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Bulletin Quotidien Europe N° 9704
Sommaire Publication complète Par article 43 / 44
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 787

*** LAURA C. FERREIRA-PEREIRA: Inside the Fence but Outside the Walls. The Military Non-Allied States in the Security Architecture of Post-Cold War Europe. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746, CH-3000 Berne 9. Tél.: (41-32) 3761717 - fac: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2007, 343 p., 67,60 €. ISBN 978-3-03910-940-1.

Cet ouvrage est impressionnant. Pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il est le premier à éclairer de manière à la fois scientifique et exhaustive les dynamiques qui ont permis aux pays européens non-alignés de l'ancienne "guerre froide" de s'associer au processus européen, y compris dans ses dimensions de politique étrangère et de sécurité telles qu'ébauchées par le Traité de Maastricht et sans cesse renforcées depuis, jusqu'à l'acceptation d'une Politique européenne de sécurité et de défense. Il l'est également par la qualité du travail de recherche qui a été mené par son auteur. Aujourd'hui professeur assistant en Science politique et en Histoire internationale à l'Université portugaise de Minho (dont elle est diplômée, ainsi que de l'Université du Kent à Canterbury), Laura Ferreira-Pereira a ainsi rencontré une centaine de personnalités autrichiennes, finlandaises et suédoises, émanant des milieux gouvernementaux, parlementaires, diplomatiques, militaires, scientifiques et médiatiques. A Bruxelles, elle a aussi multiplié les contacts avec les Représentations permanentes concernées auprès de l'Union et de l'Otan, ainsi qu'avec, bien entendu, les institutions européennes. A ces sources directes, elle a encore ajouté l'étude de multiples sources documentaires. Un véritable travail de fourmi qui lui permet, au final, de présenter une étude de référence et, même, faisant autorité.

Pour les non-spécialistes, le premier mérite de ce travail réside dans le fait qu'il leur permettra de se réapproprier une partie de l'histoire géopolitique du continent et, plus encore, de saisir de manière précise le concept de "neutralité" et ses déclinaisons pratiques différentes à travers les décennies. "Alors que la neutralité est statique d'un point de vue juridique, elle est dynamique en termes politiques et militaires", relève d'emblée Laura Ferreira-Pereira en précisant qu'elle peut à la fois recouvrir une dimension "militaire" (refus d'un pays de s'engager dans un conflit et, par conséquent, de participer à une quelconque alliance visant à assurer une défense collective) et une dimension "politique", sort qui fut réservé à l'Autriche et à la Finlande après l'avènement des blocs en vertu du "droit de regard" que s'était auto-octroyé Moscou. Après la chute du "rideau de fer", si ces deux pays et la Suède posèrent le geste de demander - et d'obtenir en 2005 - leur adhésion à l'Union européenne, c'est parce que l'Irlande avait, bien auparavant, frayé le chemin et que ces trois pays ont décidé de limiter leur attachement à la neutralité à sa pleine mais seule dimension militaire, en clair au refus de s'impliquer dans des guerres ou de participer à des alliances militaires. En somme, observe l'auteur, "ils sont passés d'une logique historique d'exclusion à une logique d'inclusion", sans pour autant renier leur "neutralité militaire": l'Union ne prévoit pas de mécanisme de défense collective - certains le regrettent - et ils ne sont toujours pas membres de l'Otan même s'ils acceptent de collaborer avec cette Organisation dans le cadre du Partenariat pour la paix, tout comme ils ont le statut d'observateurs à l'Union de l'Europe occidentale.

Comment l'Autriche, la Finlande et la Suède ont-ils pu en arriver à contribuer à l'émergence de la Politique étrangère et de sécurité commune, c'est-à-dire à accepter de se retrouver "sur le terrain d'escrime" commun, sans compromettre leur volonté de rester à l'extérieur des murailles ? Pourquoi ces pays ont-ils tant tenu à participer à l'élaboration d'arrangements de sécurité à l'échelle européenne tout en ne se déjugeant pas sur le principe même de la neutralité militaire ? Pourquoi l'Union était-elle de nature à leur donner, sur ce plan, leurs apaisements ? C'est à ces questions - et à beaucoup d'autres encore - que l'auteur apporte des réponses denses et éclairantes. A la dernière question, la réponse serait, selon un de ses collègues de Cambridge qui signe l'avant-propos, que l'Union a su faire preuve, en la matière, de flexibilité, ayant apporté la preuve qu'elle pouvait "concilier des préoccupations diverses là où il y a volonté d'unité". Est-ce là, dès lors, un modèle à suivre ? Oui, pour autant que tout le monde ait la même compréhension de "volonté d'unité".

Pierre Bouvier

*** PETER SCHMIDT (sous la dir. de): A Hybrid Relationship. Transatlantic Security Cooperation beyond NATO. Editions Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Internationale Sicherheit", n° 7. 2008, 336 p., 51,60 €. ISBN 978-3-631-57236-8.

Prolongement de séminaires organisés à Berlin (Stiftung Wissenschaft und Politik) et à Washington (Center for Strategic and International Studies) grâce au soutien du German Marshall Fund of the United States, cet ouvrage étudie l'état et les perspectives des relations transatlantiques en matière de sécurité. Avec comme point de départ le constat, vérifié au fil des pages, que "la liaison transatlantique est devenue une relation hybride", ainsi que le résume le Pr. Peter Schmidt (Université de Mannheim) dès l'introduction. Cette situation à des causes de part et d'autre de l'Atlantique: du côté européen, absence d'un négociateur "fort et unique", en capacité de maîtriser l'ensemble des paramètres de la sécurité ; pour sa part, Washington "alterne entre un soutien à une forte entité européenne et une inclinaison à se concentrer sur des relations entre les États-Unis et les États individuels, par-dessus tout dans le cadre de l'Otan". Mais voilà, résume encore le Pr. Schmidt, l'Otan "n'est plus capable de servir en tant qu'interlocuteur stratégique incontournable". La preuve, le lecteur la trouve, au fil des pages, dans l'analyse des initiatives diverses qui échappent en tout ou en partie à cette organisation, des arrangements "Berlin-plus" qu'elle a noués avec l'Union pour la Bosnie et du soutien qu'elles apportent à l'Union africaine pour le Darfour à la mission du "Quartette" (États-Unis, Nations unies, Russie et Union) au Proche-Orient, en passant par l'action de "l'UE-3" (Berlin, Londres et Paris) entre l'Iran et Washington. Dans ce contexte, les auteurs avancent qu'il n'existe pas, à l'heure actuelle, de "maître-plan" qui soit actuellement suivi par les décideurs politiques pour donner aux relations transatlantiques une "structure nouvelle et stable", mais que des possibilités de continuer à vivre ensemble pourraient fort bien découler d'approches pragmatiques.

(MT)

*** Vu d'Europe. Europe's World (Bibliothèque Solvay, Parc Léopold, 137 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Tél.: (32-2) 7387592 - fax: 7391592 - Courriel: subscriptions@europesworld.org - Internet: http://www.europesworld.org ). 2008, n° 9, 218 p., 12 €. Abonnement: 30 €.

Lancée en anglais, sous le titre "Europe's World", voici trois ans par Giles Merritt et notamment soutenue par l'association "Amis de l'Europe" que préside le vicomte Etienne Davignon, cette publication doit sa version française à la complicité agissante de la Fondation Robert Schuman. Elle s'affirme comme un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui s'intéressent à l'évolution du monde et, plus encore, à celle de l'Union européenne. Le dernier numéro propose ainsi une nouvelle sous-section consacrée aux questions de sécurité et de défense, le secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, et le général Henri Bentégeat, président du Comité militaire de l'Union, y examinant les faiblesses de la défense européenne en termes de capacités et d'engagements. Une autre nouvelle sous-section s'intéresse, elle, au développement durable. Dans la rubrique "International", le Pr. David P. Calleo, directeur des Études européennes à la Nitze School of Advanced International Studies de l'Université Johns Hopkins de Washington, explique pourquoi l'Union et les États-Unis "ne partagent plus les mêmes intérêts géopolitiques", tandis que Simon Serfaty (qui est notamment titulaire de la Chaire Zbigniew Brzezinski en sécurité globale et en géopolitique au Centre d'études stratégiques et internationales de Washington DC), plaide pour que les Européens prennent des initiatives en vue de définir une nouvelle stratégie de sécurité euro-atlantique. D'autres contributions portent sur la crise économique et financière, sur les fonds souverains et sur la Russie, Gazprom notamment. Dans la rubrique "Europe", notons que Jean-Pierre Jouyet présente les perspectives de la Présidence française, le "moteur franco-allemand" à remettre "en marche", les relations entre l'Union et la Méditerranée, les Balkans étant quelques autres sujets abordés, tandis que l'ancien Premier ministre belge délivre sa "vision d'une nouvelle Europe".

(MT)

*** ERIC REMACLE, VALERIE ROSOUX, LEON SAUR (sous la dir.): L'Afrique des Grands Lacs. Des conflits à la paix ? Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, 1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Géopolitique et résolution des conflits", n° 6. 2007, 289 p., 36,90 €. ISBN 978-90-5201-351-0.

Le génocide de 1994 a inscrit le Rwanda dans la mémoire universelle. Le Congo a le triste privilège d'avoir été le théâtre de la première guerre continentale africaine. Le Burundi a subi une guerre civile qui, longue de plus de dix ans, a coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de personnes. Comment en est-on arrivé là ? Quelle est la situation aujourd'hui ? Et quelles pistes envisager pour résoudre les tensions et conflits dans la région des Grands Lacs ? Telles sont les questions auxquelles des chercheurs belges francophones et africains apportent des réponses dans cet ouvrage, suite à un colloque organisé par le Centre d'études des crises et conflits internationaux de l'Université catholique de Louvain, le Centre de recherche en science politique des Facultés Saint-Louis de Bruxelles et le Pôle Bernheim d'études sur la paix et la citoyenneté de l'Université libre de Bruxelles. La première partie du livre cerne les principales caractéristiques du contexte politique ayant mené à une crise sans précédent dans chacun des trois pays concernés. La deuxième s'intéresse aux principaux défis qu'il importe de relever. Enfin, dans la troisième partie, les auteurs s'interrogent sur le rôle d'acteurs tels que les ONG internationales, les universités et l'Union européenne, celle-ci étant envisagée à la lumière de son action en matière de résolution des conflits (Tanguy de Wilde d'Estmael), de sa coopération "au service de la paix" dans la région concernée (Félix Nkundabagenzi) et du cas spécifique du Congo, "laboratoire des actions militaires et de police européennes" (Eric Remacle et Marta Martinelli).

(PBo)

*** FRANCESCO GARIBALDO, PHILIPPE MORVANNOU, JOCHEN THOLEN (sous la dir. de): Is China a Risk or an Opportunity for Europe? An Assessment of the Automobile, Steel, and Shipbuilding Sectors. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Labour, Education & Society", n° 11. 2008, 123 p., 27,70 €. ISBN 978-3-631-57474-4.

Désormais incontournable sur la scène économique internationale, la Chine, par certains aspects, fait peur. A tort ou à raison ? Prenant pour exemples les secteurs automobile, métallurgique et de la construction navale (secteurs dans lesquels la Chine est devenue la référence mondiale), les auteurs de ce livre s'emploient à "apporter une compréhension commune du futur économique de la Chine et de ses conséquences pour l'Europe". A ce sujet, l'ouvrage ne laisse pas de place au doute: "Une nouvelle division internationale du travail est en train de se produire sous nos yeux, et celle-ci joue un rôle dans l'affaiblissement des industries européennes sur le long terme"… Le moral n'est donc pas au beau fixe: l'Europe fait face à une compétition déloyale, la Stratégie de Lisbonne a encore à faire ses preuves et les auteurs déplorent un manque de cohérence de la politique industrielle européenne. Partant, ils se donnent un double objectif: d'une part, "décrire et évaluer l'importance des facteurs permettant à l'industrie chinoise d'être globalement compétitive"; d'autre part, réfléchir à la manière de rendre les industries métallurgiques chinoises compatibles avec les règles internationales en matière de développement durable et de responsabilité sociale. Un ouvrage très complet, qui ouvre des pistes intéressantes.

(TBa)

*** PHILIPPE MOREAU DEFARGES: La Géopolitique pour les nuls. Editions First (2 ter rue des Chantiers, F-75005 Paris. Tél. (33-1) 45496000 - fax: 45496001 - Courriel: firstinfo@efirst.com - Internet: http://www.efirst.com ). 2008, 112 p., 10 €. ISBN 2-7246-0980-8.

Avec Philippe Moreau Defarges, la vulgarisation se fait art ! Grand art, même. Les fidèles de la Bibliothèque européenne le savent, cet auteur prolifique cultive la clarté. Il s'en explique à l'entame de cet ouvrage puisqu'il remercie les auteurs et professeurs qui l'ont aidé "à cerner cet impératif de clarté" et à considérer que "la vulgarisation est l'une des tâches les plus nobles et les plus passionnantes qui soient pour une tête d'œuf". Ce ministre plénipotentiaire qui enseigne à Sciences-Po et est l'un des chercheurs phares de l'Institut français des relations internationales est donc un énarque pour le moins atypique qui s'emploie avec constance à mettre sa science et ses connaissances à la portée du plus grand nombre. Sous cet angle, ce nouvel ouvrage s'avère un modèle du genre, la collection des "pour les nuls", avec sa mise en page aérée et dynamique, ses encadrés qui précisent l'un ou l'autre point avec légèreté mais non sans pertinence, ayant poussé l'auteur à se surpasser. Le livre comporte six parties, annexes incluses. La première examine les fondements de la géopolitique et précise le moment de sa naissance, ce qu'elle recouvre… La deuxième partie s'interroge ensuite sur ce qui est au cœur de la géopolitique, à savoir la guerre et la paix, avant que l'auteur passe en revue les grandes régions du monde - l'Europe, "laboratoire de la paix", le Moyen-Orient, "poudrière de la planète", l'Asie, "arène de colosses", l'Afrique, "continent à la dérive" et, enfin, "île était une fois l'Amérique" - et les problèmes qui se dégagent de chacune d'elles. La quatrième partie envisage la Terre comme une totalité, l'auteur étudiant les chantiers de la mondialisation. L'ouvrage se conclut par la traditionnelle "partie des dix", étant enrichi par des annexes qui offrent notamment un glossaire et une synthèse des données démographiques, géographiques et économiques pour chaque pays. Brillant !

(MT)

*** Politica Exterior. Estudios de Politica Exterior SA (49 Núñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34-91) 4312628 - fax: 5777252 - Courriel: suscripciones@politicaexterior.com - Internet: htpp//http://www.politicaexterior.com ). 2008, n° 123, 191 p., 12,50 €. Abonnement: 106 €.

Toujours très riche en éclairages, cette revue en langue espagnole présente notamment, dans ce numéro, une contribution consacrée à "l'Otan et la défense européenne". La manière de traiter avec la Chine, la sécurité spatiale cinquante ans après le lancement de Spoutnik et les relations avec différents pays d'Amérique latine sont d'autres sujets abordés. (PBo)

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