Bruxelles, 19/02/2008 (Agence Europe) - Les députés européens ont refusé d'adopter un rapport d'initiative sur les facteurs encourageant le terrorisme et favorisant le recrutement de terroristes. Ce rapport, qui était présenté par le président de la commission des libertés civiles (LIBE) du Parlement, le Belge Gérard Deprez (ALDE), a été rejeté par 332 voix contre, 241 pour et 87 abstentions. « Je suis profondément désolé de ce mauvais signal politique. C'est d'autant plus regrettable que ce vote négatif intervient sur le terrorisme, un sujet extraordinairement sensible », a déclaré M. Deprez, après le vote.
A la suite des attaques du 11 septembre 2001, l'Union européenne a adopté une législation exhortant les Etats membres à aligner leur législation et énonçant des règles minimales relatives aux infractions terroristes. Le rapport préconisait la tenue d'un débat ouvert sur une modification de cette décision-cadre de 2002 en vue d'étendre son champ d'application à la justification du terrorisme, en affectant le moins possible les libertés d'expression et de pensée. Il soulignait en effet que, parallèlement à l'incitation au terrorisme, la justification du terrorisme contribue à la radicalisation violente. Enfin, le rapport mettait en exergue le fait que les mesures préventives devaient éviter l'isolement social et promouvoir le dialogue avec les différentes civilisations, religions et minorités sur le concept des Nations unies de l'alliance des civilisations. Le rapport de M. Deprez, qui contenait une proposition de recommandation adressée au Conseil, a été rédigé au départ par Jaime Mayor Oreja (PPE-DE, espagnol) qui a préféré retirer son nom du rapport après le vote en commission parlementaire. « Cet échec est principalement dû à un cumul d'oppositions tout à fait contradictoires », a souligné M. Deprez, citant notamment l'opposition de principe de la délégation espagnole du groupe PPE-DE d'adhérer au concept d'alliance des civilisations soutenu par le gouvernement Zapatero. L'Espagne est, faut-il le rappeler, en pleine campagne électorale. Une série d'autres contestations sont venues des groupes GUE/NGL, PSE et Verts, qui ont estimé qu'il n'y avait pas, dans le rapport, d'éléments positifs concernant le dialogue entre les mondes musulman et occidental, a remarqué le député. Selon lui, l'une des plus vives oppositions s'est focalisée sur le concept de pénalisation de l'apologie du terrorisme. D'autres députés ont tenu à exprimer leurs regrets. « Nous déplorons le fait que le groupe PPE-DE, trompé par sa propre délégation espagnole, ait voté contre un rapport d'une importance vitale pour l'UE », a indiqué le vice-président du groupe socialiste au Parlement, le Néerlandais Jan Marinus Wiersma. Pour sa part, l'Italien Claudio Fava (PSE) a rappelé qu'avec ce geste, le PPE endossait la « grave responsabilité » d'empêcher le progrès de la lutte contre le terrorisme. « C'est absolument dégoûtant que la raison invoquée par le groupe PPE-DE pour voter contre son propre rapport était d'empêcher toute référence à une alliance des civilisations », a fustigé Barbara Dührkop Dührkop (GUE/NGL, espagnole). Elle a surtout déploré que le PE n'ait pas reconnu la nécessité, pour l'UE, de se doter d'instruments de lutte contre le terrorisme comme l'aide aux victimes et d'ériger en infraction dans les 27 Etats membres de l'UE le soutien au terrorisme. (B.C.)