Paris, 14/07/2008 (Agence Europe) - « C'était extraordinaire de réunir tout le monde », s'est réjoui Nicolas Sarkozy, dimanche 13 juillet, à l'issue du sommet de Paris qui venait de réunir une quarantaine de chefs d'État ou de gouvernement d'Europe et du pourtour méditerranéen, avec des exceptions comme le roi du Maroc, représenté par son frère, le guide libyen, le Premier ministre belge et le Premier ministre tchèque. Rappelant les six projets autour desquels l'Union pour la Méditerranée (UpM) devrait désormais se construire, le président français a parlé d'un « pari extraordinaire réussi ». Un sommet aura lieu tous les deux ans et une conférence ministérielle sera convoquée une fois par an. C'est ainsi que le président Sarkozy, triomphant, a présenté la fin des travaux du « Sommet de Paris pour la Méditerranée ». Le chef de l'État français a également rendu un hommage appuyé au président de la Commission européenne, pour sa « confiance », mais aussi à son « amie décisive », la chancelière allemande Angela Merkel, ainsi qu'au Premier ministre espagnol José Luis Zapatero, qui a accepté de voir évoluer le processus de Barcelone.
Concernant la localisation du secrétariat général de l'UPM, si quatre villes sont pour l'instant candidates (Malte, Barcelone, Tunis et Rabat), la question devrait être tranchée en novembre, à la réunion EuroMed des ministres des Affaires étrangères, les 3 et 4 novembre à Marseille. L'Élysée a précisé que le secrétariat devrait être constitué de vingt à trente personnes, dont les modalités de nomination ne sont pas encore arrêtées. « D'ici là, nous allons travailler sur les financements », a dit M. Sarkozy, avant de préciser que la Banque européenne d'investissement (BEI) pourrait être un bailleur de fonds éventuel pour les projets envisagés dans le cadre de l'UpM. « Je ne pense pas que ce soit l'argent qui nous manque », a ajouté Nicolas Sarkozy sur ce point. Un conseiller du président a même indiqué dans les coulisses qu'il avait toujours considéré que l'on pourrait se passer des fonds du budget communautaire.
« Ce qui est nécessaire, plus que le financement, c'est la confiance », a renchéri Hosni Moubarak, coprésident de l'UpM. Le président égyptien s'est également félicité de l'issue du sommet: « Nous avons pu faire des pas de géant. De nouvelles pages de cette coopération s'ouvriront dans le futur », a-t-il précisé.
« Au nom de la Commission européenne, je crois en l'avenir de cette coopération », a déclaré José Manuel Barroso. « Il y a beaucoup de gens qui disent qu'Arabes et Israéliens ne seront jamais d'accord. Mais moi je dis que c'est possible! Parce qu'ici en Europe, nous avons eu peut-être la pire guerre de toute l'humanité. Précisément, après, nous avons été capables de bâtir un projet de réconciliation, de progrès économique et social. C'est pour ça que je crois qu'il y aura un jour cette paix pour la région. Et je crois aussi que la voie, c'est de créer plus d'interdépendance économique pour que la guerre soit un jour improbable, voire impossible. Le fait qu'on travaille ensemble est un pas de plus vers la paix », a aussi déclaré le président de la Commission à un petit groupe de journalistes un peu plus tôt dans l'après-midi.
Interrogé sur l'espérance de vie du processus de Barcelone, expression que les représentants français ont soigneusement contournée tout au long de la journée, n'utilisant que celle d'Union pour la Méditerranée, le ministre espagnol des Affaires étrangères a déclaré à EUROPE: « Quand le processus sera mûr, il aboutira à une union ». La Commission devrait conserver un rôle, mais beaucoup dépendra du secrétariat à Barcelone, a ajouté Miguel Angel Moratinos en se disant confiant sur le choix de cette installation.
La chancelière allemande Angela Merkel se félicite de la nouvelle dynamique insufflée au processus de Barcelone. En ce sens, elle a dit aux journalistes que le sommet de Paris était « un très bon début ».
Interrogé par la presse en marge du sommet, Hans-Gert Pöttering a déclaré: « Je pense que c'est un grand succès parce que tous les leaders sont là, excepté un. Tout le monde est là dans les 27, ainsi que les institutions européennes. Mais maintenant, le vrai travail commence. Nous avons maintenant à développer des projets concrets. Bien sûr, il y aura de l'argent qui viendra de fonds privés, et de l'argent des gouvernements mais aussi de l'argent européen, c'est-à-dire de l'argent qui vient du budget de l'UE. Et là, le Parlement européen a une grande responsabilité dans ce domaine avec le Conseil ». Interrogé sur l'attitude des dirigeants arabes lors du discours d'Ehoud Olmert pendant le sommet, M. Moubarak a confirmé que Mahmoud Abbas n'était pas présent dans la salle de négociations lors du discours du Premier ministre israélien. Il a néanmoins minimisé la portée de cette absence, tout comme Nicolas Sarkozy pour qui l'essentiel est qu'il n'y ait eu aucun « incident notable ».
Tout reste à faire, ou presque
La déclaration finale (dont le texte intégral est annexé à ce bulletin) renvoie l'essentiel des décisions à la réunion ministérielle - déjà programmée dans le cadre du processus de Barcelone - en novembre prochain. Parmi les principaux acquis, il y a la désignation d'une coprésidence. Celle du groupe des pays partenaires est clairement établie et c'est le chef de l'État égyptien qui occupera cette fonction durant deux ans. Le président Sarkozy le sera pour la partie européenne mais les avis des délégations européennes sur l'interprétation de la disposition concernant la représentation européenne divergent pour l'instant. Le secrétariat, dont ni le siège, ni la composition ou le financement ne sont encore fixés, se voit garantir l'autonomie et une personnalité juridique. Les détails du mandat de la nouvelle structure institutionnelle seront arrêtés par consensus par les ministres des Affaires étrangères en novembre 2008, « sur la base de discussions approfondies et des propositions présentées par tous les partenaires ».
La Commission européenne qui avait réussi à reprendre la main avec le soutien du Conseil européen de printemps semble donc avoir été rattrapée par le projet d'origine. Celui-ci a bien évolué pour intégrer l'ensemble des pays de l'Union européenne, mais la déclaration de Paris lui confère un caractère essentiellement intergouvernemental qui risque à terme de marginaliser complètement la Commission européenne.
Lors du sommet, le caractère français du projet était souligné par l'absence de tout symbole communautaire sur le décor, les badges, les documents. Ainsi, les journalistes avaient à leur disposition une importante littérature sur l'Union pour la Méditerranée et ses projets, portant la mention « document illustratif français n'ayant aucun statut officiel ».
Une réunion d'un peu plus de trois heures
En ouvrant une réunion au sommet d'un peu plus de trois heures, le président français a déclaré: « Si nous sommes réunis ici, c'est parce que nous avons tous la conviction que le rêve européen et le rêve méditerranéen sont inséparables l'un de l'autre, qu'ils s'accompliront ensemble ou se briseront ensemble (…) Si nous sommes réunis ici, c'est parce que nous ne voulons plus seulement être des voisins, mais parce que nous voulons être des partenaires ». Après avoir rappelé comment le processus de Barcelone est né en 1995, Nicolas Sarkozy a dit que « le moment est venu (…) d'écrire ensemble notre histoire commune ». « D'immenses défis sont à relever qui ne peuvent être relevés qu'ensemble », a-t-il ajouté.
Le président égyptien désigné coprésident de l'UpM a indiqué, à la suite du président français, qu'il a accepté cette charge parce qu'il est « convaincu des objectifs et des perspectives » proposés par le projet français. Évoquant les quinze années du processus de Barcelone, il en a souligné les réussites et les échecs dus, a-t-il dit, à ceux du processus de paix au Proche-Orient. Il a souligné la difficulté éprouvée pour nouer un dialogue culturel, comme l'illustrent « les atteintes aux symboles de l'islam qui ont heurté la sensibilité des Arabes, des musulmans et des communautés émigrées ». Hosni Moubarak reconnaît cependant que le processus de Barcelone a eu plus de succès au plan économique mais n'a pu réaliser les « quatre libertés » (marchandises, capitaux, services et personnes; il fait ainsi référence au problème non résolu de la liberté de circulation des personnes). L'essentiel, à ses yeux, est qu'une étape nouvelle est abordée et elle sera fondée sur « l'égalité et le bénéfice mutuel » et axée sur le besoin d'intensifier la recherche de la paix, avec un appel direct à MM. Abbas et Olmert. Cette étape devra aussi, selon le président Moubarak, tenir compte des « réalités » au sud de la Méditerranée, aussi bien des « rythmes de réforme » que du besoin de prendre en compte l'évolution démographique. Il faut, a-t-il dit, se fonder sur la situation actuelle mais en se projetant dans l'avenir, à l'horizon 2030 ou 2050 et s'y préparer.
« Réunis ici, dans la diversité de leurs langues, mais aussi de leurs cultures et de leurs histoires singulières, nos continents et les près de 800 millions de citoyens que nous représentons voient une mer qui dessine un horizon commun: la Méditerranée », a constaté le président de la Commission en rappelant que les discussions devaient porter sur le développement économique, la sécurité alimentaire, l'eau et l'énergie, la protection de l'environnement, la protection civile et la sécurité maritime, l'éducation, la recherche, la culture et la mobilité. « Nous pouvons et nous devons faire plus et mieux dans tous ces domaines », a dit José Manuel Barroso avant de conclure: « Le processus de Barcelone - Union pour la Méditerranée va donner raison au grand historien français Fernand Braudel, pour qui (je cite) la Méditerranée est un pont, et non une frontière ».
Le président tunisien a mis l'accent sur « la place stratégique » à conférer à l'environnement. Zine El Abidine Ben Ali a plaidé en faveur de la création d'une véritable politique commune, avec une agence méditerranéenne de protection de l'écosystème et du littoral. « L'Union pour la Méditerranée est un projet qui nous donne de l'espoir », a dit le président libanais Michel Sleiman en proposant d'établir au Liban un centre méditerranéen pour la recherche scientifique. Silvio Belusconi a invité ses partenaires à trouver d'urgence une solution commune pour endiguer la hausse des prix de l'énergie. Devant la presse, le président du Conseil italien a dit qu'en l'absence d'une telle solution, il faudra rapidement relancer la construction de centrales nucléaires. Il a aussi réaffirmé son « plein soutien » à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. (L.B.S./F.B./O.J.)