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Bulletin Quotidien Europe N° 9672
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/conseil de coopÉration du golfe

Bonne entente de façade, mais de sérieux obstacles bloquent la conclusion de l'accord de libre-échange

Bruxelles, 30/05/2008 (Agence Europe) - Le Conseil conjoint de coopération entre l'UE et les pays du CCG (Conseil de coopération du Golfe, soit Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) a tenu, lundi 26 mai à Bruxelles, sa 18e session. Elle s'est terminée par l'adoption d'un communiqué conjoint qui, officiellement, souligne que la coopération se déroule dans d'excellentes conditions. La session était présidée par le ministre qatari des Affaires étrangères, Ahmad Bin Adallah, face à son collègue slovène, Dimitrij Rupel, président en exercice du Conseil et en présence du Haut Représentant pour la Pesc, Javier Solana, et de deux membres de la Commission, Peter Mandelson (Commerce) et Benita Ferrero-Waldner (Relations extérieures). Les deux parties ont examiné la mise en œuvre de l'accord de coopération de juin 1988 couvrant des actions conjointes dans les domaines de l'énergie, du changement climatique, de la recherche et développement, de l'éducation et du « dialogue économique ». Des idées sont apparues concernant une coopération monétaire, pour bénéficier de l'expérience de la monnaie commune européenne et du savoir-faire de la Banque centrale européenne (BCE). L'intention, annoncée, mais non suivie d'effet, est de faire de l'euro une monnaie de réserve en remplacement du dollar. Des rendez-vous sont pris, notamment au second semestre 2008, pour une mission de fact finding dans le domaine de la recherche, l'envoi début 2009 d'une mission d'experts européens de l'environnement, et la participation européenne au projet Masdar (Émirats arabes) dans le solaire. Officiellement, il n'a pas été question de la situation sur les marchés pétroliers et de ses répercussions sur la situation économique mondiale. Les discussions ont porté sur la situation dans la région et aucun des sujets sensibles (Palestine, Irak, Iran, Liban, Yémen, etc.) n'a été omis.

La coopération au titre de l'accord de 1988 doit être prolongée par un accord de libre-échange. Des négociations se déroulent depuis 1990. Les ministres ont, une nouvelle fois, promis que tout serait fini avant la fin 2008 ; rendez-vous est pris en juillet pour tenter de régler les derniers points en suspens. De telles annonces sont faites périodiquement, à chaque session du Conseil conjoint, depuis quatre ans. La conclusion de l'accord tarde en fait à se concrétiser. Les points de divergence ne seraient plus qu'au nombre de cinq: un, politique (droits de l'Homme) et quatre économiques et commerciaux (accès réciproque aux marchés, restrictions quantitatives, exemptions, taxes à l'exportation depuis les pays du CCG et les services postaux, maritimes et financiers). De nouvelles demandes de concessions faites par ces pays seraient venues compliquer la discussion (notamment une révision des paliers de démantèlement tarifaire). Ce sont surtout des problèmes de rédaction, observe un diplomate d'un des pays du Golfe. En réalité, le bouclage ne relèverait plus que d'une volonté politique qui paraît faire défaut à l'heure actuelle. Ces pays ont déjà signé des accords de libre-échange avec plusieurs autres pays ou ensembles économiques, pourquoi pas avec nous, se demande-t-on du côté européen ? Selon des sources concordantes, le retard ne tient pas réellement à des obstacles techniques, mais les six monarchies pétrolières paraissent mal à l'aise avec le format de coopération proposé par l'UE, notamment sur les droits de l'Homme (de fortes protestations ont été émises contre une résolution - le 24 avril - du Parlement européen et contre la demande d'inclure dans le corps de l'accord une clause prévoyant jusqu'à la suspension de celui-ci en cas de manquements graves), sur les libertés religieuses (réclamées par eux en Europe mais non admises chez eux), les libertés civiques qui sont, dans ces pays, mis à part le Bahreïn, bien en deçà des standards internationalement reconnus, et les droits des femmes. La faible volonté politique serait surtout due, estiment des observateurs, à la difficulté éprouvée par les pays du CCG d'organiser leur propre zone économique (union douanière, perspective d'une union monétaire, etc.) qui rend peu claires leurs réactions aux offres européennes. D'autres éléments décourageants sont relevés, comme l'a rappelé le Parlement: « Les entreprises de l'UE se heurtent à de sérieuses entraves commerciales dans les pays du CCG, notamment le plafond de 50 % de participation dans les entreprises locales dissuade de nombreuses entreprises de l'UE d'y investir ». Les investissements européens dans la région diminuent, tandis que les investissements du CCG dans l'UE augmentent. Le Parlement avait réclamé un renforcement du contrôle de la concurrence et des fonds souverains de ces pays.

L'union des pays du Golfe se traduit progressivement dans les faits, mais ses développements sont freinés par la forte rivalité entre les six partenaires riches de leur pétrole, rivalité aiguisée par leurs rapports avec les États-Unis (stratégiques et commerciaux) qui les séparent nettement. Washington a, contrairement à l'UE, refusé de négocier avec le CCG en bloc, mais elle l'a fait avec chacune des monarchies séparément, mettant à mal une solidarité dont tous reconnaissent qu'elle n'est que de façade. (F.B.)

 

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