans fin. Cette priorité doit être maintenue. Les pays candidats dont l'objectif serait essentiellement d'obtenir un soutien économique, une aide financière et le libre commerce, ne doivent pas devenir des États membres ; ces aspects sont couverts par la politique de voisinage et par les accords d'association. Pour faire partie des institutions, avoir un commissaire européen de leur nationalité, participer activement aux délibérations et à la formation des politiques européennes, ils doivent prouver qu'ils ont compris la vraie priorité de la construction européenne.

La voie à suivre est claire: commencer par éliminer ou surmonter les conflits avec leurs voisins, que ces conflits soient territoriaux, ethniques ou historiques, ainsi que les Six l'avaient fait au départ.

Ils doivent coopérer entre eux, ouvrir réciproquement leurs frontières. La déclaration approuvée samedi dernier par les ministres des Affaires étrangères de l'UE est explicite. Ces pays doivent établir entre eux des « relations de bon voisinage et définir des solutions aux questions en suspens entre pays voisins » ; c'est un « élément essentiel de la perspective de la région à adhérer à l'UE ». Plusieurs domaines sont explicitement cités: « l'énergie, le transport, le commerce, la lutte contre le crime organisé et la corruption, le retour des réfugiés ». Le texte cite aussi « les échanges d'étudiants et de jeunes professionnels » en tant que « contribution marquante pour surmonter les préjugés entre les habitants de la région. » Par cette « déclaration », l'UE a indiqué qu'elle commence à prendre conscience des véritables priorités ; même M. Olli Rehn aurait intérêt à la lire. Le message sera-t-il compris de l'autre côté ?

Cette rubrique reviendra demain sur d'autres aspects liés aux nouvelles adhésions.

(F.R.)

 

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