*** JEAN-CHRISTOPHE DEFRAIGNE, VIRGINIE DE MORIAME (sous la dir. de): Quelles politiques industrielle et sociale pour l'Europe du XXIe siècle - Which industrial and social policies for 21st century Europe? La redéfinition de l'intervention publique dans le cadre de la stratégie de Lisbonne - Redefining public intervention within the framework of the Lisbon strategy. Éditions Academia Bruylant (29 Grand Place, B-1348 Louvain-la-Neuve, Belgique. Tél.: (32-10) 452395 - fax: 454480 - Courriel: promotion@academia-bruylant.be - Internet: http://www.academia-bruylant.be ). Collection "Etudes européennes Louvain". 2008, 232 p., 20 € (31,50 € hors Belgique et France). ISBN 978-2-87209-924-5.
Rassemblant les actes de la douzième Chaire AGC (ex-Glaverbel) organisée par l'Institut d'études européennes de l'Université catholique de Louvain au cours de l'année académique 2006-2007, ce bel ouvrage tombe à point nommé. Les acteurs - le commissaire Vladimir Spidla et le député européen Philippe Busquin - et spécialistes qui le cosignent réfléchissent au double défi que les forces de la mondialisation posent à l'économie européenne, sur le plan industriel, d'une part, sur le plan social, de l'autre. Est-il utile de préciser que ces questionnements et réflexions revêtent une acuité littéralement existentielle maintenant que la tourmente économique et financière fait voler en éclats toutes les certitudes qui, hier encore, composaient une "pensée unique" dogmatique apparemment inexpugnable? La tourmente actuelle impose de tomber bas tant les masques que les œillères. Ce livre de nature scientifique, à mille lieues du brûlot idéologique et parfaitement accessible au plus grand nombre, peut y contribuer.
Dans un de ses récents "Au-delà de l'information", Ferdinando Riccardi cite, parmi quelques batailles journalistiques qu'il a menées pour l'Europe, celle qu'il a conduite autour de l'an 2000 pour que soit reconnue "la nécessité d'une politique industrielle européenne" qui ne se limiterait pas à chercher seulement à "maintenir en Europe que les aspects nobles de l'activité industrielle". Le bien-fondé de son combat par la plume s'impose comme une évidence dès l'imparable introduction que signe le Pr. Jean-Christophe Defraigne. Que montre cet économiste qui enseigne à l'Institut d'études européennes de l'Université catholique de Louvain ? Que l'accélération de l'intégration européenne dans les années 80 et 90, avec les projets de Marché unique et d'Union monétaire, brida l'interventionnisme des États sans montée en puissance parallèle - et équilibrante - des pouvoirs publics au niveau européen, tant il est vrai que ce processus fut alors "largement inspiré par des paradigmes économiques hostiles à l'interventionnisme étatique, mettant en avant le jeu de la libre concurrence intracommunautaire comme solution à la croissance, à la compétitivité internationale et à l'emploi". Et si le président Delors tenta bien de rectifier le tir, rien n'y fit sur le plan social et fiscal car "le projet thatchérien, inspiré par les doctrines économiques de Hayek et Friedman et soutenu par la City hostile à toute régulation européenne", était à l'époque parole d'évangile. Idem sur le plan de la politique industrielle: le commissaire responsable dans les années 90, l'Allemand Bangemann, alla jusqu'à rejeter "explicitement une politique industrielle sectorielle d'inspiration colbertiste ou listienne visant à assurer un soutien et une protection forte à des secteurs stratégiques dont les firmes seraient encore dans leur période d'enfance". Dans le contexte de la mondialisation, cette forme de démission s'accompagna d'une "explosion" des investissements directs étrangers des économies les plus avancées vers les économies émergentes et, dans le chef des multinationales et de leurs réseaux de sous-traitance, d'une relocalisation et/ou d'une externalisation de certaines parties de leurs processus de production vers les pays à bas salaires. Avec pour conséquences que les économies de l'Europe occidentale ne disposent plus d'un avantage comparatif dans une grande partie des activités intensives en travail qui ne requiert pas une proximité géographique avec le client final et que des pressions s'exercent sur les systèmes sociaux et fiscaux européens. Afin que l'Europe se concentre sur les étapes du processus de production intensive en technologie et en capital, les Vingt-sept ont misé sur la Stratégie de Lisbonne. Toutefois, constate Jean-Christophe Defraigne, celle-ci continue à buter sur un manque de moyens budgétaires alloués à l'effort de recherche, sur l'insuffisance de la formation du capital humain et sur la "redondance" des projets industriels et de recherche "dont la cause est à chercher du côté des politiques industrielles concurrentes de champions nationaux conduites par les États membres". D'où la nécessité, selon lui, "d'améliorer la coordination des politiques industrielles au niveau européen" et de "déterminer le modèle sur la base duquel se ferait cette convergence de stratégie industrielle européenne". Une convergence indispensable car, pour l'heure, "l'Europe est loin d'être engagée vers une solution crédible et cohérente" au double défi de préservation des modèles sociaux européens et de montée en gamme technologique de l'économie européenne. Tracer des pistes afin que ce double défi puisse être relevé constitue le fil rouge de cet ouvrage collectif qui, pour un peu, apparaîtrait presque comme une bouée de sauvetage potentielle en ces temps de tsunami économico-financier.
Michel Theys
*** CHRISTIAN PHILIP, PANAYOTIS SOLDATOS (sous la dir. de): Quelle relance de la construction européenne ? Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection "Centre d'études européennes de la Faculté de droit de l'Université Jean Moulin - Lyon 3". 2007, 258 p., 50 €. ISBN 978-2-8027-2467-4.
Prolongement d'un colloque organisé à Lyon en avril 2006, cet ouvrage est un peu tardif dans la mesure où les pistes de correction de la trajectoire de l'Union et de relance de la construction européenne qu'il explore ne tiennent pas compte du traité réformateur de Lisbonne. Il n'en reste pas moins très intéressant de par la qualité académique de celles et ceux qui signent les contributions, mais surtout parce que sa première partie constitue, en quelque sorte, la "radioscopie d'un long processus d'affaiblissement du processus d'intégration européenne", celui-ci ayant encore été confirmé par le "non" irlandais et par les tergiversations tchèques. On y trouve, entre autres, une analyse aussi pertinente que décapante de "l'érosion du modèle de gouvernance communautaire et de son impact d'affaiblissement du processus d'intégration européenne", le Pr. Soldatos décrivant "le mouvement de pendule d'une supranationalité chancelante" sous les coups de canifs incessants visant à une renationalisation du système. La Présidence française du Conseil qui s'achève n'a pas, quels que soient ses succès et mérites, dérogé à cette tendance désormais lourde, que du contraire.
L'ouvrage s'ouvre sur une réflexion de Michel Barnier sur les axes possibles d'une action de relance, celle-ci impliquant de "remettre de la perspective dans le projet européen, celle des années cinquante, toujours pertinentes (paix, stabilité et démocratie)", et de "refaire la preuve de son caractère impératif et incontournable" dans le cadre d'un dialogue enfin soutenu avec les citoyens. Que leur dire ? Les vertus des acquis de l'intégration, qu'il s'agisse du grand marché intérieur, de la voix commune de l'Union à l'Organisation mondiale du commerce, de "formidables programmes communautaires" tels qu'Erasmus dont les moyens budgétaires devraient "être doublés ou triplés". Ensuite, plus offensivement, celui qui était alors en pleine traversée du désert après avoir été le chef de la diplomatie française souligne que le monde de demain se façonnera entre grandes puissances, présentes ou à venir. D'où cet appel à la raison: "Est-ce qu'on veut être aussi, nous les Européens, à cette table ? Est-ce qu'on veut subir ce nouvel ordre mondial, en étant le spectateur, ou avoir une grande capacité d'influence", ce qu'aucun pays européen, pas même les "grands", ne pourra avoir s'il va seul au combat ? Enfin et surtout, l'ancien commissaire européen défend vigoureusement l'idée que la bonne dimension pour le patriotisme économique, c'est la dimension européenne. Et d'expliquer: "Il y a une place pour une stratégie industrielle européenne, fondée sur une grande politique de recherche, sur le maintien d'une politique européenne de la concurrence, sur la poursuite du Marché intérieur, pour l'établissement de règles communes, y compris pour la protection face aux agressions des autres. Il faut une stratégie ciblée sur ce que seront les grands majors, les grands groupes, les grands projets de demain. Quels sont les Airbus de 2020, ou de 2025 ? Quels sont les Airbus dans tous les domaines ? En matière de nouvelles technologies, de santé publique, d'aérospatiale, les Européens, industriels, chercheurs, politiques, devraient se mettre d'accord pour diagnostiquer quels sont ces grands projets sur lesquels nous devons préserver notre existence, notre solidarité, notre indépendance européenne". Il reste seulement à espérer que le politiquement incorrect d'hier ne le soit plus aujourd'hui. (MT)
*** Les négociations transnationales en Europe. Où en est-on ? - Problèmes rencontrés - Quelles perspectives? Europe et Société (29 rue Cardinet, F-75017 Paris. Tél.: (33-1) 55651919 - Courriel: europeetsociete@wanadoo.fr - Internet: http://www.europeetsociete.com ). Collection "Les Cahiers de la Fondation", n° 69-70. 2008, 159 p., 45 €. Abonnement: 80 €.
"Nous sommes convaincus que la société européenne sera d'autant plus forte et s'avérera plus capable d'affronter les problèmes posés par la mondialisation et l'émergence de nouvelles puissances économiques et politiques si elle parvient à créer les conditions d'un consensus social fondé sur une démarche volontaire des différents partenaires sociaux"… Dans cet esprit, l'association "Europe et Société" que pilote Jacques Moreau a organisé, en février dernier, un colloque sur les négociations transnationales d'entreprises dont cette publication rend compte. Dans une première partie, les auteurs font le point de la situation en la matière, notamment en cherchant à cerner les spécificités européennes. Dans un deuxième temps, les accords existants et les problèmes rencontrés sont passés en revue, notamment à la lumière de la manière dont les choses se passent chez ENI, EDF, Daimler, Schneider Electric et au Club Méditerranée, ainsi que de l'échec enregistré chez Sanofi-Aventis. Dans une troisième partie, ce sont la nature et la portée de la négociation transnationale d'entreprises qui sont appréhendées sous des angles divers, la dernière envisageant ensuite les dispositions à concevoir pour consolider cette pratique de dialogue social transnational. (MT)
*** GEORGES W. LESER: Veranlagungskriterien für Investmentfonds. Die OGAW-Richtlinie und deren Umsetzung in das Investmentfondsgesetz. Springer(P.O. Box 89, 4-6 Sachsenplatz, 1201 Wien, Österreich. Fax: (43/1) 3302426 - Courriel: books@springer.at - Internet: http://www.springer.at ). 2008, 181 p.. ISBN: 978-3-211-77878-4.
Détaillant les critères d'imposition pour les fonds d'investissement, cet ouvrage se penche sur la mise en œuvre de la directive "Organismes de placement collectif en valeurs mobilières" (OPCVM) qui règle la question de la coordination des dispositions législatives, réglementaires et administratives en ce domaine. Cette analyse dresse un panorama des différentes éventualités d'imposition existantes et propose un raisonnement sur les diverses alternatives possibles pour assurer la protection des investisseurs. Un ouvrage technique, recommandé aux seuls connaisseurs. (EPi)
*** CHRISTOPH GRABENWARTER, STEFAN GRILLER, MICHAEL HOLOUBEK: Europäisches und öffentliches Wirtschaftrecht I. 5., neu bearbeitete Auflage. Springer(voir coordonnées supra). 2008, 260 p.. ISBN: 978-3-211-74429-1.
Écrit par des membres de l'Institut européen et de l'Institut du droit public européen et autrichien de l'Université de Vienne dans le cadre du programme de bachelier en droit et science économique, ce manuel analyse les éléments essentiels du droit économique public autrichien et européen. En détaillant largement un cas, enrichi de nombreux exemples dans chaque chapitre, il met également en avant les nouveautés juridiques et littéraires en la matière. Cette 5ème édition actualise notamment les sections relatives au droit matériel, les procédures administratives concernant la protection juridique, la législation organisant l'Union européenne, le droit du marché intérieur et le droit de la concurrence. Un outil d'apprentissage précieux pour les étudiants. (EPi)
*** DANIEL GARRIGUE: Les fonds souverains, révélateurs de nos propres faiblesses. Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Documents d'information", n° 963. 2008, 66 p, 3,50 €. ISBN 978-2-11-122838-2.
Ce Rapport d'information analyse succinctement la manière dont les fonds souverains s'inscrivent dans la libération générale des mouvements de capitaux, au risque d'en modifier les rapports de force en raison de leur progression rapide et de l'opacité de leur gouvernance. Leurs diverses formes d'intervention doivent, selon l'auteur, conduire les Vingt-sept à de vraies remises en question, ces investissements extérieurs exigeant la mise en place d'un "filet de sécurité" à l'échelle de l'Union. Le député français Daniel Garrigue défend aussi le point de vue que le rôle potentiel de ces fonds comme investisseurs de long terme doit pousser l'Union à se donner les moyens de canaliser et d'orienter des ressources sur cette catégorie d'investissements. (PBo)
*** Economia Exterior. Estudios de Politica Exterior SA (49 Núñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34-91) 4312711 - fax: 4354027 - Courriel: suscripciones@politicaexterior.com - Internet: htpp//http://www.politicaexterior.com ). 2008, n° 46, 170 p., 14 €. Abonnement: 80 €.
Ce numéro d'Economia Exterior est quasiment tout entier consacré aux relations politico-économiques avec la Russie, notamment à la lumière de la crise géorgienne et de la problématique énergétique qui fait l'objet de plusieurs contributions. Dans sa contribution, le journaliste Rafael Poch-de-Feliu souligne la nécessité pour l'Union de normaliser ses relations avec Moscou, faute de quoi son émancipation par rapport aux États-Unis sera impossible. Un dossier très complet. (PBo)