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Bulletin Quotidien Europe N° 9767
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Trois aspects prioritaires pour l'UE dans ses négociations avec la Russie sur la coopération énergétique

Souligner l'importance mondiale de la reprise prochaine des négociations entre l'UE et la Russie, c'est presque une banalité. Le poids des deux négociateurs est tel que le nouveau partenariat à définir aura logiquement des répercussions politiques, économiques et culturelles internationales, ainsi qu'une influence de premier plan sur l'équilibre énergétique mondial, donc sur le climat et sur la sauvegarde de la nature.

Les pays membres qui ont compris. La condition prioritaire est que les États membres et les institutions communautaires parlent d'une seule voix au sujet de l'énergie (voir cette rubrique d'hier). Or, de ce point de vue, la situation s'améliore. Les pays de l'UE géographiquement proches de la Russie comprennent de mieux en mieux que leurs intérêts spécifiques ne sont valablement défendus que dans le cadre européen. Quelques prises de position excessives et inefficaces, en Pologne et dans l'un ou l'autre des pays baltes, appartiennent au passé. La semaine dernière, les premiers ministres de Pologne, Suède, Finlande, Estonie, Lettonie et Lituanie sont convenus avec le président de la Commission européenne d'établir un plan d'interconnexion énergétique entre les riverains de la mer Baltique, couvrant les infrastructures essentielles: réseaux d'approvisionnement et leur diversification, capacité de production d'électricité, réseaux électriques. Les détails seront négociés l'année prochaine et l'ensemble sera opérationnel en 2010 (voir notre bulletin n° 9763). Pour la Pologne et les pays baltes, le souci prioritaire est de ne pas dépendre exclusivement de la Russie pour leur approvisionnement en énergie ; selon le premier ministre lituanien, grâce au plan cité, l'UE est désormais responsable des objectifs du plan baltique. Le jour suivant, la solidarité énergétique entre les États membres en général a été affirmée dans les conclusions du Conseil européen, et concrétisée par la création d'un mécanisme de crise pour faire face à des ruptures éventuelles d'approvisionnement (sources principales des soucis à Varsovie et ailleurs). Les pays de la Mer Baltique savent que leur sécurité énergétique est liée à l'UE ; seuls face à la Russie, leur poids serait négligeable et ils seraient soumis à tous les chantages.

Le premier obstacle à l'action unifiée de l'UE paraît ainsi surmonté. Si parmi, les «grands» États membres, l'un ou l'autre ressent encore, éventuellement, la tentation de faire cavalier seul, la naissance progressive d'un véritable marché unique de l'énergie devrait le convaincre que c'est impossible.

Autonomie par rapport aux Américains. Le deuxième aspect politique important et sensible est celui de l'autonomie de l'UE face aux États-Unis. Dans cette rubrique du 29 août dernier, j'avais écrit que pour l'énergie, « c'est d'une véritable liberté de mouvement par rapport aux Américains que l'Europe aurait besoin » (je m'excuse de cette autocitation). L'Europe a ensuite eu raison aussi bien dans son initiative visant à mettre fin au conflit armé en Géorgie qu'à propos de la réponse d'urgence à la crise financière (méthode d'intervention des États, nécessité d'un nouveau Bretton Woods) ; pourquoi ne l'aurait-elle pas aussi à propos de la coopération énergétique avec la Russie ? Elle ne doit pas se laisser conditionner par les humeurs d'une administration américaine qui vit ses dernières semaines.

Réciprocité et transparence. J'ai rappelé hier l'aspect le plus controversé et « politisé » des relations énergétiques euro-russes: l'activité de Gazprom à l'intérieur du marché européen. Déjà en septembre 2007, José Manuel Barroso avait expliqué pourquoi la Commission proposait que les entreprises énergétiques des pays tiers qui seront actives dans l'UE soient soumises aux mêmes règles et conditions que les entreprises européennes en matière de séparation entre l'activité de production et l'activité de distribution. Le ministre russe de l'Énergie et M. Poutine lui-même avaient critiqué cette attitude européenne. Mais quelques mois plus tard, le 2 avril dernier, le Parlement russe adoptait la loi restrictive sur les investissements étrangers dans 42 secteurs considérés comme stratégiques, prévoyant un mécanisme d'autorisation et des seuils pour les prises de participation. L'UE pourrait partiellement s'inspirer des mêmes principes pour son partenariat avec la Russie ; c'est un domaine dans lequel la réciprocité et la transparence s'imposent.

Un détail géographique pour conclure: le Conseil européen a inséré l'Afrique parmi les fournisseurs énergétiques futurs de premier plan pour l'UE. Pour le moment, les conditions politiques et techniques indispensables pour une véritable coopération sont loin d'être remplies ; mais l'objectif a été politiquement retenu. C'est normal, car la diversification s'impose ; coopérer largement et dans la clarté avec la Russie, c'est positif ; devenir totalement dépendants de la Russie, le serait moins.

(F.R.)

 

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