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Bulletin Quotidien Europe N° 9787
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE prépare sa réponse à la crise économique - Convergences et divergences

Au PE, accord sur les principes, divergences sur les actions. Le débat du Parlement européen sur les résultats du Sommet du G 20 a porté davantage sur la relance de l'activité économique que sur la crise financière en elle-même (voir l'ample compte-rendu des débats de Strasbourg publié dans nos bulletins). C'est normal. Il est compréhensible que les élus européens se préoccupent de la croissance, du pouvoir d'achat et du chômage encore davantage que du fonctionnement des marchés financiers, même si en fait le G 20 n'en discutera de façon spécifique qu'au printemps prochain. Le président du Conseil et le président de la Commission ont tenu compte de cet aspect en répondant aux parlementaires. Jean-Pierre Jouyet a mis l'accent sur l'utilisation des instruments communautaires (marge de manœuvre dans l'application des règles de concurrence, mobilisation maximale de la BEI, etc.) et José Manuel Barroso a annoncé des propositions spécifiques de la Commission pour la semaine prochaine. Mais, pour l'essentiel, les plans de relance restent nationaux. Le ministre français a appelé à leur coordination (plans nationaux et initiatives communautaires doivent être étroitement coordonnés, afin de maximiser leurs effets économiques), et le président de la Commission a souligné que les économies des États membres sont désormais trop interdépendantes pour qu'un État membre, quel qu'il soit, soit en mesure de sortir de la crise par des mesures unilatérales.

De l'automobile à la taxe Tobin. Sur le plan des principes, les groupes politiques partagent l'opinion selon laquelle l'UE jouera un rôle si elle reste unie, a affirmé Martin Schulz ; le salut sera collectif ou ne sera pas, a précisé Graham Watson. Mais dès qu'on parle de mesures opérationnelles, les orientations divergent. Le soutien à l'industrie automobile est controversé: M. Barroso l'estime nécessaire et le PE y a consacré un débat spécifique, dont il faut retenir la déclaration de M. Jouyet au nom de la Présidence du Conseil et les clarifications du vice-président de la Commission, Günter Verheugen (voir notre bulletin d'hier). Certains socialistes demandent même un véritable « plan européen » pour soutenir ce secteur. Selon Pierre Pribetich, ce plan devrait comporter une « réponse coordonnée rapide et efficace des États membres et de l'UE, une politique industrielle solidaire et structurée », car, à son avis, « l'heure est à la régulation et à l'action publique ». Un tel retour au dirigisme ne peut évidemment pas plaire à tout le monde. Dans d'autres domaines, un parlementaire a ressorti la «taxe Tobin» sur les transactions financières. D'autres réclament une réforme du Pacte de stabilité, alors que plusieurs partagent l'opinion du président du Groupe de l'euro, Jean-Claude Juncker, selon lequel ce Pacte est assez souple pour tenir compte des aléas conjoncturels et des situations nationales… à la condition que les règles essentielles en matière de déficits budgétaires soient respectées.

Vers un Conseil européen passionnant mais difficile. Le petit survol qui précède est évidemment loin d'être exhaustif, mais il est suffisant pour donner une idée de l'ampleur du débat qui se prépare, à commencer par les propositions que la Commission européenne annonce pour la semaine prochaine. Le débat que le Conseil européen consacrera en décembre à la crise économique sera en même temps passionnant et difficile.

Les francs-tireurs. Le tour d'horizon ne serait pas complet sans citer ceux que j'appellerai les non-conformistes, les francs-tireurs, qui contestent le principe même de la croissance et qui considèrent que le vrai problème est démographique: les batailles contre le réchauffement climatique et pour la protection de la nature n'obtiendront aucun résultat si l'humanité n'arrête pas son expansion. Des personnalités comme l'ancien parlementaire européen Giorgio Ruffolo affirment que la croissance économique illimitée est insoutenable.

Selon d'autres commentateurs, la stagnation ou même une certaine récession ne sont pas un désastre, au contraire. Est-ce que tout allait vraiment tellement mal, il y a deux ou trois ans ? Revenir au même niveau de PIB n'aurait, à leurs yeux, rien de dramatique, si, en même temps, d'autres progrès interviennent, comme le respect de la nature, la fin des conflits et des destructions qui en résultent, la fin des déviations qui sont, enfin, corrigées ou du moins condamnées, que ce soit dans le monde financier (dont la contribution à la croissance était artificielle et en bonne partie inexistante, voire même négative), ou dans la production des biens et dans le commerce (perturbés et empoisonnés, l'un et l'autre, de mille manières).

L'arrêt de la croissance, un bien pour la terre et pour l'humanité ? Il serait excessif de prendre à la lettre ces thèses que j'ai à peine esquissées ; considérons-les comme une contribution au débat, sans oublier qu'au moins pour l'aspect « révision radicale du fonctionnement des marchés financiers » tout le monde est désormais d'accord: le système qui sortira de la crise sera meilleur que celui qui y a plongé le monde.

(F.R.)

 

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