login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9624
Sommaire Publication complète Par article 41 / 43
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 770

*** ANTONELA CAPELLE-POGACEAN, PATRICK MICHEL, ENZO PACE (sous la dir. de): Religion(s) et identité(s) en Europe. L'épreuve du pluriel. Presses de la Fondation nationale des sciences politiques (117 bld Saint-Germain, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 45498331 - fax: 45498334 - Courriel: info.presses@sciences-po.fr - Internet: http://www.pressesdesciencespo.fr ). Collection "Mondes". 2008, 343 p., 25 €. ISBN 978-2-7246-1050-5.

Depuis une vingtaine d'années et de manière sans cesse plus marquée, le religieux s'impose à nouveau dans les débats publics, intellectuels et universitaires. Certains diront que la cause en est l'islam. Le premier mérite de cet ouvrage est, d'une certaine manière, de remettre scientifiquement… l'église - ou la mosquée, le temple - au milieu du village européen. S'inscrivant dans le sillage de réflexions menées par le groupe de recherche "Croire et politique" organisé au Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po, cet ouvrage analyse avec une remarquable finesse - et une rigueur qui l'est tout autant, même si elle ne surprend pas en raison de la qualité des intervenants - les recompositions du paysage croyant, en particulier les redéfinitions de la relation entre nation et religion dans l'espace européen pensé dans sa totalité. Ce qui veut dire que, n'en déplaise à certains, la Turquie entre pleinement dans le champ de ces investigations interdisciplinaires.

Ce livre vise à explorer les conditions dans lesquelles des acteurs sociaux ou politiques investissent le religieux et, plus encore, les modalités et les lieux changeants de ces usages. C'est que la religion, soulignent d'emblée les coordinateurs de l'ouvrage, va au-delà d'une visibilité qui n'est qu'illusion, tant il est vrai qu'elle se présente en réalité "comme l'une des grammaires génératrices des politiques de l'identité", les acteurs sociaux et politiques se sentant libres - et en droit - d'utiliser les symboles qu'elle offre à des fins de définition de soi et de l'autre. Et d'affirmer aussitôt que, "affectée d'une nouvelle légitimité dans un champ politique déserté par l'utopie, utilisée par défaut, dotée d'une extrême malléabilité, la religion devient une ressource de sens stratégique, au service d'une politique en déficit d'autorité". Voilà qui, déjà, est de nature à remettre certaines idées reçues - souvent véhiculées sans état d'âme par des médias acculés à l'actualité, donc à l'écume des choses… - en question. Et là où d'aucuns voient encore des religions monolithiques, l'islam en particulier, les coordinateurs mettent d'emblée le holà, écrivant: "Au sein des sociétés, le religieux peut (…) faire l'objet d'investissements individuels différenciés, chacun étant en mesure de se saisir de ce registre comme d'une ressource disponible permettant de réordonner les éléments d'un monde semblant sinon échapper à son contrôle, au moins contester sa capacité de s'y situer". En clair, parler de la place de la religion dans la société, c'est entrer dans la complexité.

Dans ce contexte, les auteurs s'emploient à éclairer, sur la base de quelques configurations dans lesquelles le religieux se décline en Europe, les transformations à l'œuvre dans les relations entre identités, religion et politique telles qu'elles se tissent aux niveaux local, national ou transnational. Les contributions donnent à voir, de la sorte, un ensemble de logiques communes là où l'on a souvent postulé de la différence, logiques mettant en jeu des processus d'autonomisation et d'individualisation du croire. C'est vrai des Etats anciennement membres de l'Union comme des pays de l'ex-espace communiste. C'est vrai aussi par-delà les "différences culturelles" supposées entre catholicisme, protestantisme, orthodoxie ou islam en Europe. La porosité des champs politique et religieux constitue une seconde dynamique saillante et transversale, à tel point, estiment les coordinateurs de l'ouvrage, que le bien-fondé de la séparation fonctionnelle établie entre les deux sphères dans certaines théories se trouve, lui aussi, mis en doute.

Pour mettre en évidence ces différentes dynamiques, trois entrées ont été retenues. D'abord, la place du croire dans les recompositions identitaires en cours en Europe, avec des contributions portant sur "l'islam diasporique", la nation et la religion en Italie, le "dilemme nordique", la situation en Albanie et, enfin, "la nouvelle polarisation turque". Ensuite, les auteurs s'intéressent aux débats et controverses concernant la visibilité nouvelle de la religion à la lumière de la place de l'islam en Italie, des cas polonais et roumain, ainsi que du "schisme" dans l'Eglise orthodoxe bulgare. Enfin, sont étudiées les difficultés éprouvées par les acteurs étatiques, religieux et européens, en termes de régulation de la religion. Un ouvrage incontournable !

Michel Theys

*** AZIZ AL-AZMEH, EFFIE FOKAS (sous la dir. de): Islam in Europe. Diversity, Identity and Influence. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 2RU, UK.
Tél.: (44-1223) 312393 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). 2007, 223 p., 17,99 £.
ISBN 978-0-521-67751-3.

S'inscrivant dans la même quête de rigueur et de nuances scientifiques, cet ouvrage est aussi éclairant et passionnant que le précédent, au risque de déplaire lui aussi à ceux qui privilégient, lorsqu'il est question de religion - et plus encore d'islam - une approche passionnelle, voire idéologique, de nature manichéenne. Fruit d'un projet de recherche lancé dans le cadre de la Fondation hellénique pour la politique européenne et étrangère, il voit des enseignants et chercheurs universitaires chercher à montrer que certains, parmi les médias notamment, cèdent à la tentation confortable de se servir de l'extrémisme musulman (attentats de Madrid et de Londres, assassinat de Théo van Gogh…) et de frictions entre musulmans et non-musulmans (port du voile, caricatures danoises…) pour, ainsi que l'écrit Effie Fokas dans son introduction, "produire ou renforcer les perceptions populaires d'un islam (violent) monolithique". Sur la base d'une approche méthodologique rigoureuse, les auteurs mettent en lumière, tout au contraire, "l'immense diversité" des musulmans présents en Europe, ce qui confirme l'affirmation d'Aziz al-Azmeh selon laquelle "il y a autant d'islams qu'il y a de situations qui les engendrent", qu'elles soient nationale, locale, familiale ou interpersonnelle. Pourquoi avoir choisi l'Europe ? D'abord parce que les échanges historiques entre l'islam et l'Europe ont été empreints de tensions qui ont laissé des traces de part et d'autre: affaiblissement de l'empire ottoman, pressions d'une Europe sécularisée, pour les uns ; chute de Constantinople, siège de Vienne, pour les autres. Ensuite parce que le poids de la présence musulmane en Europe alimente des craintes multiples. Enfin, parce que l'Europe offre un kaléidoscope de politiques et d'approches pour appréhender le pluralisme religieux en général et les communautés musulmanes en particulier. Enfin et aussi parce que l'islam s'inscrit, dans l'Union européenne, dans un contexte beaucoup plus large, celui d'une tension renaissante entre la sécularisation et la religion dont il ne constitue qu'un des éléments. A lire de toute urgence ! (MT)

*** ELISABETH KARAMAT: Christlich-Islamischer Dialog. Initiative Österreichischer Außenpolitik. EB-Verlag (25 Moorweg, D-22869 Schenefeld. Tél.: (49-40) 4905180 - fax: 40195233 - Internet: http://www.ebverlag.de ). Collection "Schriftenreihe der Georges-Anawanti-Stiftung", n° 2. 2007, 248 p.. ISBN 3-936912-64-5.

L'auteur de cette présentation originale du problème que représente le dialogue entre chrétiens et musulmans fait partie du personnel diplomatique autrichien à la Représentation de son pays auprès de l'Union européenne. Aussi, il n'est pas surprenant qu'elle présente ce thème comme une "initiative de la politique étrangère de l'Autriche". Après une longue analyse des fondements et des théories qui concernent le dialogue entre chrétiens et musulmans (dans un texte où il est à noter que le concept d'Occident est très souvent utilisé à la place de la notion de chrétienté, ce qui implique une identification plus ou moins évidente mais non déclarée de la civilisation chrétienne et de la civilisation occidentale !), elle souligne l'expérience particulière de l'Autriche qui fut un des premiers pays européens, en 1912, à reconnaître, dans les Balkans, l'islam comme religion légale sur son territoire. Mais l'accent est surtout mis sur des initiatives plus récentes, entre autres l'intérêt que l'Autriche a manifesté dès le lancement de l'initiative de l'Iran de promouvoir au sein des Nations Unies un instrument favorisant le dialogue des civilisations, ce qui a développé des liens particuliers entre ces deux pays dans ce domaine. Il faut savoir que, dès 1991, le ministre autrichien des Affaires étrangères de l'époque, Alois Mock, avait pris des initiatives dans ce sens et avait invité une école théologique qui, depuis plus d'un siècle, formait des missionnaires, le Religionstheologischer Institut de la Hochschule St. Gabriel, à servir de centre de rencontres dans ce but. Le livre retrace ensuite l'histoire des activités de ce centre, depuis la première rencontre qui a eu lieu en 1993 avec le soutien financier direct du ministre. L'auteur se demande d'ailleurs, avec raison, s'il s'agissait bien de dialogue interreligieux ou de politique. L'ouvrage discute ensuite un certain nombre d'initiatives prises dans ce sens, non seulement par l'Autriche, mais au sein de l'Union européenne, en particulier en liaison avec la politique méditerranéenne. Ce livre propose une approche originale dans la discussion du problème des relations non conflictuelles entre religions, ce qui apporte un grand nombre de perspectives nouvelles et intéressantes. À recommander aux personnes intéressées par la question. (GFr)

*** JO SHAW: The Transformation of Citizenship in the European Union. Editions Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 312393 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). Collection "Cambridge Studies in European Law and Policy". 2007, 398 p. 25,99 £. ISBN 978-0-521-67794-3.

Parmi les droits qu'accorde l'Union à ses citoyens, deux sont fondamentaux: le droit de vote dans tous les Etats membres ainsi que le droit de se présenter aux élections du Parlement européen même si l'on n'a pas la nationalité du pays dans lequel on réside. Après le rejet du Traité constitutionnel, l'auteur - qui enseigne le droit européen à l'Université d'Edimbourg - analyse, dans cet ouvrage, l'évolution de la citoyenneté dans l'Union et se focalise sur le droit électoral accordé aux "non nationaux". Mme Shaw étudie d'abord le concept de citoyenneté et ses caractéristiques dans un contexte post-national, transnational, supranational et international, ainsi que la relation entre nationalité et citoyenneté. Elle dresse ensuite un "état des lieux" du droit électoral pour les non nationaux: origine, bases théoriques, le rôle fondamental qu'il joue dans la définition du citoyen européen. La deuxième partie du livre se focalise sur le passé, le présent et l'avenir du droit électoral. Elle analyse d'abord ce droit en détail, retraçant ses origines et expliquant le processus qui fit voir le jour à l'Article 19. Elle s'interroge ensuite sur l'avenir prévisible du droit électoral dans l'Union, avant de voir de quels autres droits que celui du traitement égal peuvent bénéficier les citoyens européens en relation au vote et à la candidature aux élections du Parlement. L'auteur analyse aussi le statut des ressortissants de pays tiers auxquels on accorde, parfois, le droit de vote sur le territoire européen et cherche d'autres moyens d'augmenter la participation politique de ces personnes. La troisième partie du livre aborde les contestations nationales à propos des droits électoraux et étudie l'attitude des Etats membres à l'égard des populations migrantes. Jo Shaw se concentre en particulier sur les cas où le droit de vote a effectivement été accordé et démontre que cela peut aider à l'intégration de ces populations dans la société européenne. On y trouve aussi les initiatives des Etats pour promouvoir cette intégration, ainsi que les efforts de certains pour diminuer l'afflux de nouveaux arrivants en imposant des barrières à l'immigration. Elle présente encore les pays les plus restrictifs au niveau du droit de vote, lesquels sont ceux qui sont aussi les plus réticents à accorder la nationalité, le refus de ce droit menant tôt ou tard à l'exclusion de ces populations. L'étude se termine par une analyse des problèmes spécifiques des nouveaux Etats membres, notamment le problème des minorités présentes dans la plupart d'entre eux, sans oublier l'instabilité géopolitique qui caractérise certaines de ces régions depuis des années. (NDu)

*** HAUKE STÖWSAND: Zyperns Beitritt zur Europäischen Union. Von Antrag auf Mitgliedschaft bis zum Protokoll der Beitrittakte. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Schriften zum internationalen und zum öffentlichen Recht", n° 70. 2007, 231 p., 39,70 €. ISBN 3-631-56083-4.

La thèse publiée dans ce volume représente une étude juridique très précise des conditions de rapprochement et d'entrée de Chypre dans l'Union européenne. Si, en pratique, la partie à majorité hellénique du Sud semble profiter seule de cette participation à l'Union, la partition de facto et non de jure de l'île en deux entités politiques différentes crée d'immenses problèmes pour l'application du droit communautaire, ce qui se reflète d'ailleurs dans l'acte d'adhésion analysé ici de façon très approfondie. En effet, l'île est toujours considérée comme un seul Etat selon le droit international, ce qui est confirmé par les Nations unies. L'étude compare les obligations qui découlent de ce statut complexe dans le droit européen, et ses rapports politiques avec les négociations en cours pour l'entrée de la Turquie dans l'Union. Il est évident que depuis l'échec du Plan Annan, qui a été refusé par les Chypriotes grecs lors du référendum d'avril 2004, la responsabilité de résoudre le conflit chypriote incombe également à la politique de l'Union. L'analyse proposée ici en décrit très utilement les conditions. (GFr)

*** Europe's World. Europe's World (Bibliothèque Solvay, Parc Léopold, 137 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Fax: (32-2) 7391592 - Courriel: subscriptions@europesworld.org - Internet: http://www.europesworld.org ). 2008, n° 8, 218 p., 12 €. Abonnement: 30 €.

Lancé voici deux ans par Giles Merritt et notamment soutenue par l'association "Amis de l'Europe" que préside le vicomte Etienne Davignon, cette publication dispose désormais d'une version en langue français grâce à la complicité agissante de la Fondation Robert Schuman. Ce numéro compte à nouveau quelques signatures de prestige, notamment celle du Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen. Les contributions, nombreuses et variées, portent entre autres sur les relations de l'Union avec la Russie, sur le rôle à jouer par les Européens au Proche-Orient pendant que les Américains sont en période électorale, sur les raisons d'accélérer l'élargissement aux Balkans, sur Chypre, la Turquie… Un "Dossier" est consacré aux services financiers. (PBo)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE
SUPPLEMENT