Bruxelles, 15/07/2008 (Agence Europe) - Les préoccupations internationales croissantes sur la durabilité des biocarburants augmentent la pression sur l'objectif communautaire d'une part de 10% de biocarburants dans la consommation de carburants dans le secteur des transports de l'UE d'ici 2020, prévu dans le projet de directive « renouvelables ». Réunis le 8 juillet dernier à Toyako, les dirigeants du G8 ont tenté, face à la crise alimentaire mondiale et l'envolée des prix des matières premières agricoles, de dégager un consensus sur les biocarburants. Pour « garantir la compatibilité des politiques relatives à la production et à l'utilisation durable des biocarburants avec la sécurité alimentaire, et accélérer le développement et la commercialisation de biocarburants de 2ème génération produits à partir de plantes non alimentaires ou de biomasse non comestible », ils se sont engagés à œuvrer, ensemble comme avec d'autres partenaires, à « développer des critères et des indicateurs scientifiques » pour leur production et leur utilisation. Une semaine auparavant, le Fonds monétaire international (FMI) recommandait une révision des subventions accordées aux biocarburants, surtout dans les pays développés, compte tenu que les biocarburants de 1ère génération « ne constituent pas une alternative écologique compétitive en termes de prix aux carburants tirés d'hydrocarbures ». « Des politiques de biocarburants moins ambitieuses et plus favorables au commerce permettraient aussi de faire baisser la pression sur les prix alimentaires en réduisant la concurrence pour les terres et les ressources agricoles », ajoute le FMI, dans son rapport d'évaluation de l'impact macroéconomique des prix élevés du pétrole et des denrées alimentaires. Un mois plus tôt, l'OCDE recommandait une réduction drastique des programmes de subvention aux biocarburants pour enrayer la hausse des prix des matières premières agricoles.
Ces préoccupations et mises en garde au niveau international se reflètent dans les inquiétudes croissantes affichées au plan communautaire. Comme pour maquiller un souhait partagé de faire machine arrière sur un objectif pourtant convenu par le Conseil européen de mars 2007, les ministres de l'Énergie de l'UE, réunis en session informelle début juillet, ont assuré, par la voix de leur président, le Français Jean-Louis Borloo, avoir « découvert » qu'aucun objectif contraignant sur le développement des biocarburants ne figurait dans le plan de lutte contre le réchauffement climatique proposé par la Commission européenne en janvier dernier, mais qu'il est prévu de parvenir à 10% d'énergies renouvelables dans les transports de l'UE d'ici 2020 (EUROPE n° 9698). La Commission a aussitôt réagi en précisant avoir traduit l'objectif de 10% par 10% de biocarburants parce qu'ils sont « la solution réaliste » pour remplacer le pétrole. Elle a néanmoins assuré laisser la porte ouverte aux autres sources d'énergie, comme l'hydrogène et l'électricité, pourvu qu'elles soient renouvelables, tout en la fermant à l'électricité d'origine nucléaire. Trois jours plus tard, la commission Environnement du Parlement européen réclamait, dans un avis sur la proposition de directive « renouvelables » adopté lundi 7 juillet (EUROPE n° 9703), une révision de l'objectif de 10% qu'elle propose de remplacer par un objectif d'énergies renouvelables compris dans une fourchette de 8 à 10%, 8% étant à ses yeux un objectif plus réaliste. (E.H.)