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Bulletin Quotidien Europe N° 9792
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

À propos de quatre batailles journalistiques pour l'Europe

J'ai prononcé le discours de clôture de la Conférence mondiale Jean Monnet qui a réuni, les 24 et 25 novembre, les professeurs d'Universités des « Chaires Jean Monnet » dans l'Union et dans les pays tiers. Voici le texte prononcé:

« N'étant pas professeur mais simple journaliste, je saisis cette occasion pour faire état de ma modeste expérience universitaire, et des enseignements que j'en ai tirés. Le Collège européen de Parme (Italie) a créé un master pour des jeunes qui, après avoir obtenu leur diplôme universitaire, estiment utile d'y ajouter une année supplémentaires d'études visant à mieux connaître et comprendre ce qu'est l'UE et comment elle fonctionne. J'ai écarté l'hypothèse de donner un cours spécialisé, car je n'en ai ni la capacité ni les connaissances. J'ai préféré parler de «quelques batailles journalistiques pour l'Europe», conduites au cours des années dans le cadre de mon activité professionnelle. Ma première constatation dans cet exercice avait été déroutante: les jeunes universitaires ignoraient largement la signification de la construction européenne. Ils en savaient plus que moi sur de nombreux détails techniques et juridiques, mais la plupart ne connaissaient pas ce qui avait été à la base de la création des trois Communautés successives, CECA, CEE et Euratom.

L'acier était le nerf de la guerre. La première, celle du charbon et de l'acier, était vue comme une entreprise purement économique au service de l'industrie sidérurgique. Les étudiants n'étaient pas responsables de cette incompréhension ; la génération précédente, qui avait fait suite à celle des pères fondateurs, avait perdu en grande partie la sensation des origines et des buts véritables de la CECA. C'est pourquoi la première des quatre « batailles » qui constituent toujours mon cours était « la revendication des objectifs hautement politiques de la construction européenne dès le départ ». La CECA était une création politique ayant pour but la réconciliation entre les peuples qui s'étaient affrontés dans des guerres sans fin (une tous les vingt ans, avait calculé Jacques Delors). La CECA était née contre la volonté de la plupart des industriels et du monde de la finance. La gestion de l'acier, qui représentait à l'époque le nerf de la guerre, était soustraite par la CECA aux autorités nationales et confiée à une Haute Autorité supranationale où tous les pays étaient représentés.

La Déclaration de Laeken, qui relancera quelques décennies plus tard la construction européenne, définissait encore la CECA comme « une simple coopération économique et technique », alors qu'elle signifiait la réconciliation entre les peuples qui venaient à peine de se déchirer dans une guerre affreuse, leur réconciliation définitive dans la paix et l'unité, et elle devait représenter « la première étape de la Fédération européenne ». En 2002, Max Kohnstamm, dernier survivant des protagonistes de ces journées de 1950, avait expliqué que pendant la guerre il avait «pris conscience de la fragilité de notre civilisation» et que la naissance de la CECA lui avait permis de comprendre la « possibilité de donner un sens à sa propre existence ». C'est pourquoi la réalité de la CECA représentait ma première « bataille » à faire connaître aux jeunes.

Reconnaître l'agriculture. Le sujet de la deuxième bataille est: « Rôle et signification de l'agriculture pour la civilisation européenne, contre la tendance à la considérer comme une activité en déclin ». Conduite pendant des décennies alors que des intérêts puissants tendaient à détruire l'agriculture européenne ou à la réduire à un rôle folklorique, elle affirme la signification de la souveraineté alimentaire et indique les intérêts véritables des pays pauvres, intérêts si souvent faussés par le grand commerce et par d'autres objectifs, avec par exemple la tendance de la Banque mondiale à orienter ces pays vers la « monoculture pour l'exportation ».

La troisième bataille, conduite autour de l'an 2000, concerne « les obstacles et en définitive la reconnaissance de la nécessité d'une politique industrielle européenne », bataille justifiée par la tendance des milieux économiques de certains États membres à ne maintenir en Europe que les aspects nobles de l'activité industrielle (recherche, conceptions des produits, gestion financière, stratégie commerciale), en confiant aux pays tiers à bas salaires la fabrication matérielle des produits. J'ai l'impression que cette tendance a reculé ; il est maintenant admis que l'industrie manufacturière représente la base de la prospérité européenne.

La quatrième bataille décrit la longue querelle politique, juridique et sociale autour des services d'intérêt général, d'abord méconnus et incompris et enfin reconnus comme l'un des piliers de la civilisation européenne. Mais cette bataille se poursuit, car plusieurs aspects sont toujours en discussion.

Je crois que les professeurs des Chaires Jean Monnet ne devraient pas négliger, chacun à sa manière et selon ses convictions, de rappeler à leurs étudiants la signification et les buts véritables de la construction européenne, au-delà de ses lacunes et de ses erreurs. »

(F.R.)

 

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