Bruxelles, 16/04/2008 (Agence Europe) - La Russie s'impatiente de plus en plus face à l'incapacité de l'UE d'adopter un mandat de négociation qui permettrait à la Commission européenne d'entamer les pourparlers avec Moscou sur un nouvel accord de partenariat renforcé. « Nous n'apprécions pas que les négociations soient prises en otage par certains Etats membres qui défendent leurs propres intérêts spécifiques pour des raisons qui n'ont peu ou rien à voir avec les relations entre l'UE et la Russie », a déclaré l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, devant la presse le 15 avril.
« La Russie ne veut pas mettre pas en cause le principe de solidarité entre Etats membres » mais Moscou ne souhaite pas que ce « nouveau principe de la politique étrangère » de l'UE soit « testé » sur la Russie, a déclaré l'ambassadeur qui sera aussi le négociateur en chef russe pour le nouvel accord. Il espère que l'UE trouvera « très bientôt » une solution à ses « problèmes internes » lui permettant d'adopter le mandat lors du prochain Conseil Affaires générales/Relations extérieures, le 28 avril à Luxembourg. Le lendemain, le 29 avril, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov sera à Luxembourg pour une réunion avec la troïka ministérielle des Vingt-Sept. En cas de déblocage, les négociations sur le nouvel accord pourront démarrer lors du sommet UE/Russie, les 26 et 27 juin en Sibérie.
Le feu vert de l'UE, qui nécessite une décision unanime du Conseil, se heurte encore à des réserves de la Lituanie et de la Pologne. Les deux pays affirment que leur but n'est pas de « bloquer » l'ouverture des négociations ou de faire obstacle à l'intensification des relations avec la Russie. Cependant, ils ont des problèmes sérieux avec Moscou dans des domaines qui, à leur avis, nécessitent une réaction commune de l'UE. D'où leur appel à la solidarité des Vingt-Sept au moment de l'ouverture des négociations.
Concrètement, la Lituanie demande que le mandat de négociation de la Commission fasse explicitement référence à l'affaire « Druzhba ». Cet oléoduc, qui alimentait en pétrole brut la raffinerie Mazeikiu en Lituanie, a été fermé par Moscou en juillet 2006 pour des « raisons techniques ». La Lituanie conteste la justification « technique » donnée par les autorités russes. Pour Vilnius, il s'agit clairement d'une « mesure politique de rétorsion » prise par Moscou pour exprimer son mécontentement à propos de la reprise de la raffinerie lituanienne par une société polonaise (alors que la Russie avait également manifesté son intérêt). « La Russie utilise l'énergie comme une arme. L'Union ne peut pas tolérer ça. Nous devons tirer les leçons de l'affaire Druzhba, d'autant plus qu'après 2010 (fermeture de la dernière unité de la centrale nucléaire d'Ignalina), nous et les autres pays baltes dépendront à 100% de la Russie pour nos importations de gaz (…) Nous faisons appel à la solidarité de l'Union, parce que cette affaire concerne toute l'Union », a expliqué à EUROPE un haut diplomate lituanien. Le mandat de la Commission pour les négociations avec la Russie sur le nouvel accord devra « sérieusement prendre en compte cette problématique », affirme le diplomate, soulignant que les discussions se poursuivent avec la Présidence slovène, les Etats membres et la Commission. La Lituanie veut aussi que le mandat stipule clairement qu'au cours des négociations, l'UE soulèvera aussi la question du retrait des troupes russes du territoire de la Géorgie et de la Moldova, conformément aux engagements pris dans le cadre de l'OSCE. « La conclusion de l'accord de partenariat avec la Russie devrait sérieusement dépendre d'un règlement de cette question », explique le haut diplomate lituanien. Enfin, Vilnius voudrait aussi que l'UE évoque, au cours des négociations, « le manque de coopération judiciaire » de Moscou dans toute une série d'affaires criminelles impliquant des Etats membres. L'ambassadeur russe Vladimir Chizhov espère que l'UE ne donnera pas suite aux exigences lituaniennes qui, selon lui, restreindraient trop la marge de manœuvre de la Commission qui négociera au nom des 27. « Je voudrais que mon partenaire de la Commission en charge des négociations (le directeur général aux relations extérieures, Eneko Landaburu, NDLR) aura autant de marges de manœuvre que moi », dit-il.
En ce qui concerne la Pologne, le problème de l'embargo russe contre les importations de viandes et autres produits agricoles polonais n'est toujours pas entièrement résolu. Même si un accord politique a été récemment conclu entre les deux pays sur la levée de l'embargo sur la viande, la Pologne attend toujours une réponse de Moscou sur sa demande d'entamer des discussions techniques visant la suppression des restrictions à l'importation frappant les autres produits agricoles. Pour Varsovie, l'embargo est une « mesure politique » prise par Moscou pour sanctionner la Pologne et tester la solidarité des 27. C'est pourquoi l'UE doit rester unie et ferme et conditionner l'ouverture des négociations au règlement préalable de ces problèmes, insiste-t-on du côté polonais.
Les pays membres qui ont des « problèmes bilatéraux » avec Moscou devraient tenter de les résoudre par d'autres moyens que de bloquer les relations UE/Russie, estime pour sa part l'ambassadeur Chizhov. (H.B.)