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Bulletin Quotidien Europe N° 9619
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Malgré la correction des aspects inacceptables, les faiblesses du « projet méditerranéen » subsistent et le moment de sa proclamation semble mal choisi

Le projet pour la Méditerranée est devenu plus raisonnable et donc acceptable, mais ses lacunes et erreurs subsistent. Tel qu'il avait été conçu au départ, il était irréaliste et négatif pour l'Europe. Les éléments nuisibles sont plus ou moins biffés, mais l'Union envisagée paraît toujours une construction théorique et inefficace, et risque d'être lancée au mauvais moment. La nouvelle mouture devrait être connue en fin de semaine, lorsque le président français (dont les explications laissent encore subsister des ambiguïtés) et la chancelière allemande l'annonceront au Conseil européen de printemps, qui aura la possibilité de s'exprimer.

La révision acquise. Malgré quelques flottements, les éléments suivants paraissent acquis:

- le Conseil européen sera informé directement du projet et pourra en débattre. C'est plus digne et plus agréable que de l'apprendre par un discours, vu que l'initiative concerne l'UE dans son ensemble ;

- la dénomination sera officiellement modifiée. Il n'est plus question d'Union méditerranéenne mais d'une Union pour la Méditerranée. Cette modification avait déjà été convenue en décembre dernier: à la demande de M. Zapatero et de M. Prodi, elle figurait dans la déclaration de Rome franco-italo-espagnole. Mais ce glissement sémantique était passé presque inaperçu, au point que, il y a quelques jours, l'ancien ministre français des Affaires étrangères Hervé de Charette suggérait «d'abandonner la dénomination d'Union de la Méditerranée au profit de celle de Conseil de la Méditerranée», en ignorant de toute évidence que la première avait déjà été abandonnée ;

- tous les Etats membres de l'UE pourront y participer sur un pied d'égalité. Jusqu'à la dernière minute, la tendance à établir une distinction entre les pays riverains et les autres Etats membres a eu ses défenseurs à Paris, et il en subsiste quelque chose. Le programme envisagé pour lancer le projet était absurde: le 13 juillet, à Paris, les pays riverains (appartenant à l'UE ou pas) auraient annoncé la création de la nouvelle Union, et le jour suivant le Conseil européen en aurait pris acte. Mme Merkel avait rejeté cette invitation a posteriori lui permettant de se féliciter de la nouvelle Union après sa proclamation, et le programme a changé: il y aura une seule réunion permettant à tous d'annoncer ensemble la naissance ;

- les compétences et les procédures communautaires seront intégralement appliquées. Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet (qui avait compris dès le départ les erreurs de parcours), avait déjà expliqué le 26 février que tous les pays de l'UE pourront participer au projet.En particulier, tout concours financier communautaire sera décidé «dans le strict respect des règles de l'Union européenne en matière décisionnelle et de financement» ;

- la nouvelle Union sera fondée sur le principe de la coopération et non sur celui de l'intégration et elle se concentrera sur un nombre limité de projets tels que: la dépollution de la Méditerranée et un meilleur usage des ressources en eau ; l'énergie, notamment solaire ; les «autoroutes maritimes» ; la protection civile à l'égard des incendies et des séismes ; éventuellement, la création d'un Centre de recherche commun. Chaque pays participant pourra participer aux projets qui l'intéressent, selon le principe de la géométrie variable.

Au mauvais moment ? En fait, tout ce que la nouvelle Union pourrait faire est déjà prévu par la stratégie de Barcelone, par les accords de coopération et par les politiques de voisinage, qui disposent en outre de beaucoup d'autres instruments et projets concernant le commerce, l'immigration, le dialogue culturel. Si la nouvelle Union permet d'apporter l'élan qui actuellement fait défaut, qu'elle soit la bienvenue.

Mais si les résultats ont été jusqu'à présent modestes, ceci ne dépend pas de la mauvaise volonté européenne mais plutôt des difficultés sur l'autre rive. Il a été observé que les pays tiers méditerranéens constituent la région du monde où la coopération est la plus faible et les divergences sont les plus nombreuses ; c'est par là qu'il faudrait commencer. Or, l'enthousiasme pour l'initiative Sarkozy est bien mince, c'est plutôt la méfiance qui prévaut, les objectifs de chacun à l'égard de l'Europe étant très différents (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9608, in fine). Et le moment pour de grandes cérémonies unitaires ne semble pas bien choisi. Sauf développements nouveaux dans les relations entre les pays arabes et Israël, entre l'Algérie et le Maroc, entre le Liban et la Syrie, pour ne pas parler de la Turquie qui a d'autres ambitions ni de la Libye, la cérémonie solennelle et festive du 13 juillet risque de manquer d'atmosphère.

J'y reviendrai lorsque les conclusions du Sommet de printemps de l'UE seront connues.

(F.R.)

 

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