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Bulletin Quotidien Europe N° 9864
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le Conseil européen doit envisager le débat sur l'énergie qu'il évite ce jeudi

Une simple énumération. Le Conseil européen qui s'ouvre ce jeudi dans l'après-midi est logiquement dominé par la crise économique et financière. Le dossier de l'énergie n'en est pas absent, il sera même le premier point abordé ; mais aucun débat approfondi n'est prévu. Le projet de conclusions préparé par la présidence se limite à indiquer les objectifs prioritaires: définir un mécanisme de crise ; préparer un troisième « paquet » pour la réalisation du marché unique dans ce domaine (à négocier avec le Parlement européen) ; inviter la Commission et les États membres à présenter des « initiatives opérationnelles » pour les connexions prioritaires (gazoduc South Stream, interconnexions effectives avec la région baltique, réseau méditerranéen, interconnexion gazière et électrique entre l'Europe du Sud-Est et l'Europe centrale). S'y ajoutera un appel explicite à ce que l'UE parle d'énergie avec les pays tiers d'une seule voix, et l'invitation à la Commission à proposer d'ici la fin juin un mécanisme opérationnel pour l'accès au gaz de la mer Caspienne.

On le voit, c'est surtout une énumération de priorités et de souhaits. Et pourtant, chaque point sous-entend des questions politiques fondamentales qui dépassent largement le domaine spécifique de l'énergie ; l'imbrication entre les aspects énergétiques et les aspects politiques, voire même culturels, est telle qu'il est impossible de les séparer. En outre, les États-Unis sont étroitement impliqués dans plusieurs dossiers.

La Russie, l'Iran, Nabucco, etc. Il suffit de citer le cas de la Russie: elle représente, et représentera encore plus à l'avenir, pour l'UE, le principal fournisseur de gaz et un fournisseur essentiel de pétrole. Les négociations énergétiques sont en elles-mêmes très complexes: la Charte de l'énergie (que Moscou rejette mais dont les principes doivent être sauvegardés), le trajet des gazoducs, l'offre russe de contribuer à l'alimentation du gazoduc Nabucco (même si son parcours évite le territoire russe), l'accès direct de Gazprom au marché européen, et ainsi de suite. Mais ces dossiers sont liés à des questions politiques essentielles, comme la nature des relations avec l'Ukraine, la Géorgie, etc., et surtout les intentions américaines concernant le bouclier antimissile (dans lequel, on le sait, la Pologne et la République tchèque sont directement impliquées) et la relance des relations avec l'Iran qui pourrait rendre ce bouclier inutile ou injustifié.

L'Iran constitue par ailleurs un élément essentiel du dossier Nabucco. Tous les opérateurs savent, et ils l'ont dit, que ce projet colossal ne sera viable que s'il transporte aussi du gaz iranien. Or, la relance des relations euro-iraniennes (extrêmement souhaitable) dépend de l'initiative du président américain, laquelle à son tour dépend davantage de l'attitude de Moscou que de l'Europe. Le projet Nabucco suscite des doutes (quelqu'un l'a qualifié de beau rêve), et c'est la Turquie qui le relance en soulignant son importance pour l'approvisionnement énergétique de l'UE et pour la coopération euro-turque ; mais des éléments politiques, voire culturels s'y mélangent, car c'est la Turquie qui a empêché l'entrée des opérateurs français dans le consortium de ce projet au motif que … le Sénat français avait retenu le terme génocide à propos du drame arménien du siècle dernier. Quel mélange illogique !

L'énergie nucléaire. Le dossier de l'énergie nucléaire est en premier lieu technologique et environnemental, mais les aspects purement politiques sont essentiels même en faisant abstraction de l'aspect militaire. Il suffit de rappeler: a) l'accord entre Siemens et le colosse russe de ce domaine (en remplacement de la coopération avec le français Areva). Il a provoqué une réaction profondément préoccupée du parlementaire européen Alain Lamassoure qui y voit carrément un danger pour la coopération franco-allemande ; b) la présence du nucléaire russe en Iran (une centrale commencera à produire de l'électricité d'ici quelques mois).

Renforcer la politique énergétique commune. On pourrait prolonger la liste qui précède. La péninsule ibérique, les pays baltes et aussi la Slovaquie et la Bulgarie sont insuffisamment connectés au cœur de l'UE. D'autres pays d'Europe orientale continuent à dépendre totalement des fournitures russes. La conclusion est claire: les chefs de gouvernement devraient avoir dès que possible le débat hautement politique qu'ils évitent cette fois-ci. Tout ceci rend indispensable un renforcement de la politique énergétique commune, telle qu'elle est prévue par le Traité de Lisbonne. Je ne sais pas si le président du Conseil européen dirait encore aujourd'hui que le Traité de Nice est meilleur que le Traité de Lisbonne. L'exigence, qu'il a lui-même affirmée, selon laquelle l'UE doit parler « énergie » d'une seule voix avec les pays tiers, présuppose évidemment le renforcement des institutions et des procédures communautaires. M. Topolánek l'a-t-il compris ?

(F.R.)

 

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