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Bulletin Quotidien Europe N° 9862
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/tchad/rca

Jean-Philippe Ganascia dresse le bilan de l'opération menée par l'UE au Tchad/RCA

Bruxelles, 16/03/2009 (Agence Europe) - La force de l'UE au Tchad et en République centrafricaine (EUFOR Tchad/RCA) a été relevée dimanche 15 mars par une opération militaire des Nations unies (MINUCART II). Rencontré dans la capitale tchadienne N'Djamena, avec un groupe de journalistes européens, lundi 2 mars, le général Jean-Philippe Ganascia, commandant sur le terrain de l'EUFOR, a espéré que l'ONU disposerait de moyens suffisants pour assurer non seulement la sécurisation du terrain mais également la protection rapprochée de ceux qui doivent être protégés. Voici le bilan dressé par le commandant de la force européenne à la veille de son redéploiement. (A.By)

EUROPE: Pouvez-vous nous rappeler l'objectif de cette opération?

Jean-Philippe Ganascia: La mission principale était d'assurer pendant un an une transition pour qu'ensuite la force des Nations unies arrive et contribue à régler des problèmes liés directement à la présence des réfugiés et de personnes déplacées. Nous avions aussi pour tâche de contribuer, le mot est dans le mandat, à la sécurisation des populations quelles qu'elles soient, à la sécurisation de l'accès de l'aide humanitaire (...) et, puis enfin de nos camarades de la première MINURCAT (la mission de police des Nations unies au Tchad et en République centrafricaine: NDLR).

EUROPE: Quel est le bilan et quelles leçons pouvez-vous tirer de cette opération ?

J.-P.G.: Le plus important, et je reviens sur le mot, est la transition. Je crois que nous avons réussi cette mission en professionnels (....) sur un contrat qui nous a été fixé d'un an. Nous transmettons à des camarades des Nations unies la situation que nous connaissons, avec toutes les données que vous pouvez imaginer (…) de renseignement géographique, de renseignement humain, de connaissance sociologique et du terrain. Plus précisément, sur le plan militaire, il s'agit des endroits vulnérables, des endroits où il vaut mieux se placer, de modes d'action que nous avons expérimentés pour adapter une force militaire à la réalité de la République du Tchad, qui est une marquée par une insécurité quotidienne et non pas une menace militaire au sens strict du mot. En deuxième lieu, il y a un sentiment de sécurité qui s'est rétabli là où nous sommes et où nous passons de façon permanente. Bien sûr, là où nous ne sommes pas, où ne passons pas de façon régulière, il y a encore de l'insécurité, parce qu'il y à d'autres raisons à l'insécurité que celles auxquelles une force militaire peut répondre. En ce qui concerne les humanitaires, je crois que nous pouvons témoigner de leur appréciation de la façon dont nous avons travaillé, de la façon que nous nous sommes adaptés à leurs besoins, à leurs principes de fonctionnement (...). Même s'ils ont continué à subir un certain nombre de difficultés, je crois qu'ils ont cerné le problème en disant clairement « ce n'est pas l'EUFOR qui va résoudre l'ensemble de nos besoins, il faut bien sûr que d'autres actions soient menées plutôt que la simple présence d'une force militaire ». (…) en ce qui concerne la MINURCAT, je pense que dans deux ou trois mois, nous aurons la satisfaction ultime, si nos camarades de l'état-major sont en mesure de dire « eh bien, ils nous ont passé ce qu'il nous fallait pour commencer notre travail ». Je crois qu'on a de bonnes chances d'y arriver parce qu'une grosse partie des forces dans les premiers mois seront des forces qui appartenaient à l'EUFOR et qui connaissent le pays, le terrain et les difficultés. Il n'est pas souvent facile de faire un bilan chiffré (…). Je pourrais vous donner le nombre des kilomètres parcourus, des heures passées à patrouiller de jour et de nuit … Cela fera partie de l'ensemble des données que nous allons transmettre à nos collègues qui nous succèdent (…) Sur le sujet du retour des déplacés, qui pendant longtemps était considéré comme pouvant être un des critères d'appréciation des travaux de la force: (....) sur un an, il est difficile de dire quel retour aurait pu être escompté sur un total de 160 à 170 000 déplacés. On estime ceux qui sont rentrés à environ 20 à 40 000 personnes, ce qui laisse quand même une marge assez large (…). Et c'est donc relativement peu par rapport aux 160 000. Est-ce que pour autant nos actions ne valent rien? Je ne crois pas, je pense qu'il y a un sentiment de sécurité qui s'est rétabli, mais je crois que d'autres mesures devront être mises en place pour assurer un mouvement significatif de ces gens. D'autant que, si on rentre dans les détails (...) il y a bien d'autres raisons que l'insécurité immédiate à la réticence d'un nombre important des déplacés à retourner chez eux. Il s'agit de raisons liées à la situation économique, à des conflits intercommunautaires qui existaient précédemment (...), à la prolifération de l'armement qui crée bien sûr le banditisme, surtout s'il est lié à l'impunité.

EUROPE: On a entendu des critiques sur un coût surdimensionné du dispositif de l'EUFOR ?

J.-P.G.: Il y a eu un choix politique effectué au départ et je ne suis pas en mesure d'apprécier la durée de l'opération et le coût qu'implique ce choix politique (…). Au bout d'un an, je pense que l'opération valait le coût, et que j'ai rempli l'objectif politique de ceux qui m'ont fixé cette mission. J'irais même plus loin, en disant que la mission qui nous a été fixée était de contribuer à la sécurité des uns et des autres. L'étendue de la zone et le nombre d'effectifs moindre que ce qui avait été conçu au départ ont fait que nous ne pouvions que « contribuer à » et nous ne pouvions pas aller plus loin. Il fallait une action du gouvernement, une action de développement, une action humanitaire (...) en particulier de la Commission européenne en ce qui nous concerne, et l'action de la MINURCAT avec celle des DIS (Détachements intégrés de la sécurité: NDLR) pour assurer la sécurité dans les camps et dans les sites. Chaque partenaire devait apporter des baleines de parapluie pour qu'ensuite la population soit à l'abri. Si vous commencez l'opération avec une seule baleine, il est normal que le parapluie tombe d'un côté. (…) Je n'ai jamais réclamé des forces supplémentaires à l'exception de deux-trois spécialités qui vraiment me manquaient et que j'aurais aimé avoir à ma disposition. Si nous avions eu un peu plus d'effectifs, ce qui était prévu initialement (4 600 hommes, selon la résolution de l'ONU qui fournissait le mandat à l'UE. Pour mémoire, l'EUFOR ne comptait que 3 200 hommes au Tchad: NDLR), je n'aurai pas eu à faire le choix tactique que j'ai fait à mon niveau, qui consistait à se répandre un maximum sur le terrain pour en avoir la meilleure connaissance possible et avoir un contact maximal avec les populations pour apporter cet effet de sécurisation. En contrepartie, en priorité deux, je n'ai pas pu apporter autant de sécurité immédiate, de protection rapprochée en particulier aux humanitaires. J'espère que la MINURCAT disposera a priori de suffisamment d'effectifs pour assurer de façon égale les deux volets de la mission: contact de sécurisation et la protection rapprochée des endroits les plus vulnérables que sont les sites des humanitaires et les camps de réfugiés et de déplacés. (A.By)

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