Bruxelles, 27/11/2008 (Agence Europe) - Groupes politiques ou représentants d'intérêt ont eu des réactions nuancées mais globalement positives au plan de relance économique présenté mercredi 26 novembre par la Commission européenne (EUROPE n° 9791). Ils appellent les États membres à entériner le plan.
Le plan de relance européen constitue « une boîte à outils appropriée pour répondre à la crise économique actuelle », se félicite le président du PPE-DE au Parlement européen, Joseph Daul. « Il n'est pas possible d'éviter des sacrifices, mais, comme le président Sarkozy et la chancelière Merkel, notre groupe pense que les gouvernements doivent empêcher une spirale récessionniste », souligne M. Daul. « Favorable à la position de la Commission selon laquelle le recours à une stimulation budgétaire est nécessaire, en poursuivant les réformes structurelles dans les États membres », le PPE-DE invite ces derniers à « prendre des mesures pour relancer leurs économies sans accroître leurs déficits ». Il soutient ainsi « l'idée du recours aux euro-obligations ».
Au nom du Parti socialiste européen (PSE), Poul Nyrup Rasmussen estime que la Commission « va dans la bonne direction » et que « le plan reflète les propositions faites par les dirigeants du PSE dès 2005 et plus récemment ce mois ». Deux éléments rendent cependant la réussite du plan incertaine: 1) 1,5% du PIB sur deux ans est probablement un montant trop peu significatif (le PSE juge qu'il faudrait 1% du PIB chaque année pendant trois ans) ; 2) Angela Merkel et d'autre dirigeants conservateurs comme Silvio Berlusconi risquent d'atténuer le plan et de refuser de faire les investissements nécessaires.
Pour Graham Watson, président du groupe ADLE, « les propositions de la Commission européenne contrastent avec les conclusions du G20 à Washington qui avaient relégué le développement durable de l'avant-dernière place à la dernière place ». Démontrant « une préoccupation plus marquée pour l'investissement vert et la croissance durable », le paquet de la Commission réaffirme aussi les principes de l'économie de marché et de la bonne gestion budgétaire, se félicite l'ADLE, qui appelle la Commission à ne pas « subventionner inutilement l'industrie ».
Mitigée, la réaction du groupe des Verts-ALE salue le réveil de la Commission, mais déplore que le plan européen soit une « juxtaposition de plans d'action nationaux », un « mélange de nouvelles et d'anciennes recettes ». Les coprésidents Daniel Cohn-Bendit et Monica Frassoni estiment cependant que « au vu des contraintes, il constitue au moins un pas dans la bonne direction », et saluent les nouvelles possibilités de financement et les programmes en faveur de l'innovation dans le domaine environnemental et la flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance. Les prêts souples de la Banque européenne d'investissement (BEI) pour l'écoinnovation dans le domaine de l'automobile constituent toutefois un motif d'inquiétude, au moment où
« les constructeurs automobiles exercent une forte pression pour assouplir les amendes pour non-conformité aux normes ». Et d'appeler l'UE à « faire attention à ne pas offrir la carotte tout en laissant tomber le bâton ».
Du côté des partenaires sociaux, la satisfaction prévaut même si certains doutes subsistent. BusinessEurope, qui se demande si le plan sera suffisant, souhaite des actions urgentes pour s'assurer que les entreprises ont accès aux financements à des conditions acceptables et une nouvelle augmentation du plafond du mécanisme de soutien financier aux États membres n'appartenant pas à la zone euro au-delà des 25 milliards d'euros convenus. Pour les représentants des artisans et des PME en Europe (UEAPME), le plan mérite la pleine coopération des États membres et son rejet serait une très mauvaise nouvelle. L'UEAPME se félicite des propositions pour assurer l'accès des PME aux financements, accélérer la réduction des taux de TVA pour les services à forte intensité de main-d'œuvre et réduire les charges pour les faibles revenus. L'organisation déplore les carences des actions relatives à l'emploi, s'inquiétant notamment des conséquences pour les fournisseurs et les sous-traitants. La Confédération européenne des syndicats (CES) salue l'approche de la Commission en faveur de la demande. Plaidant pour une mise en œuvre rapide et équilibrée du plan, la CES appelle à la tenue d'un Sommet social tripartite exceptionnel avant le Conseil européen.
Le plan de relance contient de bonnes nouvelles pour les PME de la construction (taux réduits de TVA), se réjouissent aussi les représentants du secteur (European Builders Confederation - EBC). Même son de cloche pour l'association européenne des opérateurs historiques des télécoms (ETNO), qui salue l'inclusion de la large bande parmi les priorités du plan. La Fédération européenne pour le transport et l'environnement (T&E), organisation environnementale faisant campagne pour un transport durable, regrette en revanche que la Commission propose de distribuer de l'argent public à l'industrie automobile par le biais de la BEI. Et ce alors que, dans le même temps, les lobbies cherchent à affaiblir et reporter l'entrée en vigueur des nouvelles normes d'efficacité sur les carburants des voitures neuves. La Commission n'a surtout pas dit comment elle va forcer les constructeurs automobiles à utiliser cet argent pour devenir plus « vert », déplore T&E, qui appelle les dirigeants européens à rejeter ce plan. (A.B)