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Bulletin Quotidien Europe N° 9867
Sommaire Publication complète Par article 43 / 44
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 817

*** SAMANTHA BESSON, FRANCIS CHENEVAL, NICOLAS LEVRAT (sous la dir. de): Des valeurs pour l'Europe ? Values for Europe ? Academia Bruylant (29 Grand Place, B-1348 Louvain-la-Neuve, Belgique. Tél.: (32-10) 452395 - fax: 454480 - Courriel: promotion@academia-bruylant.be - Internet: http://www.academia-bruylant.be ). Collection "Publications de l'Institut européen de l'Université de Genève", n° 3. 2008, 246 p., 29 € (31 € hors Belgique et France). ISBN 978-2-87209-906-1.

Il est des effets de mode qui s'ancrent dans l'inconscient collectif et deviennent la norme. Ainsi en est-il de l'invocation des "valeurs européennes" qui est devenue, depuis quelques années, un phénomène récurrent au point que les "valeurs de l'Union" trônent désormais dès le deuxième article du Traité de Lisbonne en cours de ratification. Pourquoi ? Ainsi que l'écrivent Samantha Besson et Nicolas Levrat dès les premières lignes de leur introduction à cet ouvrage, "quelles sont les raisons de ces références, parfois désordonnées, dont se parent désormais régulièrement de multiples discours sur l'Europe" ? Et d'ailleurs, quelles sont ces valeurs ? Sont-elles communes aux sociétés européennes ou proprement européennes ? Et, pour autant qu'elles puissent être identifiées, quel est ou devrait être leur rôle ? Doivent-elles être au fondement du projet européen - et, si oui, pourquoi seulement maintenant ? - ou de politiques spécifiques ? Sont-elles, tout au contraire, des limites posées au développement du projet politique européen ? Enfin, est-ce à l'Union de les protéger ou de les promouvoir ? À l'évidence, ces questions méritaient d'être posées afin d'y voir un peu plus clair. Fruit d'un séminaire entre doctorants et professeurs de différentes Facultés romandes et de l'Université de Paris I, de l'Université libre de Bruxelles, de l'Université Robert Schuman à Strasbourg, de l'Université Humboldt de Berlin et de l'Université d'Oxford, cet ouvrage résolument interdisciplinaire - il élargit le débat juridique à la science politique, ainsi qu'à la philosophie morale et politique - y apporte des réponses scientifiques précieuses.

Une première partie du livre s'intéresse au rôle et à la nature des valeurs en Europe. S'appuyant sur la notion de pluralisme libéral, le Pr. Justine Lacroix (Université libre de Bruxelles) souligne, dans sa contribution, l'importance d'éviter d'en appeler à des valeurs communes en Europe, aussi bien en termes pratiques que normatifs, lui préférant une Europe fondée sur les droits. Pour sa part, Dagmar Comtesse (Université de Frankfurt am Main) présente l'argument selon lequel la seule valeur requise par la construction juridique européenne est celle d'une culture politique libérale, cette "méta-valeur" s'incarnant dans la pratique du débat politique qui légitime les normes légales. Se fondant sur une approche fonctionnelle, Sonja Dänzer (Université de Zurich) analyse, quant à elle, trois stratégies pour définir l'Europe à la lumière des valeurs et des normes, rejetant une stratégie culturelle-historique pour juger cruciales pour l'avenir de l'Union une stratégie politico-institutionnelle et une stratégie orientée sur les valeurs de la population.

La deuxième partie du livre comprend quatre contributions consacrées au "contenu des valeurs dites européennes". Le Pr. Vlad Constantinesco (Université Robert Schuman de Strasbourg) présente ainsi les différentes garanties de ces valeurs inscrites dans la Constitution puis le Traité de Lisbonne, la culture normative développée en cinquante ans d'intégration constituant, selon lui, "le signe distinctif de l'Union". Sacha Meuter (Université de Fribourg) s'emploie, lui, à démontrer comment la pluralité des valeurs qui sous-tend la liberté d'expression telle que garantie par la Convention européenne des droits de l'homme fonctionne comme un guide dans les différents choix à poser dans le cadre du processus de mise en œuvre du droit. Pour sa part, Marynelle Debétaz (Université de Fribourg) appréhende la problématique de la diversité linguistique et plaide en faveur d'un "multilinguisme multi-niveaux" en tant que valeur fondamentale d'une démocratie européenne construite par et pour une pluralité de peuples européens. Enfin, Sylvie Ramel (Université de Genève) examine la place de l'européanité dans les discours contestataires de deux mouvements de jeunes de Serbie et de Bosnie-Herzégovine, son objectif étant d'évaluer le rôle de l'Union en tant que vecteur de valeurs, au-delà des aspects politiques, économiques ou institutionnels.

La troisième partie de l'ouvrage comprend enfin cinq contributions relatives à la mise en œuvre des valeurs en Europe, qu'il s'agisse de l'autonomie de l'ordre juridique communautaire, de l'Union de droit, de la place des droits de l'homme dans la politique extérieure de l'Union ou, enfin, de la place des valeurs européennes dans le débat sur l'élargissement éventuel à la Turquie, ce dernier thème étant le seul à ne pas être traité par le milieu académique mais bien par un spécialiste de ce dossier à la Commission, Alain Servantie. En guise d'épilogue, le philosophe Francis Cheneval (Université de Zurich) envisage l'intellectuel européen comme "un citoyen sans patrie" et l'engage à ne tenter d'échapper à aucune des deux républiques dont il est le citoyen, à savoir "la patrie de la naissance et expérience formatrice et la matrie de la raison publique dépassant toute patrie". Une dernière phrase qui résume, à elle seule, l'esprit qui imprègne cet ouvrage que ne prisera à sa juste valeur qu'un public d'initiés.

Pierre Bouvier

*** HUGH COLLINS: The European Civil Code. The way forward. Cambridge University Press (The Edinburgh building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). Collection "Studies in European Law and Policy". 2008, 267 p.. ISBN 978-0-521-71337-5.

L'Union européenne a réussi, chose impensable lors de sa création, le tour de force d'unir vingt-sept pays en son sein. Certains considèrent qu'elle devrait s'en tenir au résultat atteint - quelques-uns pensent même que c'est déjà trop - mais d'autres cherchent à pousser cette unification plus loin car, pour eux, l'Union est une structure politique sans communauté, un système de gouvernement pour un continent dont le territoire est fragmenté en plusieurs communautés politiques et culturelles qui se connaissent peu, voire pas du tout. Même si les nations ont délégué certains de leurs pouvoirs aux institutions, le manque d'une société civile intégrée fait que l'union politique s'avère souvent fragile et dysfonctionnelle. Selon l'auteur, un ordre social a, pour perdurer, besoin qu'il y ait des échanges et des interactions entre ses différents représentants, des associations privées, des liens familiaux et toutes les autres sortes de liens créés par les gens dans leur vie de tous les jours. C'est au fur et à mesure que ces relations se répètent et évoluent que peut émerger une idée d'appartenance à la même communauté, une identité commune. Une fois établie, une telle communauté va demander et accepter l'union politique, un système unique de gouvernance. Or, l'Union n'a, jusqu'à présent, pas été capable de créer cette densité de liens, même si beaucoup a été fait au niveau économique avec des Traités qui ont contribué à créer des liens sociaux en donnant le droit aux citoyens de s'affranchir des frontières nationales. Afin de pallier à ce manque, Hugh Collins, professeur de droit anglais à la London School of Economics, prêche pour la création d'un Code civil européen. Ce dernier fournirait des règles uniformes, notamment au niveau des contrats, du droit de la propriété ou des torts civils. En plus de faciliter le commerce au sein du Marché unique, il créerait un réseau plus dense de relations transnationales dans la société civile, ce qui à son tour permettrait de dépasser la résistance populaire par rapport aux institutions politiques européennes. L'avènement de cette société civile européenne permettrait ensuite, selon l'auteur, d'esquisser un modèle social européen capable de protéger les citoyens contre les pressions des marchés qui ne cessent d'augmenter.

(NDu)

*** WILLIAM A. MALONEY, JAN W. VAN DETH (sous la dir. de): Civil Society and Governance in Europe. From National to International linkages. Edward Elgar Publishing (Glensanda House, Montpellier Parade, Cheltenham, Glos GL50 1UA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2008, 267 p.. ISBN 978-1-84720-758-6.

Alors que l'Union européenne est toujours aux prises avec son problème de légitimité dû au manque d'enthousiasme de ses citoyens, certains s'emploient à définir ce qui pourrait amener ces derniers à s'investir davantage dans le projet européen. Ainsi, les auteurs de cette étude se sont intéressés au processus de prise de décision communautaire en portant une attention spéciale sur les tentatives, fructueuses ou pas, d'augmenter l'implication des citoyens, associations, lobbyistes et autres groupes d'intérêts. Issus de différentes disciplines académiques et réunis lors d'une conférence organisée en Allemagne en 2005 dans le cadre du réseau Connex, ils ont utilisé deux méthodes d'analyse afin de déterminer la portée concrète de ces tentatives. La première, dite "de bas en haut", se focalise sur les effets de l'européanisation sur la société civile à l'échelon local ; la seconde, dite "de haut en bas", envisage les conséquences qui découlent du processus d'intégration sur le terrain. Ces deux méthodes, réparties respectivement dans les première et deuxième parties du livre, cherchent à déterminer les relations et les interdépendances entre les différentes sphères du système décisionnel européen afin de déterminer quels groupes - ONG, lobbys, etc. - ont le plus d'impact à un niveau donné et comment leurs actions influencent d'autres sphères du système européen. Une attention particulière est donnée à la capacité qu'ont ces groupes à susciter l'engagement et la confiance envers les institutions, ainsi qu'aux moyens de la renforcer.

(NDu)

*** ULF BERNITZ, JOAKIM NERGELIUS, CECILIA CARDNER (sous la dir. de): General Principles of EC Law in a Process of Development. Editions Wolters Kluwer (Kluwer Law International, PO Box 316, 2400 AH Alphen aan den Rijn, The Netherlands. Internet: http://www.kluwerlaw.com ). Collection "European Monographs", n° 62. 2008, 453 p.. ISBN 978-90-411-2705-1.

Cet ouvrage prolonge une conférence organisée à Stockholm en mars 2007 par le Réseau suédois pour les études de droit européen. Les participants, tous issus des milieux académiques, se sont focalisés sur l'évolution des principes généraux de droit européen et sur leur application dans les nouveaux États membres, ainsi que sur l'émergence de nouveaux principes liés à la démocratie, la transparence, la bonne administration et la citoyenneté européenne. Au fil de dix-neuf contributions, ils couvrent des domaines tels que la concurrence et l'intégration financière, le processus de constitutionnalisation de l'Union ou le rôle instrumental de la Cour européenne de justice, les auteurs essayant d'identifier d'éventuels nouveaux principes qui seraient apparus lors de la dernière décennie. Une étude fouillée qui, bien entendu, s'adresse essentiellement aux spécialistes.

(NDu)

*** GERHARD RESSEL, HENRIEKE STAHL (sous la dir. de): Die Slaven und Europa. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3471727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Trierer Abhandlungen zur Slavistik", n° 8. 2008, 390 p., 52,80 €. ISBN 978-3-631-58175-9.

Dirigé par deux professeurs de l'Université de Trèves, spécialistes de littérature et de philologie slave, ce recueil réunit des analyses de différentes disciplines: philosophie, philologie allemande, romane, slave, musicologie, ethnologie, science politique, sociologie, droit, économie politique. Les différentes contributions abordent des sujets divers tels que la question des Slaves en Europe et leur rapport au fédéralisme européen, la comparaison de la littérature de l'ouest et de l'Union soviétique sur l'holocauste, la question des langues des Slaves, la régionalisation de l'économie en Pologne, les Balkans en tant que champ de tension européen, etc. L'originalité du livre est qu'il rassemble, dans une même étude, l'examen des cultures slaves partout où on les retrouve en Europe. Ces articles permettent d'ouvrir le débat sur une identité européenne commune, laquelle peut se développer dans une intégration politique et économique, mais également dans une interaction prolifique entre les différentes cultures.

(EPi)

*** BERNARD DEFLESSELLES: Le processus de réforme et d'adhésion à l'Union européenne de la Turquie. Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapport d'information", n° 1334. 2008, 67, 3,50 €. ISBN 978-2-11-125016-1.

Au terme d'une mission en Turquie, l'auteur de ce Rapport d'information explique que le processus d'adhésion de la Turquie bute sur des tensions politiques intérieures, mais pâtit aussi de la crise économique, des crises au Caucase et au Moyen-Orient, ainsi que de la nécessité de convaincre les peuples européens.

(MT)

*** AZAR GAT: War in Human Civilization. Oxford University Press (Great Clarendon Street, Oxford OX2 6DP, UK. Tél.: (44-1536) 741017 - fax: 741894 - Internet: http://www.oup.com ). 2006, 822 p., 14,99 £. ISBN 978-0-19-923663-3.

Professeur de sécurité nationale au département de science politique de l'Université de Tel-Aviv, Azar Gat s'attaque, avec cette étude ambitieuse, à l'une des plus vieilles énigmes de l'humanité: la guerre. Pourquoi les humains s'engagent-ils dans une activité aussi meurtrière et destructive ? Est-elle inscrite dans la nature humaine ou s'agit-il d'une invention culturelle ? L'être humain s'est-il toujours battu ou a-t-il seulement commencé à le faire à partir de l'avènement de l'agriculture, des États ou de la civilisation ? Quel rôle la guerre a-t-elle joué dans le développement humain et quelle influence ce dernier a-t-il eu sur la guerre elle-même ? Autant de questions qui, loin d'être inédites, ont pourtant été délaissées par le monde académique qui jugeait le sujet « trop large » pour un traitement sérieux. L'auteur part donc des origines de l'homme, cherchant à définir si ce dernier était, comme le pensait Hobbes, foncièrement mauvais et nécessitant un État pour assurer la paix ou, comme le pensait Rousseau, si c'est l'apparition de l'agriculture, de la propriété privée, et la coercition des États qui ont suscité l'apparition de la guerre. De là, l'auteur s'appuie sur des disciplines telles que l'ethnologie, l'anthropologie, l'archéologie et les sciences politiques pour s'employer à retracer l'histoire de la guerre - qui est en fait celle de l'humanité, des premiers chasseurs-cueilleurs jusqu'au monde contemporain. Par ce biais, il cherche à trouver laquelle des deux lignes de pensée est la plus juste. Un livre monumental et intéressant de bout en bout qui, même s'il ne dit sans doute pas le fin mot de l'histoire, contribue néanmoins à y jeter à tout le moins un peu de lumière.

(NDu)

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