Bruxelles, 18/02/2008 (Agence Europe) - Au lendemain de la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo, proclamée dimanche 17 février à Pristina, l'Union européenne est parvenue, lundi 18 février, à définir une position commune appuyée par tous ses 27 pays membres. Dans des conclusions approuvées par le Conseil « Relations extérieures », les ministres des Affaires étrangères de l'Union prennent note de la décision du Parlement kosovar, mais soulignent que le Kosovo constitue un cas sui generis qui ne remet pas en cause les principes du droit international - notamment celui de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des Etats - ni les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Les ministres réaffirment aussi la perspective européenne des Balkans occidentaux et soulignent que l'UE veut jouer un « rôle moteur » dans la stabilisation de la région. En revanche, les conclusions du Conseil évitent soigneusement de se prononcer sur la reconnaissance du nouvel Etat indépendant. Il appartient aux Etats membres, selon leurs pratiques nationales et leurs règles juridiques, de décider s'ils veulent reconnaître le Kosovo indépendant ou pas, indique en effet le texte. « L'Union européenne, en tant que telle, ne reconnaît pas des Etats tiers. Cette compétence est dans les mains des Etats membres. Certains reconnaîtront le Kosovo aujourd'hui, d'autres demain, encore d'autres dans les semaines à venir et certains pourraient ne pas le faire du tout », a expliqué le ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Rupel qui a présidé la réunion.
Les conclusions du Conseil notent aussi, avec satisfaction, que dans leur déclaration unilatérale d'indépendance, les Kosovars s'engagent à respecter les principes démocratiques et l'égalité des citoyens, à protéger les droits de la population serbe et des autres minorités, à protéger l'héritage culturel et religieux et à accepter d'être placés sous surveillance internationale. L'UE veillera étroitement au respect de ces garanties par les autorités kosovares, ont insisté M. Rupel, le commissaire Olli Rehn et le Haut représentant de l'UE pour la PESC, Javier Solana. M. Rehn a aussi annoncé que la Commission allait organiser, d'ici l'été, une conférence des donateurs internationaux pour le Kosovo.
« Contrairement à ce que certains pessimistes avaient prédit, l'Union européenne a aujourd'hui été capable de parler d'une voix et de rester unie », s'est félicité M. Rupel devant les journalistes. En réitérant la perspective européenne des Balkans occidentaux, en confirmant son engagement en faveur de la stabilisation et du développement économique et en laissant aux Etats membres le choix de reconnaître ou de ne pas reconnaître le nouvel Etat, l'UE a donné une réponse « appropriée » aux événements historiques à Pristina, a estimé le président du Conseil de l'UE. Les conclusions du Conseil constituent aussi un « message encourageant » à la Serbie, en raison des références à la protection des droits des Serbes du Kosovo et à la perspective européenne des Balkans (et donc aussi de la Serbie). En outre, l'offre de l'UE de signer un « accord politique intérimaire » avec Belgrade (sans attendre la signature et l'entrée en vigueur de l'Accord de stabilisation et d'association, ASA) « reste sur la table », a souligné M. Rupel. Le commissaire Rehn a ajouté que la Commission est prête à signer l'ASA dès que les conditions sont réunies par les autorités serbes, en particulier la pleine coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie à La Haye.
Lundi soir, à l'heure de mettre sous presse, il était probable qu'une vingtaine d'Etats membres de l'UE allaient reconnaître le Kosovo à court ou moyen terme. Le Royaume-Uni et la France étaient sur le point de le faire dès lundi soir, suivis éventuellement par d'autres pays. La Slovénie, qui préside actuellement l'UE, n'agira pas avant le 21 février quand se réunira le cabinet du gouvernement slovène. Le gouvernement devrait alors proposer au Parlement de voter en faveur de la reconnaissance du Kosovo, a annoncé M. Rupel. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que pour l'Allemagne, une telle décision, qui nécessite une réunion du gouvernement, n'interviendrait « certainement pas encore lundi ».
D'autre part, au moins six Etats membres - Bulgarie, Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie - ne devraient pas reconnaître le Kosovo dans l'immédiat. Chypre l'a même exclu à plus long terme. Nicosie craint qu'une reconnaissance de l'indépendance de la province serbe « créera un précédent et provoquera des problèmes à l'avenir », notamment si les Chypriotes turcs décidaient de suivre l'exemple kosovar pour déclarer leur indépendance unilatéralement. L'Espagne, où des élections législatives auront lieu le 9 mars, ne veut pas d'une reconnaissance en pleine campagne électorale et craint des répercussions pour ses propres minorités tentées par l'indépendance. « Le gouvernement espagnol ne reconnaîtra pas l'acte unilatéral proclamé hier par le parlement du Kosovo », a déclaré lundi son ministre Miguel Angel Moratinos.
Samedi 16 février, les Etats membres ont approuvé, par procédure écrite, les plans d'opération (OPLAN) de la mission de police et d'Etat de droit (EULEX) que l'UE a décidé d'envoyer au Kosovo. Le déploiement commencera dans les prochaines semaines mais cette mission civile PESD, qui comptera au total environ 2000 policiers, magistrats et agents des douanes, prendra uniquement ses fonctions à l'issue d'une période transitoire de 120 jours, soit au mois de juin. Dirigée par le Français Yves de Kermabon, EULEX aidera les autorités kosovares à mettre en place des structures et institutions judiciaires, policières et civiles indispensables à l'existence d'un Etat de droit. Un budget de 205 millions d'euros est prévu pour couvrir la durée initiale de la mission, à savoir 16 mois. La semaine dernière, l'UE avait aussi nommé son représentant spécial pour le Kosovo, le Néerlandais Pieter Feith. (H.B.)