Bruxelles, 09/12/2008 (Agence Europe) - La commission de l'agriculture du Parlement européen a appelé, lundi 8 décembre, à une « action immédiate et continue » pour garantir la sécurité alimentaire mondiale. Elle estime que l'aide d'1 milliard d'euros décidée par l'UE pour les pays en développement devra être renforcée par de nouveaux investissements dans l'agriculture, et demande notamment la mise en place de mécanismes pour garantir la disponibilité de stocks mondiaux suffisants. Le rapport d'initiative sur le sujet de Mairead McGuinness (PPE-DE, irlandaise), qui a été adopté à l'unanimité en commission avec quelques amendements, sera discuté par le Parlement européen lors de la session plénière de janvier 2009.
En deux ans, les prix mondiaux des denrées alimentaires ont augmenté de plus de 80% en moyenne tandis que les stocks de céréales atteignaient le niveau historiquement faible et préoccupant de 40 jours de réserve en 2008, note le rapport de Mairead McGuinness. Selon la Banque mondiale, plus de 860 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim de façon chronique et ce chiffre pourrait augmenter de 100 millions avec la crise actuelle. Si les prix des denrées de base sont maintenant revenus à des niveaux proches de 2006, la FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations unies) et l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et redoutent que leur volatilité s'accentue alors que la demande alimentaire mondiale devrait doubler d'ici 2050.
Assurer des stocks mondiaux en quantité suffisante. La commission de l'agriculture du PE demande notamment la mise en place d'instruments visant à prévenir les fluctuations spectaculaires et dommageables des prix. Elle estime notamment que l'UE devrait prendre l'initiative de proposer à la fois un système global d'inventaire des stocks alimentaires, la création d'une obligation de garantir la disponibilité de denrées alimentaires au niveau mondial et l'amélioration des systèmes de stockage des intrants agricoles essentiels (semences, engrais, pesticides, etc.) dans les pays en développement en se fondant de préférence sur les acteurs privés, y compris les coopératives.
Les parlementaires souhaitent aussi une analyse globale de l'impact de l'augmentation de la production de biocarburants sur les prix des denrées de base. Ils soulignent la nécessité d'accords internationaux et régionaux pour garantir que les cultures énergétiques ne mettent pas en danger la sécurité alimentaire, et demandent un engagement ferme de l'UE à privilégier les biocarburants de deuxième génération qui n'entrent pas en concurrence avec la production alimentaire.
Réorienter l'aide européenne au développement vers l'agriculture. Regrettant que l'aide au développement consacrée à l'agriculture soit passée de 17% en 1980 à 3% seulement en 2006, les députés pressent la Commission de réorienter les programmes communautaires - dont le Fonds européen pour le développement, le FED - vers le développement agricole, et de tout mettre en œuvre pour que les gouvernements des pays bénéficiaires tiennent leur engagement de consacrer 10% de leurs budgets nationaux à ce secteur. Ils souhaitent aussi que de nouvelles facilités de micro-crédit soient mises en place pour les petits agriculteurs, soulignant le rôle majeur de ces derniers dans l'accroissement de la production et de la sécurité alimentaire locale. Pour compléter les mesures de développement financées par l'UE, la commission parlementaire exige par ailleurs qu'un fonds permanent de sécurité alimentaire soit créé en rubrique 4 du budget (actions extérieures) pour aider les personnes les plus pauvres dans le monde.
PAC, changement climatique, crise financière et recherche européenne. Les députés estiment que la politique agricole commune (PAC) doit demeurer la pierre d'angle de la politique de sécurité alimentaire de l'UE, y compris au-delà de 2013 et qu'elle doit, à ce titre, être adaptée au-delà de ce qui a été fait dans le cadre du « bilan de santé ». Ils demandent que les dépenses agricoles demeurent à un niveau stable et constant pour garantir des revenus équitables aux agriculteurs et plaident pour des polices d'assurances efficaces pour que les producteurs puissent se prémunir contre les fluctuations massives des prix.
Les parlementaires prient instamment la Commission d'examiner l'impact agricole des initiatives d'atténuation du changement climatique et d'apporter des moyens à ce secteur pour que ces mesures ne se traduisent pas par une réduction de la production de l'UE. Par ailleurs, ils demandent une évaluation détaillée des conséquences de la législation communautaire proposée sur les produits phytosanitaires.
Enfin, la commission de l'agriculture appelle de ses vœux un programme de recherche et de développement dans le domaine de l'agriculture durable. (L.C.)